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Église des SS. Pierre et Paul à Malines.
(ancienne église des .Jésuites’)
(1669-1670.) (Façade 1709 )
Mobilier remarquable de cet édifice.
dont les entre-colonnements étaient percés de trois baies cintrées à entourages taillés en bossages. L’intérieur de l’église composée de trois nefs, d’une rotonde et d’un chœur avec collatéraux est d’un excellent effet. L’élévation du niveau du pavement au sommet de la calotte de la coupole mesure cent dix-sept pieds. Toutes les sculptures de l’église sont de Faid’herbe : nous signalerons particulièrement les quatre bas-reliefs des pendentifs. Comme Rubens, son maître, notre artiste affectionnait le motif de la niche ornée d’un buste; on en voit ici un exemple qu’on retrouve encore à l’église d’Averbode dont nous allons parler et ailleurs.
Cette église de l’abbaye d’Averbode, dans la Campine, bâtie par l’architecte sculpteur malinois, (1664-70) reproduit d’assez loin le motif d’Hanswijck; une coupole toutefois ne surmonte pas la rotonde, et l’église dans son ensemble affecte la forme d’une croix latine par le prolongement de droite et de gauche d’un transept rectangulaire qui part de celle rotonde. Remarquons cependant que la nef offre peu d’étendue, et que la longueur du chœur est à peu près celle de la moitié de l’édifice entier. Le soubassement intérieur de cette église est revêtu de marbre; nous regrettons cette dépense intempestive née de l’engouement italien, qui a détourné pour ce faux luxe des fonds qui eussent été plus judicieusements employés à donner une plus grande valeur architecturale à cet édifice, en général médiocre, et qui donnerait une fausse idée du talent de Faid’herbe.
La troisième église bâtie par cet artiste, dans l’ordre chronologique, est celle des Jésuites, aujourd’hui paroisse des SS. Pierre et Paul ; nous avons dit que Faid’herbe travaillait habituellement pour la Société de Jésus, qui lui commanda un grand nombre de morceaux de sculpture. Sanderus a donné une vue de cette église, que notre artiste enrichit d’un mobilier complet : tribune d’orgues en marbre, chaire, autels, confessionnaux, lutrin, banc de communion, portails intérieurs. Ils méritent d’être comptés parmi les plus beaux meubles d’église que nous ait laissés ce XVIIe siècle, réparateur des excès des iconoclastes, auquel nous devons les belles stalles de Vilvorde et de Soignies. Au point de vue de l’architecture, l’église des Jésuites, bâtie par Faid’herbe, de 1669 à 1676, présentait trois nefs d’égale hauteur, d’ordre composite, dont les arcs doubleaux reposaient sur des pilastres répondant
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
aux colonnes. La façade, assez jolie, malgré la disposition de la grande fenêtre qui rompt intempestivement l’entablement du premier ordre à sa partie centrale, ne fut élevée sur l’ancien plan qu’en 1709.
Antérieurement à ces trois églises, Faid’herbe avait construit, en 1662, le petit temple du prieuré de Leliendael à Malines, vaisseau à une seule nef dont la façade ressemble plus à une construction civile qu’à un édifice religieux. La fenêtre cintrée de l’altique, à fronton triangulaire, contourné de volutes enroulées formant consoles d’amortissement et accompagné de torchères, est assez remarquable; tous les pilastres sont à bossages, motif qui jouissait alors d’une faveur générale.
Faid’herbe construisit enfin, en 1675, le bâtiment de la Commanderie de Pitzembourg de l’ordre de Malte, à Malines. De récentes recherches ont fait connaître qu’il fournil aussi les plans de la Chapelle funéraire des princes de La Tour-Taxis en l’église N.-D. au Sablon. Le contrat passé le 28 février 1651 repose aux Archives du royaume.
Les frontispices n’en furent terminés qu’en 1690 et 1691. Jérôme Duquesnoy fils, Gabrielle de Grupello, Mathieu van Beveren, Jean van Delen et Jean Cosyns en élaborèrent les sculptures.
Nous n’avons envisagé Faid’herbe qu’au point de vue de l’architecture : comme le Bernin, il fut surtout un grand statuaire. Ses œuvres sculpturales peuvent encore se voir au Musée de Malines, à la cathédrale de S^Rombaut ainsi qu’aux églises de Ste-Calberine, des SS. Pierre et Paul, de S*- Jean l’Évangéliste, de N.-D. d'Hanswijck et de N.-D. au delà de la Dylc, tous édifiés dans sa ville natale. Les chapelles du prieuré de Leliendael, du grand et du petit Béguinage et du grand Séminaire de la même cité sont peuplées de remarquables morceaux de sa main.
Faid’herbe, en épousant Marie Smeyers, s’était établi définitivement à Malines. Il s’y construisit en 1611, rue du Brui, une habitation dont il fit les plans et qu’il se plut à orner de quinze morceaux de sculpture. Cette maison a été reconstruite par son fils Jean Luc qui l’avait héritée des parents de sa femme Jeanne Marie de Croes. Elle appartient aujourd’hui à M. de Meester.
L’escalier est orné des bustes du Christ et de la Vierge. Les modèles des sujets qui décorent la coupole de N.-D. d’Hanswijck d’une exécution
Constructions diverses élevées parLuc Faid’herbe ;
Prieuré de Leliendael à Malines.
Commanderie de Pitzembourg à Malines.
Chapelle TouretTaxis dans l’Église Notre- Dame au Sablon à Bruxelles.
(28 février 1651.)
Importance de l’œuvre sculptural de Luc Faid'herbe.
Habitation de l’artiste rue du Brui à Ma lines. (1641 .)
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Jean Luc Faid’herbe architecte elève de son père.
Maison de Jordaens, rue Haute à Anvers.
plus ferme et plus serrée que ceux de l’église même ont été adaptés dans les boiseries du premier étage. Une Flagellation en bas-relief occupe un manteau de cheminée du second étage où l’on voit, dans un cabinet, un autre basrelief représentant la Faite en Egypte. Faid’herbe ne garnit pas exclusivement sa demeure de sujets religieux ; sur la cheminée du petit salon on voit un cupidon de marbre blanc qui rappelle les plantureuses traditions rubéniennes; dans une autre chambre, un faunisque faisant danser une bande d’amours. Le jardin renferme une statue d’Hercule qui se distingue par une exécution vigoureuse et brillante; deux dauphins montés par des enfants et différents bustes.
En résumé, Luc Faid’Herbe, architecte de talent et habile sculpteur, fut un digne élève de Rubens, dont il propagea par ses œuvres les idées esthétiques. Il mourut à Malines le dernier jour de l’année 1697. Son portrait, peint par François, figure au Musée historique de Rruxelles. Notre artiste eut douze enfants; le huitième, Jean Luc, dès sa réception à la Gilde de S1- Luc s’occupa de l’érection d’une Académie malinoise des Reaux-Arls, mais sa demande, adressée au Magistrat le 14 juin 1684, resta sans effet. Il cultiva les deux arts qu’avait illustrés son père, mais plus spécialement l’architecture. Né à Malines le 28 août 1654, il mourut dans la même ville le 29 juillet \ 704.
Nous avons déjà eu occasion, plus haut, de parler de la maison que Jacques Jordaens, le grand peintre anversois, se fit bâtir dans sa ville natale, rue Haute, sur l’emplacement de l’ancienne Halle van Turnhoui, propriété qu’il acquit de Nicolas Bacx.
Jordaens avait emménagé dans celte belle demeure, dont il fit les plans, et dirigea lui-mème l’exécution, un an après la mort de Rubens. Au centre était une cour formant un carré régulier, dont les deux faces à l’orient et à l’occident ont conservé, jusqu’à ce jour, leur caractère primitif; les deux autres côtés ne présentent plus que des murs unis percés de portes et de croisées. Un salon au midi, cependant, dont le plafond conserve encore plusieurs tableaux de l’artiste, semblent indiquer, par la somptuosité des décorations, qu’il a sans doute dû faire partie autrefois d’un ensemble symétrique d’une certaine richesse, caries toiles qui se voient actuellement dans ce salon, servant de magasin, sont dignes d’un musée.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
La façade opposée à l’atelier se composait d’un portique ou arcade d’ordre ionique à la manière de Michel-Ange, strié de bossages, portant une table au dessus de la clé de voûte et présentant une frise bombée. La corniche formait un balcon à baluslres dont les acrotères servaient de socles à deux termes, mâle et femelle, supportant un entablement, à frise et architrave interrompues. Le tout formait l’encadrement d’une fenêtre aux angles courbés en quart de cercle dont la corniche offrait comme amortissement un œil-debœuf cantonné de volutes renfermant un buste d’après l’antique. La clé de cet œil-de-bœuf traitée en cartouche « gélatineux » portait le millésime de 16 11. Des festons plantureux raccordaient les angles brisés du fronton et la partie supérieure de l’œil-de-bœuf; un cône de pin pédiculé timbrait l’arc du tympan.
L’atelier proprement dit de Jordaens, situé en face, ayant cinq fenêtres de front, comprenait un rez-de-chaussée et un étage. Le rez-de-chaussée présentait un portique d’ordre ionique moderne, dont les pilastres étaient montés sur socles à galbe ondulé dans le genre de ceux qu’affectionnait Vredeman De Vries. L’entre-colonnement de ce portique, sans archivolte ni imposte, était occupé par une porte bâtarde semi-circulaire avec chambranle portant trois clés en bossages et aboutissant aux impostes des piédroits striés dans le même goût. Une labié d’architecture, primitivement décorée d’une inscription amortissait le tout.
Une corniche en arc de cercle dominait l’ensemble du motif et supportait une niche décorée d’un buste de Baechus, copie d’un marbre classique due au ciseau d’un sculpteur flamand contemporain. Cette niche, portant une clé développée en volutes, était d’ailleurs enrichie d’enroulements « callipyges » particuliers au style Rubens.
Prise dans son ensemble, cette ordonnance rentrait assez bien dans le genre des portes bâtardes avec abat-jour éclairant le vestibule, ménagé audessus de la baie, que l’on trouve en « patrons » dans le livre de Francquart et un peu partout à Anvers, Gand et Bruxelles comme mise en œuvre. Faisons encore remarquer que la corniche seule profilait en plein ; la frise et l’architrave, ressautanl au droit des colonnes, s’arrêtait horizontalement en retour d’équerre; cette dernière disposition était très-familière à Rubens,
Atelier de l'artiste.
Caractères de l’ordon nance de cette habi talion.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Motifs spéciaux d’architecture adoptés par Jordaens pour l’élof fage de ses tableaux et pour l’ordonnance de sa demeure.
nous l’avons remarquée, entre autres, à l’arc de Ferdinand. Ajoutons que les maîtres italiens de la décadence firent de ce motif, très-ingénieux, un abus blâmable. Les hautes fenêtres du rez-de-chaussée de l’atelier de Jordaens qui accompagnaient celte ordonnance étaient aussi en arc de cercle, striées de bossages et coupées à peu près au milieu par une imposte tenant lieu de croisillons ou de meneaux.
Le premier étage se composait d’une ordonnance de fantaisie : la baie de la fenêtre centrale avec balcons garnis de balustres était semi-circulaire avec imposte et archivolte ; une console formait la clé. Au-dessus, un amortissement assez tourmenté, présentait une grande volute terminant les lignes de la corniche entre deux abouts de frontons à la fois enroulés et ondoyants. Un œil-de-bœuf, décoré d’un buste analogue à celui du rez-de-chaussée se voyait au-dessus. Toute celte ordonnance était portée sur des pilastres n’ayant d’autres caractères distinctifs que les gouttes des triglyphes doriens, en dimensions exagérées. Elle servait de support à un fronton triangulaire, tailladé à la Dietterlin, dont la corniche suivait le rampant. Les quatre fenêtres de l’étage, à angle coupé, présentaient une clé en bossage au milieu de chaque pan; l’imposte passait à travers les croisées et tenait toute la façade; enfin, les archivoltes formant chambranle étaient à crossettes à leurs bases.
Jacques Jordaens naquit à Anvers en 1593. Élève du premier maître de Rubens, Adam van Noort, il épousa le 15 mai 1616 sa fille Catherine. Les Liggere le qualifient de peintre à la détrempe ( ivaterschilder ), il s’est depuis acquis une assez solide renommée comme peintre à l’huile. On sait qu’il ne voyagea pas en Italie, c’est donc à l’influence seule des idées « loyolites » et rubéniennes aux Pays-Bas que nous devons ce morceau d’architecture malheureusement gâté au commencement de ce siècle.
Jordaens dut faire, au reste, une étude assez approfondie de l’architecture décorative, cela résulte à l’évidence de l’examen de ses tableaux. Il s’y sert, toujours avec bonheur, de ces riches étoffages architectoniques que Rubens ordonnait avec tant de facile supériorité.
Remarquons toutefois que dans l’ordonnance bâtie de sa demeure de la rue Haute, le maître anversois ne témoigne pas de la même verve et de la même fougue que le ferait supposer son architecture peinte. Dans celte habitation
privée, le style se rapproche tout à fait de la manière de Francquart. Il est hors de doute d’ailleurs que Jordaens n’ait eu entre les mains le livre d’architecture que le favori d’Isabelle publia en 4616 et que nous avons amplement décrit plus haut.
Jordaens survécut trente-huit ans à Rubens et mourut de la « suetle » le même jour que sa tille Élisabeth, le 18 octobre 1678, dans la croyance réformée. Le registre de la communauté protestante de l’Olyfberg d’Anvers nous apprend que dès 1671 l’artiste avait été « admis à la Cène » des calvinistes. Catholique de naissance, son changement de religion remontait à son séjour à la Haye où il peignit dans le casin nommé : hel Huis ten Bosch, bâti par Pierre Post, la célèbre toile du Triomphe du Stadhouder Frédéric Henri.
L’auteur du « Peintre amateur et curieux, » — livre d’une importance capitale au point de vue de l’énumération que l’on y trouve des richesses artistiques de l’ancien duché de Brabant au milieu du XVIII° siècle, — G. P. Mensaert, peintre lui-même, dont on voyait autrefois cinq tableaux à la Sodalité des mariés en l’église des Jésuites de Bruxelles, nous apprend qu’en 1763 la demeure de Jordaens appartenait à M. van Herck, conseiller de commerce et grand amateur et connaisseur de peintures. Ce négociant notable, bien qu’il résidât habituellement à Bruxelles conservait à Anvers ~ette propriété où il avait réuni, outre des tableaux de Rubens et de Van Dyck, des carions de ce premier maître et une incomparable collection de gravures.
Remarquons qu’â cette époque, celte artistique demeure était encore intacte; il y avait pourtant près d’un siècle que Jordaens avait cessé de vivre.
En effet, le même Mensaert qui l’avait visitée nous assure « qu’elle est » très-richement décorée de plusieurs plafonds et autres ouvrages peints de » la main du maître. » La maison de Jordaens porte aujourd’hui le nouveau numéro 43, sect. 4. L’atelier sert de magasin; le tout disparaîtra l’un ou l’autre jour. Il serait digne de la part de la ville d’Anvers d’acheter ce qui reste des demeures de Rubens et de Jordaens, de Planlin, et de van Schoonebeke, pour les restaurer, élaguer les constructions parasites et les rétablir â
La Maison deJordaens au XVIIIe siècle.
(Mensaert.)
Son état actuel.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Loge des Poissonniers à Bruxelles (1659).
Antoine van Schelle, architecte.
N icolas Rockox bourgmestre d’Anvers, prêle 9,000 florins à la Corporation.
Ordonnance architectonique.
l’étal primitif. Elles constitueraient autant de Musées particuliers intéressants à tous égards que l’on animerait par des exhibitions de photographies et dessins ayant trait à l’histoire de l’édifice ou aux œuvres des grands maîtres qui y ont, séjourné. On pourrait encore y convier à des conférences esthétiques spéciales les élèves de l’Académie d’Anvers. De la sorte, ce qui reste aujourd’hui de ces intéressantes décorations architecturales pourrait être transmis intact à la postérité.
Un type fort complet et des plus intéressants de l’architecture italo-flamande due à l’influence de Rubens, est l’ancienne Loge des Poissonniers en la ville de Bruxelles. Un dessin à la plume, de P. Bout, lavé à l’encre de Chine et la description faite en 1763 par le peintre Mensaert, nous fourniront amplement les matériaux d’une restauration spéculative.
Construite en 1639 d’après les plans et sous la direction de l’architecte Antoine van Schelle, contrôleur des bâtiments de la ville et située sur le Marché au Poisson, à l’angle de la Torfsinne, aujourd’hui , rue de la Vierge Noire; celte maison dont la vue perspective existe au Musée de Bruxelles, à la Galerie historique, présentait trois faces ornées dont l’une surplombait la Senne. Circonstance curieuse, ce fut Nicolas Rockox, le célèbre bourgmestre d’Anvers, ami de Rubens, qui prêta à la corporation, n’ayant pas les ressources suffisantes pour couvrir les frais de cette importante bâtisse, un somme de 9,000 florins, par acte du 20 juin 1639, retrouvé aux archives de la ville de Bruxelles, par le savant et infatigable M. Wauters.
La façade vers le Marché au Poisson comprenait quatre fenêtres; celle donnant sur la rivière sept. Le même nombre devait probablement se présenler sur la Torfsinne.
Le rez-de-chaussée, vers le terre-plein du pont des Poissonniers, présentait trois fenêtres dont les seuils étaient décorés de Iriglyphes, de gouttes et de consoles. La porte était placée à l’extrémité gauche, élevée sur un perron de quatre marches en saillie sur la rue et pourvue de garde-fous de fer forgé aboutissant à des piédestaux portant les armoiries de la corporation. Cette porte était du genre de celles que renferment les recueils de Serlio, de Francquart, d’Oralio Perucci (1634) ou de Francine et dont il existe encore de si intéressants échantillons à Bruxelles, Anvers, Gand et Bruges. La baie cintrée
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
comprenant archivolte, impostes, chambranles et consoles, supportait un entablement à fronton enroulé. Au-dessus, un cartouche, à coquille, historié d’un mascaron servait d’encadrement au traditionnel abat-jour en œil-debœuf. Des chaînes de pierres blanches reliaient les fenêtres et la porte d’entrée et se détachaient symétriquement sur le fonds de briques rouges.
La frise de l’appui du premier étage, était enrichie de quatre bas-reliefs séparés par des chutes de feuilles. Ils ont seuls survécu à l’ancienne ordonnance architecturale et se voyaient naguère encore sur la piteuse façade moderne. Des amours, des tritons et des néréides en formaient les thèmes. Au-dessus de cet appui , s’élevaient les quatre fenêtres de l’étage dont les corniches de couronnement, à frontons interrompus, offraient des coquilles aux baies extrêmes et des cartouches aux médianes. Sur l’un de ces cartouches se lisait la date de l’érection de la Loge : 1639.
Trois ordonnances superposées formaient le gable ou pignon gothico-loyo- 1 i te , très-élevé et très-caractéristique de cette construction. L’ordonnance inférieure, toscane, comprenait quatre pilastres reposant sur des consoles et encadrant, aux deux extrémités, des fenêtres rectangulaires à frontons rampants. Au centre, une baie circulaire avec impostes et archivolte s’accommodait d’une moulure de couronnement à volutes terminales et d’une clé de voûte à congélations. Les trumeaux compris entre les piédroits de la fenêtre et les pilastres offraient des amours portés sur des dauphins, soufflant à perdre haleine dans des conques marines. Le champ resté libre des deux côtés de la clef d’archivolte était décoré d’une guirlande rattachée à des mufles de lion.
L’étage immédiatement supérieur du gable était en retrait; il offrait, avec les caractères de l’ordre ionique, trois pilastres dont celui du centre reposait sur la clé de voûte, à formes congelées, dont nous venons de parler. Aux côtés de cette ordonnance, rachetant le retrait, se voyaient les statues couchées de deux naïades coiffées de roseaux et nonchalamment appuyées sur leur urne qui s’épanche. Le dessus de l’acrotère avoisinant ces figures était orné d’un pot-à-feu à côtes saillantes. Deux fenêtres couronnées d’un entablement à fronton cintré, dont les tympans étaient décorés de coquilles, s’ouvraient dans le champ compris entre les trois pilastres.
L’amortissement du gable présentait un atlique avec consoles latérales
ÉloQ'age sculptural.
Richesse caraclérist que du gable goth eo-loyolile.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Ameublement et décoration remarquable de cette Loge.
Etat au XVIII'* siècle.
Descripl ion de Meiisaert .
timbré des armoiries de la corporation et accompagné de chaque côté de tritons sonnant de la conque.
Un fronton cintré, avec coquille au tympan, surmonté d’une statue de Neptune, le trident haut, couronnait heureusement cet ensemble pittoresque.
La Description de Bruxelles de Fricx nous apprend que la plupart de ces ornements étaient dorés.
L’ordonnance vers la Senne était plus simple; huit bas-reliefs semblables à ceux de la façade principale décoraient la frise d’appui au premier étage. Au milieu des quatre premières fenêtres se voyait un cartouche de forme barlongue portant l’inscription suivante: Philippo. Quarto. Hispaniae.Rege. et . Brabantiae . Duce . Collegium . hoc . Tyopolarum . salariorum . aere . suo .
OPUS.HOC.AD . AETERNAM . GRATIAM.A.FUNDAMENTIS . FACIENDUM .CURAVIT.BrüXELLIS. ANNO .M.DC.XXX.IX.
Le gable qui avait plus de développement, était cantonné, à sa partie inférieure, de deux consoles. A la partie médiane, qui n’avait qu’une seule fenêtre, le retrait était racheté par deux grandes volutes timbrées de potsà-feu. L’attique supérieur n’avait pas de triions et était surmonté d’un simple vase.
Nous avons dit que celte façade sur la Senne présentait sept fenêtres; quatre seulement étaient sous le pignon, les trois autres faisaient partie d’un bâtiment en forme d’annexe, avec pignon latéral à gradins, offrant au-dessus de la fenêtre la plus rapprochée du grand gable, une lucarne de toiture, italo-flamande, avec consoles et fronton. Au tympan de cette lucarne fut placé, en 1762, un cadran réglant les heures d’ouverture et de fermeture du Marché au Poisson, confectionné par Gilles Rousseau, horloger à Bruxelles.
L’ameublement, la décoration, les tableaux et les œuvres d’art de la Loge de la Corporation, correspondait au luxe de la façade et nous sommes assez heureux d’en pouvoir consigner ici la description faite en 1763 par Mensaert. Nous y ajouterons quelques détails fournis par l’intéressant manuscrit donné par M. Reper à l’Administration communale de Bruxelles et compulsé par M. Wauters.
« La maison du Corps des Poissonniers, » dit Mensaerl dans son Peintre
amateur et curieux, « est occupée en bas par un marchand de vin, lequel » se fait un espèce de devoir de montrer aux amateurs toutes les beautés » qui sont dans la chambre d’assemblée de ce Corps. On y voit entre autres » une très-belle pièce peinte par Gaspard de Crayer, qui représente Notre- » Seigneur apparaissant à saint Pierre après sa résurrection : ce saint apôtre » qui est à la droite de Notre-Seigneur, tient d’une main un gros cabillau ; » ses campagnons paraissent attentifs aux ordres du Sauveur. Cette pièce est » digne de toute l’attention des connaisseurs ; si le peintre a péché en quelque » partie de ce tableau, c’est dans la représentation de ce cabillau, qui, à dire » vrai, n’est pas un poisson que l’on pêche et que l’on trouve dans la mer » de Judée.
» On voit en outre dans cette belle chambre cinq autres tableaux, peints » par J. van Orley, très-bien exécutés; savoir, deux à côté de la pièce de » Crayer, dont l’un représente le Seigneur qui ordonne à saint Pierre de » prendre hors la bouche du poisson qu’il tient une pièce d’argent pour payer » le tribut; l’autre « Pasceoves » . La Sainte-Famille est la pièce de cheminée » dans cette chambre et, sur le retour, saint Pierre en prison et saint Pierre » délivré.
» On voit sous le tableau de Crayer une fontaine d’un goût singulier et » tout à fait curieuse; elle a été ordonnée et exécutée en marbre par le » fameux chevalier Grupello, les figures en sont admirables, certes les con- » naisseurs y trouveront des coups de ciseaux expressifs et hardis.
» A côté de celte merveilleuse fontaine, on voit deux pièces de sculpture » de (Jacques) Bergé, de cette ville; elles représentent le Mensonge puni dans » Ananias, et le Martyre de Saint-Pierre. Ces deux morceaux sont très-bien » exécutés, et ne doivent rien céder aux plus habiles maîtres.
» Cette chambre est en outre ornée de glaces, de lustres, de sculptures et » de dorures ; en un mol, ce corps de métier est riche en vases d’argent et » autres pièces curieuses d’orfèvrerie. »
Nous ajouterons d’après l’inventaire manuscrit de M. Reper que les neuf « miroirs » en glaces, furent achetés à un marchand de Londres, nommé Henri Duysbergh et placés dans les boiseries, ce qui entraîna une dépense de 1,700 florins courant. Le plafond fut peint et doré par Sevin qui reçut
Peintures de J. van Orley (1650-1700).
Fontaine du chevalier de Grupello.
Bas-reliefs de Jacques Bergé (1693-1756).
Miroirs.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Modifications apportées à cet édifice.
Sa démolition radicale en 1871.
Décorations loyotites.
André Pozzo.
Somptueux décors perspectifs des fêles religieuses de Rome introduits aux Pays- Ras par les Jésuites.
4*50 florins de ce chef. On sait que ce décorateur, émule de Pozzo, peignit aussi le magnifique plafond que l’on admirait autrefois à la grande salle de la maison du Cygne et la belle perspective qui existe encore à la sacristie de l’église de Notre-Dame de la Chapelle. La porte d’entrée de la grande salle du premier étage, qui a conservé sa menuiserie, est un curieux spécimen de notre renaissance flamande. Le style remonte aux premières années du XVIIe siècle et il est probable qu’on l’aura utilisée lors de la reconstruction de 4639. Elle se trouve depuis 1876 au Musée de la Porte de Hal. La fontaine de Grupello a été transférée au Musée royal de Peinture.
Cette maison subit plusieurs modifications dans le XVIIIe siècle. En 1752 on en restaura la façade sous la direction de l’architecte Thiébault; en 1770 elle fut réparée sommairement par les soins du sculpteur van der Haegen.
Quarante ans plus tard l’invasion française et l’odieuse rapacité des Sansculottes devait nous ravir tous ces trésors qui faisaient l’orgueil de nos gildes et de nos corporations. La Loge des Poissonniers n’est plus actuellement qu’un souvenir. Elle a disparu en 1871 pour faire place aux Halles Centrales lors du voûtage de la Senne.
Un an avant la mort de Rubens, naissait à Trente d’une famille honorable, André Puteus ou Pozzo. Epris de l’art de peindre, il se rendit à Milan pour y suivre les leçons d’un artiste natif de Corne qu’il ne tarda pas à surpasser. A l’âge de vingt-trois ans, le jeune peintre alla se présentera la maison professe des Jésuites à Rome et y fut reçu en qualité de frère coadjuteur. Dès ce temps, Pozzo se distinguait par de sérieuses qualités de dessin et de coloris unies à cette étonnante célérité de conception et à celte incroyable prestesse de pinceau qui font rendu justement célèbre. Ses grandes compositions décoratives peuvent êtres mises en parallèle avec les plus vertigineux rideaux de théâtre de Bibbiena, de Tiepolo, de Radel ou de Servandoni.
Les grandes fêtes célébrées dans la mondaine et somptueuse église du grand Gesu — due à la munificence du petit-fils de ce Paul III dont le neveu appela les Jésuites aux Pays-Bas — -étaient renommées dans Rome et les États pontificaux à cause des magiques décors que le frère Pozzo créait à leur occasion. I^e nom du jeune religieux fut bientôt célèbre dans toute l’Italie; Frascati, Milan, Modène, Arezzo, Venise, Monte-Pulciano, Gènes, Mondovi,
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
Turin conservent de beaux spécimens de sa facilité. Rome, toutefois, plus qu'aucune autre ville; la voûte de l’église S'-Ignace, au sujet de laquelle il publia en 1694 une lettre intéressante adressée au prince de Lichtenstein, les autels de S'-Louisde Gonzague et du fondateur de la Société de Jésus, y constituent ses œuvres principales.
En 1692 Pozzo publia à Rome le premier volume de sa perspective, en 1700 le second. Jean Boxbarth, graveur à Augsbourg, en donna en 1708 une nouvelle édition, en formai plus petit et accompagna le texte latin d’une traduction allemande.
La réputation du célèbre décorateur Jésuite inspira à l’empereur Léopold le désir de l’attirer à Vienne. Sujet de l’Empire, quoiqu’il fût déjà d’un âge avancé, il dut partir pour cette ville oû il mourut le 31 août 1709.
Le frère Jésuite signala son séjour à Vienne par de nombreuses modifications d’églises, spécialement celles de la Maison professe, de la Miséricorde et de la Rédemption des captifs de la Merci.
A la fin du XVIIe siècle, Pozzo jouissait dans toute l’Europe d’une réputation colossale; modeste et d’une vie exemplaire, Pascoli, Milizia, Lanzi, Patrignani et plusieurs autres, qui ont écrit sa vie, nous apprennent qu’à Vienne on vit la Cour et la ville prendre part à sa perte. On imprima son éloge et nous possédons une belle médaille frappée en son honneur.
Un tel artiste , dans un temps où les Pays-Bas allaient passer sous le sceptre de Charles VI et. où les Jésuites atteignaient l’apogée de leur splendeur, devait avoir une grande influence sur le style dominant. Cela fut d’autant plus aisé qu’André Pozzo avait puisé la plupart de ses inspirations à l’Ecole borrominienne et que par conséquent ses compositions continuaient le plus naturellement du monde, les traditions reçues du style italo-flamand mis à la mode par Rubens et ses élèves.
Les décors de Pozzo avaient déjà antérieurement été essayés à Anvers, siège de la Maison professe de la Compagnie de Jésus. Les Liggeren de la Cible de S'-Luc, publiées par MM. Rombouts et van Lerius, contiennent en effet, à la date de 1690, la mention suivante, tirée des Archives de la Sodalilé des hommes mariés: « Dit jaer is ghemaeckt een poort (portique), geschildert van Joan (van) Helmont, dienende tôt de meditalie, ’twelck
Publications de Pozzo.
Pozzo appelé à Vienne pal1 lemp. Léopold .
Réputation européenne de Pozzo.
Son influence sur le goût architectural aux Pays-Bas.
Décors peints par van llelmont , pour la Sodalité d’An vers.
Traité de Pozzo réimprimé à Bruxelles aven texte flamand.
Son importance comme manuel d’architecture décorative.
Décorations théâtrales fies Collèges Jésuitiques.
» R. Paler van Oyghem heeft laten maken; alsnoch de 2 moordenaers syn » ghemaeckl door Nicolaus Huybrechts, alsnoch een schutsel, ghenaemt het » pallijs, den hof is geschilderl door Jacob Janssens, den kerker is geschildert » door meester Petrus Ykens; alsnoch eenen Pilatus, eene voetewassinck, een » deel joden, eenen Christus, een O. L. Vrouw met eenen S'-Jan, met noch » een Roodlschap van O. L. Vrouw, den Petrus, de Crooninghe, de Ghesse- » linghe, door (Joan van) Helmont, het hofken ons Heer, door Cornelis de Clee, » met oock eenen Christus en oock eenen Pilatus. » Par ces décors et ces figures peintes sur bois découpé — le -Musée d’Anvers et l’église Sf-Jacques en ont conservé quelques-unes — les Jésuites avaient réussi à rajeunir et à moderniser dans leurs temples les Mystères de la Passion « à personnaiges vifz » des cathédrales du moyen âge.
Les Jésuites apportèrent bientôt aux Pays-Bas les planches gravées à Augsbourg par Jean Boxbarth et G. Conrad Bodenehr. Ils firent réimprimer l’édition viennoise, enrichie d’une traduction franco-flamande du texte, chez François T’Serstevens, imprimeur-libraire à Bruxelles. Cette édition est précédée du portrait du frère Pozzo, par Antoine Birckart. On lit au bas le distique suivant composé par son élève et ami F. -F. Iiofmann :
Fallere Âpellœa vir hic omnes noverat arle ,
Innocuis ullum moribus non poterat.
Tout en étant un Trailé de perspective , le livre importé par les Jésuites était encore essentiellement un manuel d’architecture décorative. Nous remarquerons parmi les compositions du premier volume deux tabernacles octogones qui servaient au Gesu pour les Prières de Quaranle-Heures; celui qu’on élevait en l’église S1- Ignace au Collège Romain comme Reposoir eucharistique le jour du Vendredi-Saint et la célèbre composition des Noces de Cana en Galilée, érigée à Rome en 4G8o en l’église Farnèse de la Compagnie de Jésus. Celle composition affecte des allures particulièrement grandioses que n’eût certes pas désavouées Rubens.
Le second volume, outre l’autel de S'-Aloïs, aux chapiteaux composites, ornés de liges de lis, aussi élégants qu’originaux, nous donne deux décorations théâtrales destinées aux Collèges de la Compagnie et représentant : l’une, une Bibliothèque, l’autre, une Antichambre.
Parmi les compositions qu’on y trouve et qui furent toutes plus ou moins imitées chez nous, remarquons un grand plafond d’église et le dôme en « clair obscur » du Collège Romain. Les perspectives plafonnantes peintes en détrempe dans le premier tiers du XVIIIe siècle par Sevin à Bruxelles sont une preuve manifeste de l'engouement que fit naître la publication de ces motifs italiens dans nos Pays-Bas.
Citons encore l’autel de SMgnace érigé à Rome en 1670 et détaillé dans la Borna Moderna; l’autel de Sf-Aloïs et deux compositions spéculatives.
Pozzo se jouait des plus foncières difficultés de l’art de la perspective et du clair-obscur et semblait même aborder de préférence l’exécution de véritables tours de force.
L’argent manquant à Frascati pour élever un autel véritable : l’ingénieux Frère peignit sur une abside concave un édicule convexe et le traça au moyen d’un artifice d’exécution des plus adroits qu’il imagina à cet effet.
Le premier ouvrage en clair-obscur perspectif qu’aient admiré les Romains, était également un autel peint sur la muraille à l’église de SMgnace. En étudiant attentivement cette composition du jésuite Pozzo, celle gravée sous le n° 80 et celle érigée à Vérone en l’église S^-Sébaslien , on pourra constater facilement une alliance intime avec les grands retables de bois et de marbre élevés chez nous par van Delen, Mildert, Donckers, van Nerven, Cosyns, De Vos, Langmans et van Bauerscheil.
Signalons, enfin, les « Dessus » de portes et de fenêtres dont les motifs on! souvent inspiré nos artistes de la dernière période de l’École rubénienne et de remarquables et plantureuses consoles.
C’était, à tout prendre, un étrange génie que Pozzo et bien fait pour plaire à une époque où Maderno terminait le frontispice de SMfierre; Bernini la colonnade; Borromini l’église S^Charles et les Quatre-Fontaines. En même temps que le jésuite Pozzo traçait la célèbre composition du maître-autel de SMgnace à Rome, digne d’un disciple de Rubens: le théatin Camillo Guarini dressait les plans de S'-Vincentà Modène et de Ste-Anne la Royale à Paris.
Il est curieux de lire dans le texte flamand de l’édition bruxelloise des œuvres de Pozzo cette justification convaincue du rival du chevalier Bernini: « Ende alhier moete ik bij geval , ontschuldinge, ende bescher-
Plafonds de Sevin procédant des perspectives de Pozzo.
Retables flamands inspires de ses « Reposons. i>
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
» minge nemen zoo voor mij als de hedendaegschc Bouw-meeslers de welke » verachl worden om eene veranderinge van Architecture, niel volgende de » oude nogle hunne nagelaete werken niet en volgen, ik en segge niel van » veranderinge van zaeken die de gront-regels van Architecture raeken , dit » en kan oft en wilt niemanl ontschuldigen, maer ik wille seggen van » veranderingen van cornichen, ofte verciersels, zeer ellendige Menschen » die sig slooren aen de schimp-reden der gcmeijne Menschen : dog dit en » zouden sij hun niet moeten aenlrecken : die dan de maniéré volgen der » Ervaere Meesters, schoon lot sij lot den trap van eere geraekl zijn , tôt » spijt der afgunstige benijders over hel hooft siende aile opspraek ende » nijdt, deze zij gelnkkig (ik zoude aengaende deze materie vele voorbeelden » konncn bij brengen) laet ons van deze materie afwijken. Een voor aile sal » genocg wesen :van eenen uijtmuntenden Bouw-meester voorlijls in voegen » niet name Borominüs : wiens werken, niet te min sij groole afgunsligheijt » ende versmaedlheden geleden hebben om de veranderinge ende nieuwe » uijtvindinge : dienen bedendaegs lot groole verwonderinge. Dat deze dan » goeden moet scheppen, svant hunne uijlmuntenheijt zai eerder bekenl » worden, als de quaedlaerdigheijl der benijders. »
Avec de tels principes esthétiques propagés et encouragés chez nos artistes, ne nous étonnons pas de ce fait, qu’aussi longtemps que les Jésuites furent debout, le style borrominien fut en honneur.
Dans sa célèbre composition du maître-autel de l’église SMgnace, le frère Pozzo donne la mesure de son génie par l’ampleur de la composition, la fougue de l’ordonnance, le plantureux de l’effet. Les principes dissolvants de l’École borrominienne qui doivent finalement étouffer le style d’AIessi et de Bramante dans les étreintes du Pellame ou Barocco se sauvent encore par la maestria du style, dans les compositions fantaisistes des retables gravés dans le second volume.
Pozzo, ceci soit dit en passant , croit devoir justifier ces étrangetés par des raisons trop caractéristiques pour qu’elles ne trouvent pas place ici. Ce furent ces mêmes raisons adoptées par nos artistes qui les préparèrent à imiter les rocailles parisiennes d’Oppenorl et de ses coryphées, quand les Jésuites ne furent plus là pour défendre le style en honneur à Rome. Nous les don-
nous d’après le texte flamand de l’édition de Bruxelles déjà citée :
« Autaer van eene zeldsaeme uiJTViNDiNGE. Gehoort hebbende dal binnen » Roomen in eene van de bezondersle kerken moeste gemaekt worden eenen » hoogen Autaer, zijnde aen zoo vele andere van veranderinge ende nieuwe » uijtvindige zeer verschillende : zoo hebbe ik dezen voor een model gelee- » kent bequaem zijnde voor de zelve plaetse, maerom dat hij kan afgewesen » worden om de ongewoone geslellenisse der Colonmen, het gene zal voorts- » komen hier uijt om dat niemant dezen Colonmen den eersten zal willen » gebrnijken, als ongebruijkt bij de Onde, zoo willeik mij van deze beschul- » dirige suijveren is het niel met aulhoriteijt, ten minsten met reden : de al » oude (indien wij Yitruvius gelooven) stelden zeer dikwils in plaetse van » Colonmen, ofle van Deur-steijlen, beelden van Mans, ende Vrouwen, de » welke h'j Carialidas noemt, nu vrage ik waerom het noodig is deze » beelden al slaende te stellen , ofte en konne sij hunne plie h t niet vol- » brengen al siltende? ende indien dit niet schandig en is, ik en sien niets » ongeoorloft geboogde Colonmen te stellen, ol'te om zoo tespreken, siltende » Colonmen. Ik segge nogtans, schoon dit de Ooge in het minsle niet » misdoet, ende dal sij bequaem zijn den last te draegen, zijnde verselt » met Pilasters , mendie niet en moeten afwijzen, maer aen andere zaeken » gebruijkt worden. »
Comme on le voit, l’on ne manquait pas de subtilités paradoxales, invoquant même l’autorité austère de Vilruve, pour justifier les colonnes « sur le séant » la plus invraisemblable des étranges nouveautés de la suprême période du style loyolite.
De la seconde moitié du XVIIe siècle, jusqu’à la fin du premier tiers du XVIIIe, un grand nombre d’architectes dont les noms sont connus, élevèrent des constructions d’importance variable, mais toutes conçues d’après les principes du style ilalo-flamand patronné par Rubens et les Jésuites.
Parmi tous ces artistes nous signalerons particulièrement :
Jacques Du Broeucq, le jeune, petit-neveu ou petit-fils de rarchileclc des châteaux de Mariemont et de Binche, qui construisit, en 1634, le monastère de l’abbaye de S^Ghislain et avait élevé auparavant plusieurs édifices à S^Omer. L’abbé Guillaume Loëmcl lui commanda, en 1621, un nouveau Jubé
Principaux architectes de cette période.
Jacques Du Broeucq, Abbaye de Saint- Ghislain (163V).
Jubé de Sl-Bertin à Sf -Orner (1621).
Clôture de la cathédrale (1621-1625).
J. -P. Mercx, Maison du Sac, Grand’ Place.
Refuge de l’abbaye S1 -Michel à Bruxelles ( 1656).
Arcs de triomphe du Jubilé (1670).
Her boseh, Maison de la Louve ( 1691 ).
Bernard Raessens, Porte du Rivage, à Bruxelles (164-5).
Franck , Chapelle de Jesus-Eyck (1650).
394 HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
pour l'église S'-Berlin. Il passait pour le chef-d’œuvre de l’abbaye; il n’en existe plus qu’un fragment dans l’église S‘-Denis, à S‘-Omer. De 1621 à 1625, Du Broeucq ordonna les charmantes clôtures des bas-côtés de la cathédrale de Sf-Omer. Sur son portrait peint par Van Dyck, il est qualifié tYarchilectus Monlibus in Hannonia. Du Broeucq habitait Mous dès 1612; il y naquit selon toute vraisemblance.
J.-P. Mercx qui construisit, en 1640, la maison dite op den Sack, appartenant à la Corporation des Boulangers et Tonneliers. Un dessin original de la façade de celle maison se trouve dans la collection du duc d’Arenberg; il porte la signature de l’artiste et l’inscription suivante : « Modelle of » leekeninge tôt len voorgevel vaut huys geheeten den Sack staende op de » Groole Mert alhier tôt Brussel, toebehoorende die Schrynwerckers en de » Ivuypers ambacht a0 1640 door J.-P. Mercx. » Cet architecte construisit dans le môme style, en 1656,1a façade du Refuge de l’abbaye de S^Michel, me des Sables, à Bruxelles, aujourd’hui démolie, dont la collection précitée nous a également conservé le dessin original. Nous aurons plus loin occasion de parler des Arcs de triomphe qu’il érigea en 1670 pour le compte de la ville de Bruxelles à l’occasion du Jubilé du S^Sacrement. Ils ont été gravés dans le recueil de Stroobant.
Herboseh, architecte et peintre qui fournit au Serment de l’arc les plans de la maison de la Louve , Grand’Place, après le second incendie (1691). On sait qu’à peine achevée elle fut détruite de nouveau, de fond en comble, par le bombardement de Villeroy et rebâtie sur un autre plan, ainsi que la maison du Sac, en 1696.
Bernard Raessens, contrôleur des travaux de la ville de Bruxelles, qui dressa les plans de la Porte du Rivage, en surveilla l’exécution et reçut de ce chef cent cinquante florins le 15 décembre 1645. Celte porte monumentale fut adjugée le 26 du même mois au prix de vingt-quatre mille florins.
Franck ou Franco, architecte de la Cour du Gouverneur général des Pays- Bas, don Francisco de Mello, qui dressa pour ce gentilhomme portugais les plans de la chapelle de Jesus-Eyck dans la forêt de Soignes, exécutée en 1650. Ce fut l’archiduc Léopold qui en posa lui-même la première pierre le 20 avril de celte année. La chapelle de Jesus-Eyck, objet d’un pèlerinage fameux,
SIR L ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
a été naguère agrandie: par malheur sans tenir compte du cachet particulier à l’architecture loyolite. Les armoiries de l’Archiduc polychromées aux émaux héraldiques se voient encore aujourd’hui sculptées au-dessus de l’arc triomphal du chœur.
Louis Le Doulx, élève de François Du Quesnoy, alla à Rome et se distingua comme sculpteur et architecte. L’ancien Beffroi de liions qui était de forme circulaire s’étant écroulé, le Magistrat mit sa reconstruction au concours. Ce fut le plan de Le Doulx qui obtint la préférence; la première pierre en fut posée le 13 juin 1662, l’édifice était terminé en 1664. Le Beffroi de allons, tour carrée, haute de 84 l/z mètres, est entièrement bâti en pierres bleues d’Écaussines ou de Soignies et de pierres blanches. Au-dessus d’un soubassement rustique assez élevé, flanqué aux angles de contre-forts, s’élèvent trois étages; le premier d’ordre dorique encadrant des fenêtres cintrées est composé de pilastres; le second d’ordre ionique présente des colonnes engagées, et le troisième des consoles renversées italo-flamandes, posées sur des piédestaux. Une balustrade de pierre qui se répète au second étage règne entre les colonnes et les enroulements. Ihe flèche de charpente du type particulier à l’art flamand du XVIIe siècle surmonte le tout. Quatre clochetons pyriformes contournent la flèche de forme ovoïdale terminée par une lanterne octogone. Le Doulx, avons-nous dit, avait travaillé sous François Du Quesnoy alors que ce dernier résidait à Rome. Il rapporta d’Italie le secret de la préparation d’un certain stuc donnant à la pierre et au bois une apparence marmoréenne.
L’archevêque de Cambrai , François van der Burch, étant décédé à liions le 23 mai 1644, Le Doulx fut chargé de lui ériger un splendide tombeau appuyé contre la muraille de la chapelle SMgnace dans l’église des Jésuites. Ce monument funéraire mesurait 23 pieds de hauteur sur 12 de largeur, offrant la statue couchée du prélat revêtu de ses habits pontificaux. Les figures allégoriques de l’Espérance et de la Charité s’appuyaient au sarcophage; au-dessus du tympan se voyaient deux anges. Celle œuvre d’art terminée en 1653 fut payée à Le Doulx le 24 février de la même année huit mille quatre cents livres tournois, somme considérable pour l’époque. Lors de la démolition de l’église des Jésuites, le monument fut réclamé et
Louis Le Doulx.
(t 1690.) Voyage en Italie.
Beffroi de Mons.
Introduit au Pays- Bas les stucs italiens.
Tombeau de l'archevêque van der Burch dans l’église des Jésuites à Mons (1644.)
OE livres sculpturales :
Statues pour la chapelle Sl'Georges; clôture de chapelle et Statues d’apôtres à Sle-Waudru.
François van Sterbeek.
fl 630?)
Hetable des Dominicains d'Anvers.
Se distingue comme botaniste et publie la Ci tri cnllura.
Jean Cort \ rient, église de N. D. de Bon Secours a Bruxelles (1668-72.
B châtie après le bombardement.
transporté en 1780 dans la chapelle de S’-Jean de l’église métropolitaine de Cambrai. Le Doulx exécuta encore à Mons, dans la chapelle Sf-Georges attenant à l'Hôtel de Ville , les statues de saint Georges et de saint Quirin. En 1661-, il construisit l’ancienne Clôture de la chapelle de N.-D. de Mont- Carmel dans l’église de Ste-Waudru, pour laquelle il sculpta aussi les statues des apôtres Pierre, Paul, André et Philippe, adossés aux piliers de la grande nef. Le Doulx ou Le Doux mourut à Mons dans un âge très-avancé, approchant l’année 1690. Il eut pour élève Claude-Joseph de Beltignies (1675-1710), dont nous parlerons plus bas, lequel se distingua comme architecte et sculpteur.
François van Sterbeek, né à Anvers le 17 novembre 1630. Ce fut sur les plans de cet architecte que l’on exécuta le superbe retable ilalo-flamand du maître-autel de l’église des Dominicains à Anvers, souvenir d’une magnificence princière du septième évêque de cette ville, Marius-Ambroise Capello, qui appartenait à l’ordre de S'-Dominique.
Ce retable, en pur style rubénien, a été gravé à l’eau-forte. La dédicace nous fait connaître qu’il fut exécuté en 1670 par Pierre Verbruggen le Vieux et que les statues et bas-reliefs furent l’œuvre de l’un de ses fils portant le même prénom que lui, surnommé le Jeune.
Le portrait de François van Sterbeek au Musée d’Anvers a été peint par Nicolas Stramot en 1673; on y voit figurer les armoiries de cet artiste, plus connu d’ailleurs comme botaniste. Sa Cilri cullura dont les planches furent gravées par François Ertinger, fut indignement pillée par le hollandais Jan Commelyn dans son Nederlandschen Hesperides.
Jean Corlvrient qui construisit l’église de Notre-Dame de Bon Secours à Bruxelles, le plus pittoresque et le plus original des temples du style ilaloflamand, dont les plans furent préférés, à cause peut-être de leur singularité, à ceux de l’ingénieur royal van Ileil. L’église ne fut pas élevée tout d’un trait; la partie antérieure date seule de 1661-, la partie postérieure de 1668 et la façade de 1672. Elle fut entièrement ruinée, mais rétablie aussitôt après le bombardement de 1695. L’intérieur de l’église de Corlvrient est charmant et les énormes diflicultés de perspective ont pu sans doute empêcher nos peintres d’intérieur d’aborder une vue de celte pittoresque et gra-
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
cieuse conception architecturale dont les moindres détails se soutiennent et sont dignes d’attention. La façade de la chapelle Stc-Anne, rue de la Montagne, à Bruxelles, dont l’architecte est inconnu, se rapproche intimement, comme type de l’église bâtie par Corlvrienl.
Léon van Heil, architecte, peintre et graveur, fut nommé ingénieur et architecte de l’archiduc Léopold d’Autriche. Rival de Corlvrient, il construisit en 1673 la belle chapelle de la Madeleine, dite des Mariages, derrière le chevet des collatéraux du chœur de l’église Ste-Gudule à Bruxelles. Celle chapelle, qui coûta plus de trente mille florins, conforme aux plans des nombreuses « Chantreries» de famille, qui cantonnent les églises italiennes, avait été élevée aux frais et en vertu de donations testamentaires de Jean-Baptiste Maes, chevalier de l’ordre militaire de SWacques, seigneur de Steenkercke et conseiller des finances du roi, qui y fut inhumé à côté de son épouse dame Pauline Schoyte. Ce monument funéraire des fondateurs se voit encore aujourd’hui.
Van Heil élabora ensuite en 1650 pour la même église le plan du somptueux retable dit Chambre des reliques, qui remplaça celui élevé en 1609 d’après les dessins de Henri Meert.
Léon Van Heil construisit en 1650, dans l’enceinte du palais de la Cour, le premier Théâtre cV Opéra de Bruxelles, d’après l’ordre de l’archiduc Léopold d’Autriche. François Coppens, van Houck et Philippe van Baerlem en exécutèrent les peintures décoratives. On sait que l’archiduc Léopold quitta Bruxelles dans un état d’insolvabilité scandaleuse. Les Relations véritables nous apprennent que cet oubli de la Cour de payer ses dettes et de désintéresser ses créanciers, valut au sujet de la construction de ce Théâtre, un gros procès à l’architecte van Heil.
En 1655 le Gouverneur général, voulant fêter l’arrivée de la reine Christine de Suède, y fit représenter un ballet de Balthazarini intitulé Circé. On donnait donc des Opéras et des Ballets â la Cour de Bruxelles avant que ce genre de spectacle eût été introduit à Paris par le cardinal Mazarin.
L’opéra de la Cour ne compta point de rival jusqu’en l’armée 1698, où l'Électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel chargea N. Franc-quart, architecte, et Paul de Bombardi, décorateur italien, d’élever le théâtre public de la
Chapelle S,c-Anne à Bruxelles.
Léon van Heil.
Chapelle de la Madeleine à Ste-Gudule.
Chambres des reliques.
Théâtre d'Opéra au Palais de Bruxelles.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Théodore de Hase; église conventuelle de Bruges ( 1088).
Adrien van der Linden.
Arnold Quellyn ; portique du Marché an Poisson à Gand.
Gorneille van Nerven; chapelle royale espa gnole à Bruxelles.
rue des Dominicains. On sait que le célèbre chevalier Nicolas Servandoni, architecte de S^Sulpice et décorateur hors de pair, en peignit plusieurs décors.
Enfin, van Heii dessina des compositions décoratives dont nous nous occuperons plus loin, en collaboration de J. -P. Mercx, ingénieur royal, François du Chastel, élève de Teniers et de l’anversois Routlats, à propos des Arcs de triomphe du Jubilé célébré à Bruxelles, en 1670, dont Stroobant nous a laissé une prolixe relation.
La famille van Heil compta trois artistes. Daniel, le peintre, voué à la reproductions des désastres et des incendies, naquit en 1604; Léon, l’architecte, en 1605, et Jean-Baptiste, qui grava la Danse des paysans d’après Rubens, en 1609.
Daniel peignit l’incendie de la Maison des Merciers (Le Renard) actuellement au Musée de Bruxelles. SI épousa le 1er octobre 1636 Marie T’Serraets et en eut plusieurs enfants; Immerzeel dit qu’il mourut en 1662.
Léon et Jean-Baptiste vécurent célibataires; on ignore la date de leurs décès. Les portraits des frères van Heil, gravés par Fréd. Boultats, se trouvent dans le Gulden cabinet de Cornelis de Bie. Ce dernier nous apprend qu’en l’année de la publication de son livre (1661), ces artistes étaient encore tous vivants.
Le Père Théodore de Hase, carme déchaussé, qui bâtit en 1688 l’église conventuelle de cet ordre à Bruges.
Arnold Quellyn (1609-1668) qui sculpta en 1689 le pittoresque portique du Marché au Poisson de Gand, élevé sur les dessins de l’architecte de la ville, Adrien van der Linden, qui en fit un petit chef-d’œuvre de distribution bien entendue.
Corneille van Nerven, architecte et statuaire, qui fut reçu en 1696 dans le métier des « Quatre couronnés », et l’année suivante dans la confrérie des architectes, où on le retrouve jusqu’en 1717. Cet artiste reconstruisit à neuf, en 1696, aux frais de Charles H, la Chapelle royale dite Espagnole de l’ancienne église des Dominicains. Cet oratoire passait au XVIIIe siècle « pour » un des plus beaux qu’on puisse voir dans ce pays : l’autel est d’un grand » goût; la niche de cette chapelle sert de fond à l'autel qui est garni d’un » rideau, au-dessus duquel es! une couronne portée par deux séraphins;
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
» plus bas sont quelques anges qui soutiennent les rideaux. L’autel et le » tabernacle sont posés en avant de cet ouvrage, ce qui forme un coup » d’œil charmant. » Mensaert, auquel nous empruntons ces détails, nous apprend que la statue de saint Jacques au-dessus du jubé était due également au ciseau de Corneille van Nerven. Cet artiste fut très-occupé à Bruxelles après le bombardement de 1695.11 reconstruisit (19 mars 1706) le bâtiment postérieur de l’Hôtel de Ville, dont la dépense s’éleva à cent quarante-huit mille trois cents florins. Il fournit encore les plans du Poids de la ville et sculpta la statue de la Justice placée dans la niche en 1706 d’après le chronogramme :
reCte ponDerat ILLa ManVs.
Le Poids de la ville a disparu avec les travaux du vôûtement de la Senne. Nous savons encore que van Nerven fournil le dessin du retable d’autel de la chapelle de S'-ÉIoy au couvent des Dominicains, dont le tableau était de Jean van Orley, ainsi que celui du maître-autel de l’église Sf-Nicolas. Ce dernier, brûlé pendant le bombardement, fut rétabli sur le même plan et la sculpture en fut confiée à N. van Mons.
Rombaut a donné une vue' intérieure de la Chapelle royale espagnole dans le tome II de Bruxelles illustré.
Jan Cosyns, architecte-sculpteur, travailla à Bruxelles et y fut inscrit en 1659 comme membre du métier des « Quatre couronnés. »
A l’église de N.-D. au Sablon , il sculpta pour la Chapelle sépulcrale des princes de Tour et Taxis, construite sur les plans de Luc Faid’herbe, les statues de la Vertu et de la Renommée qui ornent le sarcophage de Lamoral III et de son fils Eugène-Alexandre.
Un dessin de la collection du duc d’Arenberg signé : Cosyns archit. et statuar. inv. del., nous apprend qu’il fut l’auteur de la façade de la Maison de la corporation des Boulangers dite Le Iîoi d’Espagne, une des plus considérables de la Grand’Place, élevée après le bombardement de 1695. Cosyns sculpta pour cette maison six statues colossales, des médaillons d’empereurs romains et un grand trophée entourant le buste de Charles IL Descamps trouva ces sculptures remarquables. La coupole surmontée d’une Fortune en cuivre doré, les statues et le trophée furent détruits par les Français en 1795.
Bâtiment postérieur de l’Hôtel de Ville.
Poids de la Ville.
Jan Cosyns.
Slalues pour le Tom beau des Princes de Tour et Taxis à N.-D. au Sablon.
Maison des Boulangers Grand’Place à Bruxelles (1607).
HISTOIRE DE L’UN FLUENCE ITALIENNE
Nous avons trouvé dans l'habitation de M. de Voghel, rue de Flandre, 44, jadis contiguë aux dépendances de l’ancien couvent de Jéricho, une ordonnance architecturale des plus remarquables de Jan Cosyns, que nous ne savons citée nulle part. Fermant le côté long d’une cour intérieure, celle façade se compose d’un « ordre colossal » de pilastres d’ordre ionique moderne, avec entablement et piédestaux, embrassant le sous-sol en contre-bas, le rez-dechaussée et un bel étage.
Au milieu du bâtiment s’ouvre une baie cintrée. Elle a conservé la herse délicate de fer, ouvragée en éventail et la menuiserie de chêne à panneaux moulurés et monclair sculpté. Six fenêtres accompagnent la porte et se répètent à l’étage. L’avant-corps central est surmonté d’un fronton dont la corniche est sculptée d’oves et taillée de denticules. La masse seule de ces ornements a été conservée aux arrière-corps.
Le tympan abrite deux figures en ronde-bosse : l’une juvénile, un compas à la main, s’apprête à mesurer un long trajet sur le globe terrestre, tandis que l’autre, vieille et décrépite, nous montre l’image du temps qui d’une main cherche déjà son inexorable faux. L’acrolère voluté offre en amortissement : un pélican — les ailes ont disparu — ; les arêtes rampantes du fronton : deux lions en marche.
Les pilastres ioniques sont rudenlés jusqu’au tiers et portent sur des piédestaux dont les dés « enlablés » sont enrichis de trophées militaires, tous différents, traités avec une incomparable verve. Entre chacun des pilastres, aux arrière-corps, des médaillons en bas-relief des Césars classiques sont rattachés par des festons laurés. Des baiuslres en forme de coJonnetles torses remplacent ces motifs à l’avant-corps.
La baie centrale est couronnée d’une corniche enrichie de vases à côtes saillantes, servant d’appui à un bas-relief allégorique dans le genre de celui de la Maison des Boulangers. Autour d’un buste de Bcllone se groupent des trophées d’enseignes romaines, d’étendards impériaux à la croix de S1 -André et de drapeaux turcs surmontés du croissant. Des couleuvrines et des armes diverses étoffent cette composition.
L’architecture de celle façade a évidemment été composée en vue des motifs sculpturaux, littéralement prodigués. Sans nul doute, comme pour la maison
de la Grand’Place, le sculpteur a été aussi l'architecte de l'habitation de la rue de Flandre. Il devait être fort satisfait de son œuvre, car il mil une sorte d’ostentation à tailler sa signature, bien en vue, sur le socle du buste de Bellone : J. Cosyn. F. Le chronogramme suivant se lit au haut du trophée :
VIrtVtI, aVstrIaCæ, paCe, reLLo fIDeLI, VICtorIIs, prVDenter, VIcILanter, partIs, InCLYtæ.
Ce qui fixe la date de l’œuvre à l’année 1697.
Les allégories belliqueuses de cette façade ont sans doute trait à la fameuse bataille de Zenlha sur la Theysse où le prince Eugène de Savoie-Carignan battit Mustapha à plate coulure. Signalons dans la même demeure, une cheminée en marbre blanc et un superbe plafond à six caissons enrichi de cartouches somptueux, très-probablement sculptés par Cosyns. Par la disposition générale du solivage et le caractère de l’ornementation ce plafond est d’un type analogue à celui de la Salle à manger de Filète! Tour et Taxis, gravé par R. de Hooghe dans la rare série consacrée aux fêtes célébrées à Bruxelles à l’occasion de la prise de Bude.
Nicolas De Bruyn, architecte et contrôleur de la ville de Bruxelles, qui Nicolas De Bruyn.
Grand Bâtiment (1698).
construisit le vaste corps de logis appelé Grand bâtimenl divisé en six maisons dont quatre étaient des Chambres de corporations et servaient de lieu de réunion aux corps de métier des « Quatre couronnés, » des Menuisiers, des Charpentiers et des Tanneurs. Le premier étage de la façade était orné des bustes des anciens ducs et duchesses de Brabant; ces bustes enlevés et détruits en 1794 furent rétablis il y a quelques années; leur faire, pseudoarchaïque, semble le contre-pied du si) le de l’édifice et des sculptures des maisons avoisinantes qui appartiennent à la fin du XVIIe siècle.
On imputa, avec raison, à la légèreté de ce « Contrôleur des travaux Beffroi communal <ie
Bruxelles ( I 698)
de la ville » la chute du Beffroi communal qui arriva le 29 juillet 1714. Écr°uJé le 29 iuillet De Bruyn avait soutenu, contre le sentiment de plusieurs habiles architectes,
«que les fondements et une partie de la vieille tour, quoique presque consumés par le feu du bombardement, étaient en état de soutenir le poids de l’ouvrage qu’on était dans le dessein d’y construire. » Un modèle réduit de ce beffroi se voit encore aujourd’hui sur le Jubé de l’église Sl-Nico!as.
Grande Boucherie a Bruxelles ' 1698) .
Jacques Dupont.
N. Francquart. Théâ tre public de Bruxelles ( 1698 - 1700) -
Camille Mombaërts.
Ammans ’kamcrke.
Balck , Hôtel de Ville de Leeuwaarden.
(2 avril 1715.)
Bernard de Wilde, Octroi municipal de Gand 1710).
Claude- Joseph de Bel tignies ( 1075-1740).
Couvent de la Visitation à Mons (17 17).
Char de Slc-Waudru.
Le bâtiment de la Grande Boucherie derrière la Brood lmys fui rebâti également sous la direction de De Bruyn. La dépense s’éleva à 37,356 florins et les propriétaires des bancs y contribuèrent pour une forte partie.
L’ancienne Boucherie reconstruite en 1566 avait coûté 32,460 florins. Le métier y voulut contribuer pour une somme de 2,000 florins.
Depuis 1523, les bouchers possédaient, Grand’Place, l’antique taverne du Cygne ( 1346), enseigne qu’on a religieusement conservée à travers les siècles à la Loge de cette corporation, rétablie en 1696 et ornée de sculptures par Jan De Kinder.
Jacques Dupont, qui construisit plusieurs maisons remarquables et fut un excellent peintre d’architecture.
N. Francquart, parent du célèbre architecte de ce nom, qui, avons-nous dit, éleva à Bruxelles (1698-1 700) le premier Théâtre public de la capitale des Pays-Bas. On lui doit également les plans de l’église de l’abbaye de Sl-Pierre à Gand, à l’exception du chœur bâti antérieurement par un architecte italien.
Camille Mombaërts qui fut l’architecte de X Animons kamerke, maison sise au coin de la rue des Harengs à Bruxelles et rebâtie en 1700.
Balck auquel nous devons les plans de l’Hôtel de Ville de Leeuwaarden dont Guillaume d’Orange posa la première pierre le 2 avril 1715.
Bernard de Wilde, qui bâtit en 1716 l’hôtel de l’octroi municipal à Gand.
Claude-Joseph de Bettignies, qui fournit les plans du couvent de la Visita lion à Mons dont la façade, décorée de deux ordres de pilastres superposés, fut commencée en 1717. De 1702 à 1723, il construisit et restaura encore diverses églises du Hainaul.
Élève de Le Doulx, de Bettignies naquit à 31ons le 23 novembre 1675 et pratiqua en môme temps l'architecture et la sculpture. Mons eut à subir un grand désastre au temps de la jeunesse de cet artiste qui contribua pour une large part à la restauration des édifices endommagés à la suite du siège qu’en fit Louis XIV en 1691. Claude de Bettignies fut sculpteur et architecte en titre du Chapitre noble des chanoines de Ste-Waudru. On lui doit le Char destiné à porter la chasse de cette sainte, lequel existe encore. Il devint en 1711 architecte « maître des ouvrages » de la ville de Mons. En 1715, il sculpta le remarquable Jubé et une Chaire de vérité pour l’an-
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
tienne église de S'-Germain ; la Chaire est actuellement à Ste-Waudru. En 1723 il fît encore pour S^Germain un Maître-autel orné d’un tabernacle d’orfèvrerie d’une extraordinaire richesse. Claude de Bettignies mourut à Mons le 12 juin 1740.
Hendrik Malheys qui construisit en 1720 la coupole de l’église Sl-Pierre à Garni projetée par Van Santen en 1629. Architecte, sculpteur, il était frère de Jan Malheys auteur du beau monument funèbre élevé en 1693 à la mémoire de Guillaume de Bronchorstet de sa femme Marie de Warluzel.
Tous deux étaient gantois, élèves de Rombaut Pauwels de Malines et fils de Gillis Matheys, sculpteur, qui fut en 1678 Proofmeesler de sa corporation à Gand , ce qui peut faire supposer qu’il avait du talent. Hendrick voyagea en Italie, en Espagne, en Angleterre et fut doyen en 1720. Auteur du mausolée du chanoine de la Serre, baron du Pujet, placé dans la chapelle de Sfe-Calherine en l’église S^Bavon, cet artiste mourut le 3 septembre 1732 âgé de 93 ans.
J. Verkruys, architecte d’origine hollandaise qui rebâtit en 1727 la façade de l’ancien tribunal du Franc de Bruges.
Denis Georges Bayart, maitre-sculpteur et architecte qui habitait Namur et exécuta en 1727 pour 7,700 florins de Brabant, la jolie coupole du Carillon de l’église de St-Pierre à Louvain. Le modèle en relief avait été sculpté par J.-F. Boeckstuyns de Malines. En 1730, Bayart entreprit l’ornementation de la Bibliothèque de l’Université de Louvain en collaboration d’un artiste nivellois appelé Bonet.
Michel de Brissy, de Bruxelles, qui éleva en 1751 la magnifique église de St-Pierre à Douai, reproduction exacte de celle de l’abbaye de St-Martin à Tournay, dont Louis XIV posa la première pierre en 1671 et qui tomba sous le marteau des démolisseurs en 1804.
Hendrik Pulincx, le jeune, auquel les religieuses anglaises de l’Ordre de St-Auguslin à Bruges commandèrent les plans de leur gracieuse petite église bâtie en 1736 et dont l’autel et le tabernacle brillaient par la richesse des matériaux rares et des dorures. La voûte était enrichie de délicates arabesques. Nommé directeur des travaux maritimes de Flandre en 1731, il reconstruisit l’écluse de Slijckens. En 1772 il donna encore les plans de la
Chaire et Maitre-aulel de Saint-Germain à Mons (1715-25).
Hendrik Matheys.
(1647-1752.) Coupole de S'-Pierre à Gand (1720).
.1. Verkruys, façade du Franc de Bruges.
Denis Bayart, coupole du Carillon de S1- Pierre à Louvain.
Bibliothèque de l’Uni versité (1750).
Michel de Brissy.
Église de S'-Pierre à Douai (1731).
Hendrick Pulincx, le jeune. Église des Augustines anglaises à Bruges (1736).
Écluse de Slijckens.
Maison de sûreté provinciale (1772).
Jean André Anneessens (1087-1769).
Fontaines de la Cour de l'Hotel de Ville de Bruxelles (1714).
Façade de l’ancien j’alais des princesevêques de Liège.
Maître - autel de la chapelle du Grand séminaire deMalines
Abraham. Église de Leuze (1742).
Lierre de Doncker re pare l’église S’-lSicolas à Bruxelles.
Maison de sûreté provinciale. Cel architecte était fils du sculpteur Hendrik Pulincx, le vieux (1698-1781), auquel nous devons les mausolées de Joseph van Susteren et de Louis de Castillione dans l’église de S‘-Sauveur.
Jean André Anneessens ou Agneessens, fils du doyen martyr, François Anneessens, Chef-homme du Grand Serment de S*-Georges et Syndic de la nation de S’-Nicolas et de sa seconde femme Florence Gilson. On lui doit les dessins des fontaines qui décorent la cour de l’Hôtel de Ville de Bruxelles et furent sculptées par Plumier et De Kinder. Excellent ingénieur; l’archiduchesse Marie-Élisabeth, gouvernante des Pays-Bas, le nomma architecte et «contrôleur des ouvrages de la Cour» le 14 janvier 1733 et lui rendit ses biens patrimoniaux confisqués.
En 1737 il reconstruisit, à Liège, la façade de l’ancien Palais des princesévêques. Celle composition fait honneur au talent d’Anneessens, une noble simplicité et un grand goût s’y remarquent incontestablement. La façade en pierres bleues comprend deux étages et un attique surmonté d’un entablement à balustrade. Un imposant avant-corps de deux ordres de colonnes et de pilastres accouplés, corinthiens et composites, distinguait le centre de l’ordonnance. L’ordre supérieur, couronné d’un fronton en arc de cercle, offrait du tympan les armoiries du prince-évêque Jacques de Berghes.
Anneessens dessina le modèle du maître-autel de la chapelle du Grand •séminaire de Malines élevé aux frais du cardinal Thomas-Philippe d’Alsace. Enlevé par les Français en 1798, il fut racheté par un sculpteur malinois, Bombant Grootaers, qui le restitua en 1803.
Né en 1687, notre artiste avait épousé Françoise van Troen le 26 janvier 1709. Il péril malheureusement en 1769, dans une bure près d’Aix-la- Chapelle.
Une des plus majestueuses et des plus vastes de nos églises modernes était celle de l’ancien chapitre de Leuze. Elle fut construite en 1742 par l’architecte Abraham et présente celte particularité d’un maître-autel s’élevant au centre de la croisée. Cet édifice imposant étonne par l’ampleur et l’harmonie
de ses masses.
Pierre de Doncker ou Donckers, architecte, rétablit l’église Sf-Nicolas à Bruxelles après les dégâts du bombardement en 1696. Il fit encore les plans
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
du mailre-aulel du chœur de l’église S'c-Gudule de la même ville supposé érigé sur un dessin de Rubens. Celle œuvre, commencée en 1723, coûta 16,000 florins. On attribue également à Donckers le mailre-aulel de l’église des PP. Minimes, commencée en 1700.
Nous trouvons encore la signature : « P. Donckers del. » au bas d’une estampe d’une insigne rareté, gravée par J. Harrewyn, représentant le chœur et le transept de l’église de N.-D. au Sablon à Bruxelles, en 1726. La particularité de ce dessin pourrait faire supposer que notre architecte ordonna aussi le maître-autel et la clôture du chœur, avec bancs de marguilliers, qui y sont représentés.
Il nous serait fort aisé d’étendre encore celle nomenclature; nous préférons de la clôturer avec Pierre Donckers, car nous croyons n’avoir passé sous silence aucune personnalité typique. Poursuivons l’examen de la succession des transformations rapides de l’École, car il nous tarde d’arriver bientôt aux conclusions de ce travail.
A part ces constructions, dont les architectes nous sont connus, nous possédons encore en Belgique une foule d’édifices anonymes actuellement existants, élevés dans les dernières années du XVIIe et dans la première moitié du XVIIIe siècle et conservant à un degré variable le cachet du style ilaloflamand mis à la mode par Rubens et son école.
Parmi les édilices religieux, mentionnons d’abord l’église de l’abbaye de Grimberghen près de Bruxelles. Commencée en 1660, il manque aujourd’hui les deux travées extrêmes de la nef et le portail. On y travaillait encore pourtant en l’année 1700. La coupole de cette église est remarquable; nous n’en dirons pas autant de la tour qui est banale d’étoiïage et n’a d’autre mérite que de figurer de loin l’aspect d’une masse ogivale. Exécuté conformément au plan primitif, le portail de Grimberghen eût offert le premier exemple d’un péristyle classique.
L’église des Dominicains de Liège, bâtie en 1674, formait une vaste rotonde couverte d’un dôme; celle des Jésuites wallons dans la même ville élevée en 1682 offrait un type italien caractérisé, à cause du revêtement de marbre des colonnes doriques de ses nefs. A part ces deux édifices qui furent démolis avant leur complet achèvement, nous ne connaissons pour avoir été
Maître-autel du Chœur deSte-Gudule(1725).
Maître-autel des PP.
Minimes ( 1700).
Dessin du chœur et transept de N.- D.
au Sablon (1726).
Édifices religieux anonymes.
Eglise de l'Abbaye de Grimberghen.
Eglise des Dominicains , 1674) et des Jésuites wallons (1682), à Liège.
Couvent anglais dit de S1 -François à Bruges ( 1664).
I'ropylees de l’Abbaye S'-Michel à Anvers, !1669). Abbaye de S1- Bernard ( 1675).
Eglises des PP. Minimes Conventuels.
Église de tFinisterræ.
élevées à la fin du XVIIe siècle que les églises des Minimes à Liège el des Récollets à Bruxelles, construites toutes les deux en 1695.
Une curieuse ordonnance qu’il importe de ne pas oublier parce qu’elle nous fournit un spécimen remarquable du galbe ou pignon flamand à l’époque où dominaient les principes loyolites, se rencontre à la façade du couvent anglais dit de Sl-François, à Bruges, élevé en 1664. Ses œils-de-bœuf à pans coupés el à claveaux, ses obélisques et son riche portail sont vraiment réussis en leur genre.
Les bâtiments claustraux ne se distinguent guère par leur valeur artistique à la fin du XVIIe siècle; nous avons déjà cité Grimberghen ; ajoutons l’immense enfilade de constructions de l’abbaye de S^Michel à Anvers, rue du Couvent, ruinée lors du bombardement de 1831 dont la clôture monumentale ou «Propylées» (1625) a été gravée dans Y Histoire cV Anvers par iMM. Mertens et Torfs et dans le recueil de M. Linnig. Nous savons encore que l’abbaye de Sl-Bernard lut rebâtie en 1675; mais dans cet édifice monastique l’ornementation architecturale avait été sacrifiée aux principes d’une parcimonie mesquine.
Les Jésuites eux-mêmes, qui se montraient autrefois si prodigues de toutes les ressources du luxe architectural et décoratif dans leurs églises et leurs « Sodalités », affectaient à leur tour les dehors d’une simplicité outrée dans leurs bâtiments claustraux ou scholastiques. La colonnade ou galerie formant promenoir et entourant la cour centrale, la grande salle d’exercices restaient les seuls endroits où l’on vit encore des motifs d’architecture décorative. Les autres pièces larges, saines, bien aérées du reste, étaient absolument dépourvues d’un semblant même de luxe architectonique.
Les premiers édifices religieux qui s’élevèrent ensuite, en suivant l’ordre des dates, furent les églises des PP. Minimes Conventuels et de la paroisse dite de Finisterrœ , commencées toutes les deux en l’année 1700. Le duc Maximilien-Emmanuel de Bavière, Gouverneur des Pays-Bas, en posa la première pierre. Le maître-autel fut exécuté, suivant les uns, par un frère appartenant au couvent des Grands-Carmes, suivant les autres, par l’architecte-sculpleur Pierre Donckers.
L’église paroissiale de Finisterrœ fut ornée d’un maître-autel en sarcophage,
motif nouveau ; les deux basses nefs reçurent en revêtement une riche boiserie. L’église des Minimes fut terminée en 174 5. Son portail offre le premier exemple de l’application de deux campaniles ou tours jumelles, dont Sle-Marie de Carignan d’Alessi — gravée dans le recueil des Palazzi di Genova de Rubens — fournit le prototype. Une seule de ces tours a été construite.
Un dôme octogone avec toit à huit pans distinguait l’église N.-D. des Fièvres à Louvain, entreprise en 1705 et dont le frontispice est franchement italien.
Le XVIIIe siècle qui devait voir s’élever la splendide abbaye d’Orval, ce chef-d’œuvre de Laurent-Benoît de Wez — l’abbé de Feller la saluait : « la plus belle abbaye du monde » — vit construire un assez bon nombre de remarquables édifices claustraux.
Au commencement de ce siècle on reconstruisit les bâtiments de l’abbaye d’Alne, la plus splendide et la plus vaste des anciens Pays-Bas après l’abbaye d’Orval. La façade principale qui regardait la Sambre imposait par la majestueuse sévérité et l’étendue de ses lignes. Elle fut brûlée par cette implacable demi-brigade française, dite de Sambre-et-Meuse, qui détruisit Lobbes, Orval et quantités d’édifices.
Situées entre Charleroy et Thuin, les ruines d’Alne, à part le caractère inhérent au style, valent comme paysage romantique, les ruines de Villers.
En 1705 on remplaça aussi, par un ensemble de bâtisses modernes, les constructions de la Nouvelle Chartreuse de Liège, détruite par les Français loi •s du siège de 1691. D’une robuste simplicité, l’agglomération se composait d’une série d’hermitages isolés, réunis par un immense cloître. La façade de l’église présentait seule une ordonnance architecturale d’une certaine élégance.
L’église de l’abbaye de Leffe près de Dînant fut reconstruite en 1714. Partagée en trois nefs, par deux rangs de colonnes doriques, elle présentait un sanctuaire, à l’italienne, revêtu de marbre et précédé d’un chœur dont la principale décoration consistait en cartouches très-riches, renfermant les bustes en bas-relief des principaux saints de l’ordre de S'-Norbert. Cette église est aujourd’hui détruite.
En terminant ce rapide examen des constructions religieuses qui signalèrent la dernière période de notre école ilalo-flamande, avant l’influence viennoise et l’adoption générale du style rocaille, n’oublions pas l’église de Lokeren dans le pays de Waes. Bâtie en 1719, d’une sobre ornementation
N.-D. des Fièvres à Louvain (1705).
Abbaye d'Alne (1700).
Nouvelle Chartreuse de Liège (1705).
Abbaye de Lefle.
Église de Lokeren.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Église des Kécollels de S'-Trond.
Edifices civils. Loges de Serments, Corporations , Métiers ou Gildes.
Loge des Tanneurs à Anvers (1644).
Maisons de la Grand’- Place à Bruxelles.
Synthèse esthétique de son aspect pittoresque.
et d’une grande simplicité de lignes à la fois, comme toutes les églises construites en briques élevées dans les Flandres et la Campine durant la première moitié du XVIIIe siècle.
Accordons également une mention à l’église des Réeollels de S'-Trond, construite entre les années 1734 et 1738. Elle passait, au jugement des contemporains, pour la plus belle des églises conventuelles de l’ancienne principauté de Liège. N’oublions pas enfin les splendides bâtiments de l’abbaye d’Oignics, élevée à la même époque.
Parmi nos édifices profanés restés anonymes, une série des plus intéressantes est sans contredit celle de ces Loges de Serments, Corporations , Métiers ou Gildes, élevés pendant les XVIe, XVII et XVIIIe siècles.
Nous avons déjà décrit plus haut, la maison des Arbalétriers à Bruges (1341); des Poissonniers à 31 al in es; des Drapiers (1541) et de la Gilde de S'-Georges à Anvers, échantillon des plus curieux de la première époque de la renaissance, etc., etc.
Donnons à présent une attention particulière à celles qui furent élevées durant les XVIIe et XVIIIe siècles à l’époque où les maîtres de la plantureuse école rubénienne luttaient à l’envi pour les décorer. Citons comme exemple cette belle Loge des Tanneurs, sur la Grand’Place d’Anvers qui porte le millésime de 1644.
Les villes de Bruges, Gand, Anvers, Ypres, Malines et Lierre nous offrent encore de beaux types de nos Loges ou 31aisons de Corporations; mais, l’incomparable Grand’Place de Bruxelles possède seule la bonne fortune de pouvoir présenter, réunis en un ensemble unique au monde, les motifs caractéristiques de la chronologie des styles qui traduisirent tour à tour aux Pays-Bas les tendances de l’art italo-flamand.
Depuis la Maison des « Cuvelliers » (Sac) dont le style se rapporte aux dernières années du XVIIe siècle jusqu’à l’ordonnance toute « véronaise », sans pilastres ni colonnes, de la Loge des Bouchers (Cygne) datant de 1720. Depuis, en second lieu, la Maison des Archers (Louve) au type flamand si pittoresque, jusqu’à la Chambre de S'-Luc (Pigeon) dont la « vénitienne» est incontestablement empruntée aux types du XVIe siècle que Palladio affectionnait. Depuis encore, la Maison des Brasseurs offrant la sévérité de lignes et la symétrie irréprochable du «grand ordre colossal» , si cher au Bernin.
Depuis enfin, loulesces expressions foncièrement originales jusqu’aux plans bizarres et tressautes de la Loge des Bateliers (Cornet) que couronne avec une si rare audace et non moins de bonheur le château de poupe d’une frégate amirale; lous les thèmes, loutes les nuances, toules les variétés rhythmiques de l’art architectural flamand s’y trouvent harmonieusement rassemblés en un magnifique concert.
Quiconque a vu une seule fois la Grand’Place de Bruxelles doit en garder un aussi impérissable souvenir que de la Piazza del Duomo à Pise, de la Place S'-Marc avec sa Piazetla à Venise, de la Hradschiner Platz à Prague, du Ganse Mar kl à Nurenberg, de la Sig noria florentine, de la Piazza de Signori à Vicence ou de celte fameuse Plaza de Zocodover à Tolède, avec sa perspective des ruines imposantes de l’Alcazar, chef-d’œuvre d’architecture «plateresque» élevé sur les plans d’Alfonso Covarrubias dont Juan de Herrera eut le tort de ne pas suivre le style pour la façade méridionale.
Erigées ou relevées sans exception, à la suite du bombardement français de 1695, à part la maison des peintres que l’on trouve figurée sur une gravure de l’Entrée inaugurale de l’archiduc Ernest (1595), lous ces bâtiments furent construits de 1696 à 1704.
Une maestria superbe, une verve plantureuse y ruisselle. Un mol abandon, une négligence de parti pris s’y jouent des licences et osent réaliser des canevas aussi inattendus que pittoresques.
Les maisons de la Grand’Place de Bruxelles possèdent incontestablement cette grande qualité flamande : la couleur. A cause surtout de cette beauté native, elles seront toujours admirées à l’égal des toiles de Rubens ou de Jordaens par les düettanti de race, alors qu’une indiscutable auréole de popularité leur demeurera acquise auprès des simples touristes avides d’impressions, de saveurs locales.
A vrai dire, aucune des façades n’est un modèle de style, d’élégance ou de bon goût classique; mais la plus médiocre de ces Loges bourgeoises, garde toujours en quelque détail de son ornementation l’étincelle indélébile, l’éclair fugitif du génie des vieux maîtres flamands.
Voyons donc cette Grand’Place, telle qu’elle devait se présentera la fin du dernier siècle. Pour faciliter au lecteur la compréhension de cette étude esthétique, donnons d’abord la disposition topographique:
Originalité comparative.
Caractères généraux et spéciaux.
Coloris architectural.
Etat Topographique actuel.