‹ Histoire de l'influence italienne sur l'architecture dans les Pays-BasChapitre 26 sur 36 · BROOD HUIS OU MAISON DU ROI · texte numérisé non relu

BROOD HUIS OU MAISON DU ROI

Nouvelle Etoile.

Par suite de déplorables modernisations, les Maisons : 17, 18, 28, 24, 25 cl 2(5, marquées d'un astérisque (*), ont perdu tout cachet architectonique spécial.

HISTOIRE DE L INFLUENCE ITALIENNE, etc. 411

L’histoire de la Grand’Place est la traduction plastique des fastes mêmes de la capitale brabançonne. Algemeene Marckl dès la fin du XIIe siècle, elle vit s’élever d’abord, les murs massifs de quelques Steenen rappelant les demeures patriciennes de Bologne, de Pise, de Florence, ou celles plus accentuées encore que nous avons rencontrées, intactes, parées de toute leur farouche robustesse féodale à San Gémignano delle belle lorri.

Chacune des générations de communiers bruxellois l’a dotée d’un monument caractéristique.

Le XVe siècle à son début vit s’élever le « Palais du Peuple » : l’Hôte! de Ville et son Beffroi; le XVIe la Brood huys ; le XVIIe les Loges d’assemblée des Serments: Confréries militaires; des Métiers: Corporations civiles.

Le bombardement de 1695 détruisit presque de fond en comble ces merveilles architecturales amassées par le génie artistique de nos ancêtres pour orner le sanctuaire des libertés populaires à l’égal des plus splendides demeures souveraines.

Décidés à tout, plutôt qu’à perdre leurs privilèges, les Bruxellois, en dépit de calamités publiques sans exemple, se montrèrent toujours jaloux de conservera leurs descendants ces affirmations plastiques des franchises communales.

Le 21 juillet 1698 un Ommeganck grandiose, comme on n’en avait plus vu depuis 1549, où le cortège défila devant Charles-Quint et son fils, parcourut les rues restaurées de Bruxelles en fête.

La Maison de la Louve, courageusement rebâtie pour la troisième fois par le Serment des archers, défiait fièrement les obus de l’avenir en timbrant son gable d’un Phénix doré avec l’inscription chronogrammatique :

stVpes qVoD tertIo CInIs gLorIosIor eXUrgo phoenIX sVM.

Depuis lors, la Grand’Place de Bruxelles ne fut plus bombardée sérieusement et ne vit plus d’incendie ou de catastrophes mémorables, dignes du pinceau de Daniel van Heil. Il fallut des républicains socialistes pour porter une main sacrilège sur ce glorieux patrimoine, propriété commune d’artisans besoigneux ou de milices roturières.

Aperçu historique.

Vicissitudes.

Bombardement du Maréchal de Villeroy.

Ruine presque totale.

Reconstruction brillante (1696-1704).

Le 7 janvier 1793, un wallon appelé Charles, natif de Mons, jacobin de la Société des amis de la liberté et de l'égalité , faisait à la « Sansculottière des Jésuites » la motion de fondre en canons « ces petits polissons » de rois juchés sur les pilastres du Parc qui profanent le jardin désormais » dénommé : Cours de la Liberté » .

Vandalisme des Sans- Le 13 suivant, jour à jamais néfaste pour l’art flamand, la Société,

culottes (15 janvier

l793)- renforcée de Sans-culottes français et liégeois, sortit en masse du Club des

Jésuites, requérant sur son passage les lourds marteaux des forgerons et des maréchaux ferrants et les cordes des clochers. Ils se transportèrent d’abord Place Royale, où ils eurent bientôt renversé la statue « romaine » du prince Charles de Lorraine.

« De là, » dit Bernard de Smet, témoin oculaire et narrateur de ces actes de vandalisme, « ils se ruèrent dans le Parc, en poussant d’affreuses clameurs, » dans le noble dessin d’y renverser les petits polissons de rois qui profa- » liaient cette promenade. »

Ces rois étaient tout simplement les quatre statues, de bronze, d’anciens ducs de Brabant, qui se trouvaient antérieurement sur les colonnes des « Bailles » aux entrées faisant face à la Montagne de la Cour et à l’église de l’abbaye de Caudenberg.

Les « Bailles de la Cour» avaient été construites de 1516 à 1525.

Fondues à cette époque par Renier van Tbienen (dinandier célèbre, auteur du Candélabre de Léau) d’après des modèles en bois sculptés par Jan Borremans de Bruxelles; ces statues, de grandeur naturelle, représentaient Godefroid le Barbu, Godefroid II son fils, Maximilien d’Autriche et Charles- Ouinl. Zinncr, l’architecte qui venait de créer le moderne Parc , (17 Tins?) les avaient utilisées en les plaçant sur les pilastres des portes conduisant au rempart — aujourd’hui boulevard du Régent — pour complaire au peuple qui conservait envers les images des vieux princes brabançons une vénération superstitieuse.

Elles furent culbutées au milieu d’applaudissements frénétiques et aux cris de : Mort à la /granule! Une statue de Philippe II qui se trouvait sur un bastion voisin, vis-à-vis la rue Verte, eut le même sort. Au point de vue de l’époque, cela pouvait encore passer pour du « civisme ». Par malheur, ce

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jour- là, les sans-culoltes étaient en veine de destruction. Grisée par ses iconoclastes, la bande descendit vers la Grand’Place et commença par briser et jeter sur le pavé les bustes des anciens ducs de Brabant qui ornaient le grand bâtiment construit sur les plans de Nicolas De Bruyn.

Leur fureur aveugle s’acharna partout à la fois : les sculptures furent mutilées, les peintures brûlées, l’argenterie pillée. En une seule après-midi des chefs-d’œuvre de toute nature de l’école flamande, rassemblés depuis trois siècles par les Corporations, furent dégradés, anéantis, fatalement perdus.

La destruction eût été complète, irréparable, sans le dévouement d’un j'antsënà

sculpteur bruxellois, F. -J. Janssens (1744-1816), républicain acharné, mais artiste convaincu (auteur des statues de YApollino au rond-point du Parc et du David placé sous le péristyle de l’église de Caudenberg), lequel avait accepté, sans doute en vue du sauvetage éventuel de quelques œuvres d’art, le poste de « Directeur des travaux publics. »

Dans leur ardeur à démolir, plusieurs jacobins avaient été grièvement atteints et blessés par la chute de quelques «tyrans» de pierre. Janssens proposa de cesser les travaux et de procéder le lendemain à une démolition systématique d’après les règles prudentes de l’art de détruire. On l’écoula : il était temps. Le lendemain les protestations énergiques de la bourgeoisie entière, un moment stupéfaite de tant d’audace, sauvèrent ce qui restait.

Commençons par le côté droit ou Nord-Ouest de la Place, nous y trouvons côté Nord- ouest de ia sur la même rangée, à partir de l’angle droit de l’Hôtel de Ville et de la rue de la Tèle-d’Or :

1° La 3Iaison des Merciers (enseigne le Renard), de Vos, 4 691).

2° La Maison des Bateliers (le Cornet), den Horen, 1696.

3° La Maison du Serment des archers (la Louve), de Wolf , 1696.

4° La Maison des Menuisiers et Cuveliers (le Sac), op den Sac, 1697.

5° La Maison des Graissicrs (Brouette), 1697.

6° La Maison des Boulangers (Roi d’Espagne), 1697.

La largeur des façades des cinq premières « Loges » est à peu près identique; la dernière a un développement double. Plusieurs tableaux très-intéressants de la Galerie historique au Musée de l’État à Bruxelles nous présentent ce côté de la Grand’Place au XVIIe et au XVI IL siècle; G. Fricx,

J. Moris et G. P. Mensart les ont décrites en 1742, 1761 et 1763 ; il nous sera donc facile, en comparant ce qui reste aujourd’hui avec ce qui existait au siècle dernier, d’apprécier, au point de vue esthétique, le style de ces pittoresques constructions.

Presque toutes les Loges des Corporations ont conservé leurs enseignes traditionnelles , charmant système de numérotage qui embaumait autrefois un souvenir historique ou attachait, par un ingénieux symbole, tout un monde d’idées, remplacées aujourd’hui par le chiffre banal.

Maison des Merciers. La Maison des Merciers , à l’enseigne du Renard , était ornée au rez-de-

Archite^ï ; yMarc de c]laussée de pilastres doriques et de quatre bas-reliefs emblématiques ( Rondes d’enfants ) de la main du célèbre Marc de Vos, le Vieux, statuaire bruxellois (1650-1717), sculpteur avéré des figures et de l’ornementation; auteur probable de l’architecture, tant cette dernière semble ici étroitement unie et composée uniquement pour servir de thème au statuaire.

Au premier étage règne un ordre de pilastres ioniques, au second de caryatides en gaines. Le balcon, fort saillant, est supporté par deux télamons d’une hardiesse et d’une crânerie de pose peu communes. De plantureux rinceaux étoffent les frises des deux entablements supérieurs. Un gable ou pignon flamand, percé de trois lucarnes, cantonné d’enroulements et timbré d’un fronton circulaire portant un amortissement, disparu aujourd’hui, achevait cette belle pensée architecturale. On sait que Jean van Delen, gendre de Marc de Vos, l’assista pour l’exécution de ces ouvrages.

Peintures de v. h jans- Dans la chambre où les Dovens et Anciens de ce corps de métier s’assem-

sens, .1. van Orley, "

4. van Heimont. Liaient, on voyait sept tableaux de l’histoire de Joseph peints par Viclor-IIonorius Janssens , Jean van Orley et Siger Jean van Heimont. La botte de la cheminée était enrichie d’une toile de van Orley représentant saint Nicolas, patron du métier des merciers.

Maison des Bateliers. L'ancienne maison du Cornet , lieu de réunion de la Corporation des (id'jii.) bateliers, est tout à fait originale et d’un goût singulier. Le rez-de-chaussée, tracé sur un plan très-tourmenté, est strié de refends et le premier étage présente des pilastres doriques également refendus. Le gable se distingue par son étrangeté; la toiture de l’église des Jésuites, bâtie par Francquart, était charpentée d’après le profil d’une carène de vaisseau; le pignon qui couronne

SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS

la Maison des Bateliers est traité sur le modèle des majestueux « Châteaux de poupe » des frégates contemporaines. Il n’y manojue ni les canons, ni les fanaux, ni la balustrade soutenue en encorbellement par des corbeaux. Sous cette galerie s’abrite un groupe mythologique figurant Neptune armé du trident tenant en laisse des chevaux marins montés par des tritons. Deux figures de matelots en ronde bosse sont placés aux côtés du « Château de poupe. » La valeur de la sculpture de celte façade, où il entre beaucoup de restaurations modernes assez malheureuses, est notablement inférieure à celle du Renard.

On voyait jadis dans la Chambre de ce métier six tableaux tirés du vieux et du nouveau Testament et offrant quelque analogie avec la profession des propriétaires. D’un côté, la Construction de l’Arche de Noé , la Retraite des animaux dans l’Arche et les Holocaustes de Noé ; de l’autre, le Christ qui échappe aux Pharisiens en s’embarquant, la Tempête calmée sur le lac de Génésarelh et le Naufrage de saint Paul. Au dire de Mensaert, ils méritaient l’attention des amateurs. La pièce de cheminée offrait des portraits d’anciens Doyens de la Corporation.

La Maison du Serment de l’arc ( Guide van den hand boog ), plus connue sous son enseigne : La Louve , est une des plus caractéristiques parmi les maisons de la Grand’Place. Un acte de 1370 aux archives de S'e-Gudule la mentionne comme étant propriété du Serment de l’arc. Elle avait alors déjà pour enseigne un Loup {Wolf). Quatre massifs rustiques, formant trumeaux, ornés chacun d’un pilastre, refendu jusqu'au tiers, supportent à leurs extrémités huit consoles dorées. Entre celles qui accompagnent la porte, placée au milieu, se voit un haut-relief représentant la classique histoire de Romulus et Rémus allaités par une louve, œuvre de Marc de Vos, le Vieux. Au premier étage, un balcon continu règne sur toute la façade. La balustrade de ce balcon offre des carquois pour baluslres. Des lyres sont sculptées sur les socles. Il y a là un mélange du sacré et du profane assez réussi et essentiellement dans le goût du temps. Le premier de ces attributs appartient en effet à saint Sébastien, le second à Phébus Apollon, vénérables et renommés patrons des archers chez les peuples chrétiens et idolâtres, anciens ou modernes.

Un ordre complet de quatre pilastres d’ordre dorique mutulaire —

Ceintures anonymes.

Maison du Serment d l’arc (hand boog).

Louve.

Enseigne par Marc d Vos, le Vieux.

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Statues allégoriq médaillons pai de Vos.

ceux placés au centre forment avant-corps — occupe tout le premier étage, laissant l’espace libre pour les hautes fenêtres.

««sel Le deuxième étage, peu élevé, se compose de pilastres trapus, d’ordre ionique, devant lesquels sont placées quatre statues en ronde bosse : la Vérité; le Mensonge; la Paix et la Discorde , désignées par les demi-hémistiches séparés d’un hexamètre :

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