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CHAPITRE VII

Le style Rubens. — Étude des œuvres d’architecture élevées aux Pays-Bas sous l’influence des traditions du maître anversois jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. — Délaissement des traditions rubénienncs en peinture et en architecture. — Le style Rocaille, décadence rapide de l’école flamande.

Oue ne pouvons-nous ici déposer la plume el clore ce travail par une Fatales destinées poti-

x ' 11 i tiques des Pays-Bas

suprême invocation de respectueuse reconnaissance envers le géant anversois à ia mon d isais, qui sut élever à des hauteurs sublimes, dans l’estime de l’Europe, l’antique renommée de l’école flamande.

Rubens dort pour l’éternité dans le caveau de l’église Sl-Jacques à Anvers.

Oe notre temps, comme au XVIIe et au XVIIIe siècle, sa gloire emplit le monde.

Néanmoins, pareille à la voix mystérieuse d’Ashavérus, l’implacable histoire nous crie : marche, marche.

En effet, notre tâche n’est point finie. Gardienne de la doctrine et des traditions de Rubens, jusqu’à quel point l’école flamande, sa légataire universelle, s’est-elle montrée digne de recueillir ce splendide patrimoine envié des nations.

En abordant le chapitre qui nous reste à écrire, nous n’ignorons pas que nos sentiments patriotiques se verront soumis à de bien rudes épreuves par les tableaux navrants des malheurs publics qui accablèrent la Belgique aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Nos provinces, si riches d’espérances à l’avénement des Archiducs, retombèrent, en un jour, à la mort d’Isabelle, sous le sceptre de l’Espagne dégénérée, impuissante, ayant laissé choir de sa main débile l’épée victorieuse de Charles-Quinl.

HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE

Fermeture de l’Escaut :

ruine et décadence générale.

Vitalité artistique de l'Ecole Rubenienne aux mauvais jours de l liistoire.

Infériorité relative des œuvres de cette période.

Églisesrubénienne sou loyoliles. I6S0-175Ü.

Sl-Loup à Namur.

Pendant un siècle entier, les Pays-Bas devinrent le champ clos de l’Europe. Par la fermeture de l’Escaut, le désastreux traité de la Barrière, implacable Gorgone, pétrifia tous les courages, sema partout la désolation, la ruine et changea en solitudes les villes naguère les plus florissantes.

Irions-nous faillir à la mission sainte de glaner sur le champ rubénien des épis dédaignés en des temps plus prospères, épaves modestes de son royal héritage, mais témoins irrécusables de la vitalité du sang flamand aux plus mauvais jours de l’histoire.

Écrasé, comme nous, par cette infortune imméritée, lequel de nos compatriotes aurait le cœur de nous faire un grief de la maigreur de notre javelle; partant, de l’infériorité relative des œuvres que nous allons décrire.

Ajoutons que les pages qui vont suivre, tracées à travers le deuil de la patrie, nous furent d’autant plus poignantes que les bornes mômes du programme imposé à notre travail nous forçaient à nous arrêter précisément à l’époque où nous aurions pu relever la tête et honorer chez les vaillants de 1830 la renaissance complète, inespérée, des beaux jours de l’école anversoise.

Durant toute la première moitié du XVIIe siècle, la Venerabil Sociela cli Gesu , comme l’appelait Rubens, avait fait construire un grand nombre d’édifices conçus d’après les principes de l’architecture qui, pour lors, était en honneur dans l’ancien et le nouveau monde et dont le Grand Gesu de Rome était le type par excellence.

L’approbation que le grand peintre avait donnée à un genre auquel il s’était identifié, l’avait mis en haute estime chez tous les artistes. Les Jésuites d’ailleurs ne cessèrent de construire de nouvelles églises; nulle part, excepté en Italie, ils n’élevèrent un nombre aussi considérable d’édifices religieux de tout genre. Les autres réguliers, Carmes, Augustins, Récollets, Prémontrés, Capucins, Minimes, témoignaient d’un zèle équivalent. Le clergé séculier déserta en masse l’art ogival au milieu du XVIe siècle et fit preuve d’un véritable engouement pour les chapelles et les retables « à la Romaine ».

La première construction que nous rencontrons depuis la mort de Rubens, arrivée le 30 mai 1040, est l’église des Jésuites de Namur, actuellement S'-Loup (1053). On entrait dans celte église par un double perron et la

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façade était ornée des ordres dorique et ionique superposés. Un gable formant attique avec consoles en volutes enroulées, cantonnées de torchères, surmontait cette ordonnance terminée par un fronton triangulaire.

L'intérieur de celte église était d’une somptuosité remarquable : douze colonnes doriques de marbre rouge soutenaient ses trois nefs. Les murs du chœur étaient enrichis de cartels de marbre vert et de pilastres de marbre noir de Golzinnes. Les voûtes en pierre au-dessus des arcs plein-cintre qui unissent les colonnes, sont encore aujourd’hui recouvertes d’ornements qui témoignent de l’imagination et de l’habileté du sculpteur anonyme, humble frère Jésuite, qui les a exécutés. Nous ignorons également le nom de l’architecte qu’une tradition cependant affirme avoir été un Jésuite. L’examen attentif que nous avons fait de cette église nous porte à croire que son auteur était Flamand et avait fait une étude particulière des églises de Rome.

Le plus beau temple Loyolile élevé aux Pays-Bas, après celui de la Maison professe d’Anvers, est, sans contredit, la magnifique église Sl-Michel à Louvain, commencée en 1650 et consacrée en 1666. Jusques il y a une vingtaine d’années ont attribuait généralement les plans de cet édifice à Luc

'd’herbe dont nous parlerons tantôt; les recherches heureuses du savant et regretté M. Schayes, nous ont révélé le véritable architecte dans le Père Guillaume Hesius, Jésuite du collège de Louvain, émule du Père d’Aiguillon et cultivant l’architecture mieux qu’en simple amateur. Ce temple, dont la façade est la plus correcte et la plus élégante de nos églises modernes, serait sans restriction digne d’éloge, n’était une certaine redondance monotone, reflet affaibli parce qu’il semble raisonné, du brio incontestable des architectes italiens de la décadence. Ce manque de goût se révèle dans les torchères, pols-à-feu, cartouches et figures qui chargent certaines parties (l’attique par exemple), sans racheter ce défaut par la verve puissante et la rude originalité des œuvres similaires de Francquarl et deCoebergher.On voit dans l’église Sf-Michel des confessionnaux remarquables en style Rubens.

Nous avons précédemment attribué à Coebergher les plans de l’église du Béguinage à Bruxelles qui, parla date de sa construction, doit figurera ce chapitre de notre travail. L’église du Béguinage (1657-1666) ne fut commencée que sept ans après la mort de Coebergher, mais elle appartient évidemment

S1- Michel à Louvain.

U. P. Hesius, architecte.

Confessionnaux remarquables de celle église.

lîglise du Béguinage à Bruxelles (1657- 1666 ), élevée sur d’anciens plans de W. Coebergher.

HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE

Lue Faid’herbe, architecte-sculpteur.

Fréquente l’atelier de Rubens.

Manière architecturale de Luc Faid’herbe.

comme style aux vingt-cinq premières années du XVIIe siècle, et pour s’en convaincre on n’a qu’à la comparer aux églises qui précèdent et à celles qui vont suivre. En 1657 le progrès toujours croissant de la décadence du goût architectonique italien introduisit naturellement chez nous des motifs nouveaux, enchérissant encore sur la fantaisie des premiers, que l’on trouve aux églises de N.-D. d’Hanswijck, du prieuré de Leliendael et de l’abbaye de Grimberghen. On doit reconnaître dans le faire architectural de l’église du Béguinage plus de sobriété, moins de bouffissure, et celle absence complète de l’abus de refends que Faid’herbe poussa jusqu’au délire. Remarquons en passant que la tour, d’une conception originale, possède une silhoulte quasiogivale.

Nous venons de parler de Luc Faid’herbe ou Fayd’herbe. Comme Francquart, cet architecte-sculpteur, né à Alalines le 19 janvier 1617, était élève de Rubens, il fréquenta trois années son atelier et se vit délivrer, par son illustre maître, le 5 avril 1640, année même de sa mort, un certificat élogieux dont Al. Emile Gachet nous a donné la traduction dans son recueil de Lettres inédites de Pierre Paul Rubens. Faid’herbe s’attacha à copier la manière du célèbre anversois, ce à quoi il réussit assez bien quant à l’aspect matériel, tout en outrant les défauts du maître. L’originalité de Rubens était l’assemblage de toutes les originalités des architectes italiens qu’il avait étudiés; dans les œuvres de Faid’herbe, on ne trouve nulle trace de cette assimilation, de celle recherche; l’artiste malinois puise dans les carquois de Rubens, mais ne sait ou ne daigne pas s’adresser aux sources où son maître a puisé. Le sentiment pittoresque affaibli, produit des emmanchements d’écolier; la science des contrastes et des heureux balancements de lignes est moins en honneur; une certaine inexpérience commence à poindre. Faid’herbe, s’ingéniant à la recherche d’une veine, manqua d’individualisme et n’eut pas assez d’entregent pour déguiser son insuccès sous un brillant emprunt, comme surent le faire plus tard Le Peaulre, Berain, Alarot et Alansard le neveu. Comme verve et comme recherche de la couleur, Faid’herbe est audessus d’Hesius; il reste inférieur au Jésuite au point de vue de la compréhension d’un ensemble destiné à briller davantage par l’harmonie que par la hardiesse ou le pittoresque du faire. Si Hesius eût réussi à éviter certaine

SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-RAS

monotonie dans l’expression même des motifs à effet, il eût réalisé dans la façade et l’église des Jésuites de Louvain, le parangon de l’école ilalo-flamande, née de l’influence rubénienne.

Nous avons constaté les mêmes tendances à exagérer les motifs architecturaux « Rubéniens » chez deux autres élèves du grand Anversois : van Thulden, dans les riches étoffages d’architecture des vitraux de Sle-Cudule peints par De la Baër et Gaspard De Craijer dans les dessins des Arcs de Triomphe de l’Entrée du Cardinal-Infant à Gand, exécutés la même année que ceux de Rubens. Une preuve identique nous est encore fournie par un tableau de Dirk van Delen, élève de Frans Hais, que nous avons spécialement étudié au Cabinet vert de la Galerie du Belvédère à Vienne. Il représente une villa ilalo-flamande, entourée de jardins. Le motif prépondérant de l’étoffage architectural, est un superbe Portique pour lequel on a mis à contribution l’arsenal entier des motifs « rubéniens » avec ses dorures et sa marbrerie polychrome. S'il y a inspiration évidente des Arcs de Triomphe d’Anvers et en particulier de Y Areas Ferdinandi ; nous pouvons constater avec non moins de certitude la propension persistante des disciples et des imitateurs à outre-passer encore la verve plantureuse des thèmes favoris de Rubens. La comparaison des recueils de Gevarlius et de Becanus fournit, à cet égard, une intéressante étude esthétique.

Nous devons à Luc Faid’herhe les plans de quatre églises : ceux de Notre-Dame d’Hanswijck à Malines, exécutés de 1663 à 1678, font incontestablement le plus d’honneur au talent du statuaire-architecte. C’est, du reste, la première exécution de la coupole italienne aux Pays-Bas, caron a vu plus haut que celle de Coebergher à l’église de Montaigu était trop écrasée et trop massive pour s’élever au-dessus de la valeur d’un essai rudimentaire. La coupole projetée par Van Santen à l’abbaye de S'-Pierre à Gand, en 1629, si elle eût été exécutée à celte date, eût surpassé l’œuvre de Faid’herhe, mais elle fut seulement construite en 1720 par Hendrik Malheys. Nous ne savons pour quelle cause le portail de l’église de Notre-Dame d’Hanswijck est demeuré inachevé; il devait se composer de deux ordres dorique et ionique superposés, terminés par un fronton triangulaire. L’ordre inférieur comportait deux groupes de colonnes couplées et quatre pilastres accouplés

Valeur d’interprétation des [motifs favoris de Rubens par ses élèves et ses imitateurs :

Van Thulden — de Craijer — Dirk van Delen.

Eglises construites par Luc Faid’herbe :

Notre-Dame d’Hanswijrk à Malines.

HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE

Église (Je l’abbaye d'Averbode.

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