CONCLUSION
Nous croyons avoir terminé notre tâche : qu’on nous permette à présent, embrassant d’un coup d’œil rétrospectif l’ensemble de ce travail, d’en condenser les idées génératrices et les faits dominants, pour formuler en quelques pages une réponse directe et succincte à la question proposée par la Classe des Beaux-Arts de l’Académie royale de Belgique.
Rechercher l’époque à laquelle l’architecture a subi, dans les Pays-Bas, l’influence italienne.
Indiquer les personnages auxquels on doit cette influence : citer les noms et les œuvres des artistes.
Nous appuyant sur tout ce qui précède, nous répondrons catégoriquement au premier membre de la question :
Rechercher l’époque à laquelle l'architecture a subi , dans les Pays-Bas , l'influence italienne.
Ce fut dans les dernières années du XVe siècle que des négociants espagnols de Bruges introduisirent aux Pays-Bas les premiers échantillons du style Plateresque et de la Renaissance gréco-romaine.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Les fécondes théories humanitaires se traduisent matériellement par des édifices contemporains de leur diffusion.
La Réforme et le Néo-platonisme trouvèrent dans l’art nouveau leur incarnation plastique.
A part ce travail intellectuel latent, l’extension des doctrines de la philosophie socratique et de la littérature des siècles de Périclès et d’Auguste , l’esprit de liberté individuelle succédant chez les artistes à l’esprit de corps, la soif ardente de la renommée passagère et mondaine du temps remplaçant les désirs ascètes et la recherche de la gloire surnaturelle de l’éternité, décidèrent radicalement les peintres et les sculpteurs, rejoints un peu plus tard par quelques architectes, à épouser les formes nouvelles et à les faire prévaloir.
Aucun des maîtres ès-pierres de celle époque décisive ne fut assez fécond ou assez influent pour frayer un nouveau sillon dans le champ de l’art et entraîner à sa remorque les ateliers maçonniques.
L’art archonte fut détrôné parce qu’il ne se trouva pas au XVe siècle un Erwin von Sleinbach, un Robert de Luzarches ou un Josse Dolzinger, génies supérieurs qui apparurent comme des phares lumineux pendant l’élaboration des avatars de l’ogive.
Perdu dans le dédale des raffinements de son esthétique, l’art des maîtres ès-pierres, laissant l’esprit qui vivifie, le crayon : pour la lettre qui lue, le compas, sacrifia le décor nature! de la forme efflorescente aux subtilités mystérieuses des épures stéréotomiques. Le tiers-point dédaigné fit place aux tracés cycloïdaux.
Les maîtres ès-pierres avaient , dès le XVe siècle, pressenti la révolte égoïste en incubation des arts mineurs; ils créèrent, pour y échapper, l’architecture purement géométrique et supprimèrent la sculpture ornementale et la statuaire.
Il s’en fallut de peu que l’architecture ne réussît à affranchir désormais ses œuvres de la collaboration obligée des sculpteurs, des ornemanistes et des peintres.
Sous l’influence féconde des idées gréco-romaines, les rameaux dédaignés que l’on n’avait pu réussir à retrancher de l’arbre, accaparèrent un jour
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
toute sa sève aux dépens de la lige mère et l’arbre se dessécha. Au XVe siècle la peinture et la sculpture, arts mineurs, se développèrent prodigieusement tout à coup aux dépens de l’art majeur par excellence : l’architecture.
Il y avait au sein de l’antique école ogivale et en dehors de toute influence étrangère un puissant noyau d’artistes prédisposés à admettre une rénovation complète dans l’art de bâtir.
Les architectes prétendaient l’opérer seuls comme ils l’avaient fait jadis avec succès aux grandes étapes du style ogival. Un instant ils songèrent, grâce à l’influence espagnole, à introduire aux Pays-Bas le style Mudejar adopté « ès pays de par deçà » .
Les peintres et les sculpteurs cherchaient une esthétique qui avant tout les affranchît de la tutelle séculaire de l’architecture; ils allèrent droit aux motifs chers aux Raliens. Ils opérèrent d’autant plus facilement cette transformation, qu’à leurs prédispositions naturelles vinrent encore s’ajouter les sollicitations du dehors et de puissants encouragements.
Somme toute, les maîtres de notre école désertèrent les traditions de Part indigène poussés par un désir d’affranchissement longtemps comprimé qui se fil jour quand l’apparition des formes de la Renaissance leur en eut fourni le prétexte et l’occasion.
Ainsi prédisposé, l’esprit artistique se transforma aux Pays-Bas sous l’influence de deux foyers distincts :
L'influence directe et immédiate de l’Espagne ;
L’influence indirecte et médiale de l’Italie.
Grâce aux conquêtes d’Alphonse d’Aragon en Sicile, l’Espagne avait reçu le flambeau de la Renaissance avant la France, avant l’Allemagne : elle propagea bientôt celle lumière aux Pays-Bas. Ses architectes implantèrent l’architecture bâtie des genres Mudejar et Plaleresfjue que les conquêtes mauresques et italiennes avaient introduits dans la péninsule ibérique.
Le palais des princes-évêques de Liège, la chapelle du S‘-Sang à Bruges et la Bourse d’Anvers sont les plus curieux spécimens de style Mudejar qui soient encore debout dans notre pays.
Telle fut l’importation directe de l’art exotique.
Indirectement l'art de la Renaissance italienne s’implanta chez nous, grâce
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
aux pèlerinages des peintres et des sculpteurs rapportant, pleins d’enthousiasme, les traditions d’au delà des monts, pour les développer dans la mère patrie.
Du concept à la réalisation d’une idée neuve, il y a tout un monde d’obstacles à traverser. De l’enthousiasme prime-saulier des peintres et des sculpteurs prédisposés à l’adoption du nouveau système, parce qu’il leur rendait la gloire individuelle, à l’enthousiasme froid et méfiant des masses désintéressées, nécessaire à l’adoption d’un nouveau style, il y a des transitions à ménager avec d’autant plus de prudence et de modestie que la réforme doit être plus radicale.
Les néologisles gréco-romains montrèrent d’abord timidement le nouveau style sur une petite échelle dans les fonds d’architecture des tableaux de chevalet, qui plurent d’abord comme toute nouveauté. Plus tard ils s’enhardirent et employèrent ces formes pour étoffer des vitraux aux personnages aussi grands que nature. Bientôt , les décors des fêles publiques offrirent en trompel’œil l’architecture bâtie; les premiers exemples de ronde-bosse furent appliqués aux meubles.
En 1558 seulement, Lambert Lombard ordonna le portail adossé au transept de l’église S'-Jacques, à Liège, bâtie quelques années auparavant en pur style prismatique flamboyant.
À partir de ce moment, la révolution était consommée, l’influence italienne trônait sans partage.
Une fois initiés aux arcanes de Vitruve, les artistes espagnols et flamands firent un échange mutuel d’idées artistiques élueubrées sur le thème italien.
Cet échange réciproque fournit le grain d’originalité de bon aloi qui, dès l’abord, distingua notre école, mais ne revêtit des types bien tranchés qu’à l’époque précise où les architectes adonnés à l’art gréco-romain se le furent assez étroitement assimilé pour essayer d’enrichir le style exotique préféré de charmantes broderies indigènes.
De ce travail d’assimiliation de deux génies différents naquit la manière flamande de la Renaissance dont Vredeman De Vries et les frères Floris furent les brillants coryphées.
L’imprimerie propagea considérablement l’éclosion des idées nouvelles.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-RAS
Nous avons amplement développé plus haut le rôle prépondérant réservé désormais à l’imprimerie par les nombreuses éditions de livres d’architecture qui virent le jour dès la fin du XVe siècle et dont le nombre alla toujours croissant du XVIe au XVIIIe.
Le milieu du XVIe siècle vit l’influence italienne s’affirmer dans l'architecture bâtie, sans pour cela voir définitivement détrôner le style ogival. Des adeptes fidèles aux antiques traditions des ateliers maçonniques continuèrent à en pratiquer les préceptes. Il y eut même une école qui essaya d’amalgamer les deux principes contradictoires et produisit des œuvres hybrides au point de vue purement esthétique, mais pleines de sève, d’originalité et de grâce si on vient à les considérer métaphysiquement.
La guerre qui désola pendant quarante ans nos provinces dans la seconde moitié du XVIe siècle arrêta net l’essor artistique qui allait doter les Pays-Ras de monuments dignes de l’Italie.
Ces quarante années de dissensions politico-religieuses usèrent la virilité des vieux maîtres du style ogival qui, faute de commandes, végétèrent pendant près d’un demi-siècle dans une déplorable inaction. Quand celles-ci vinrent enfin, avec l’arrivée des Archiducs, les traditions ogivales étaient à peu près oubliées.
Il y avait cent cinquante ans que l’imprimerie était découverte et aucun des maîtres, jaloux des secrets de la Loge — ils se transmettaient oralement comme le plus sacré des arcanes — n’avait confié à la presse les « canons des maîtres de Côme. »
Le livre de Villard de Ilonnecourt est un album où l’on trouve jusqu’à des recettes pharmaceutiques, ce n’est point un Traité ex professa. Le livret des pinacles de Mathias Korilzer, spécimen unique, conservé au Musée de Munich, ne s’occupe au fond que d’un détail infime, et encore, ne peut être absolument compris que des adeptes.
A la fin du XVIIe siècle, la connaissance de la théorie du style ogival était perdue. Pour arriver à son intelligence, les architectes modernes durent interroger patiemment les monuments eux-mêmes; arracher un à un les secrets de leur édification.
Bien que le voile soit levé en partie, que de choses restent incompréhen-
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
sibles! Qui peut se flatter aujourd’hui de lire couramment ce livre dont le temps a arraché tant de pages?
Avec la chute définitive du style ogival commence l’apogée de l’influence italienne aux Pays-Bas. Quand ces belles provinces se relevèrent sanglantes et meurtries, le lieutenant de Philippe II, Alexandre Farnèse, songea plus d'abord aux moyens moraux de maintenir une paix si chèrement achetée qu’à amasser des troupes et des ressources matérielles pour terrifier les vaincus.
Pour pacifier les villes belges rentrées sous le sceptre espagnol, le prince de Parme appela les Jésuites.
Le pape Paul III, issu de la maison Farnèse, avait eu pour fils naturel le débauché Pierre-Louis, assassiné à Plaisance par ordre de Charles-Quint. Le célèbre cardinal Farnèse, qui fut employé par le pape, son aïeul, à diverses légations en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, était fils de ce Pierre- Louis et de Hiéronyme des Ursins. Enthousiaste de l’architecture antique, il fut le protecteur des lettres et des arts. C’est lui qui fit bâtir à Rome l’église de la maison professe du Gesu, qui devint le type des innombrables temples loyoliles du globe, de l’église construite par Francquart, à Bruxelles, jusqu’à la cathédrale de Mexico.
Charles-Quint disait de lui que « si tout le Sacré Collège était composé de grands hommes tels que Farnèse, ce serait l’assemblée du monde la plus illustre et la plus auguste. »
Le vainqueur de Pavie donna pour épouse à Octave Farnèse, frère du cardinal, Marguerite de Parme, sa fille naturelle.
L’influence toute puissante des disciples de Loyola, la confiance illimitée et le profond attachement que leur témoignait le prince de Parme, fils de Marguerite, les faveurs, les immunités sans nombre dont ils furent comblés en firent l’ordre le plus puissant de la chrétienté.
Le rôle prépondérant qui échut aux Jésuites dans la diffusion des idées architecturales italiennes aux Pays-Bas, en Espagne et au nouveau monde eut au fond une cause politique, une raison d’État. La papauté et le bras séculier secondaient à la fois les tendances loyoliles.
Le traité de Sainl-Charles-Borromée et les prescriptions liturgiques du
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-RAS
concile de Trente y contribuèrent à leur tour, et donnèrent au style nouveau ce qui lui manquait encore : la sanction ecclésiastique.
Jusqu’à la révolution des Pays-Bas, notre architecture de la Renaissance aima volontiers à se servir de détails empruntés au style Plaleresque ; à partir du XVIIe siècle et malgré la persistance de la dynastie de Philippe II, notre architecture devient purement italienne à l’exclusion de toute influence espagnole.
Une mer de sang, une haine profonde divisait à jamais les deux pays; les Espagnols, d’ailleurs, résistèrent fort peu de temps eux -mêmes à l’influence loyolile qui finit par s’imposer à toutes leurs conceptions architecturales.
L’ordre puissant des Jésuites couvrit bientôt les Pays-Bas de constructions inspirées des traditions esthétiques romaines, depuis Michel-Ange, Bramante, Vignole et Délia Porta, jusqu’à Carlo Maderno, Fontana, le Bernin et Borromini.
Le cachet original des compositions de Vredeman De Vries disparaît complètement avec les thèmes favoris de Rubens qui, pour réformer l’architecture aux Pays-Bas, dessine, mesure et fait graver les Palais de Gênes d’Alessi.
L’influence combinée des propensions personnelles de ce grand artiste et des préférences exclusives de cet Ordre à une époque où tout était à refaire dans l’ameublement des églises pillées par la fureur des sectaires — pour arriver à leur restauration, les archiducs durent pendant trois ans rétablir les dîmes féodales au profit des Fabriques — donna en peu d’années un vêtement néo-païen et une tournure italienne à nos vieux édifices ogivaux.
Au sein des cités flamandes, des temples entiers, construits d’après les préceptes de Vilruve, luttèrent de grâce et, de sveltesse avec les productions des vieux maîtres ès-pierres.
Otto Vœnius, qui jouissait de la confiance d’Alexandre Farnèse et avait été nommé « architecte général et castramétateur » de ses armées, faillit balancer un moment l’influence jésuitique en architecture. Il voulait introduire aux Pays-Bas des données plus conformes à l’art antique. Farnèse mourut trop tôt et les Jésuites trouvèrent un puissant appui chez les archi-
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
ducs. Yœnius eut, d’ailleurs, élé débordé par l’influence de Rubens qui fit passer toutes les hardiesses de sa main et toute la fougue de son esprit dans les conceptions inspirées où l’on trouve son génie.
Entraînés parce prodigieux chef d’école, nos architectes et nos sculpteurs adoptèrent exclusivement le style ilalo-rubenesque jusqu’au milieu du XVIIIe siècle; on sait que les œuvres du frère Pozzo, introduites par les .lésuites, furent réimprimées à Bruxelles en 1708.
Inspirées de l’art italien, ces plantureuses interprétations ne sont point des pastiches et revêtent toujours ce cachet d’incontestable originalité qui a valu à un genre si bien fait pour encadrer les œuvres du prince de nos peintres et de son école le nom de style Rubens.
Le style ilalo-flamand, caractérisé par ce vocable dont nous avons démontré la justesse, régna sans partage jusqu’à la suppression des Jésuites, derniers et suprêmes dépositaires des traditions contemporaines de l’apogée de l’art flamand sous les Archiducs.
La peinture suivit l'architecture de près. Verhaghen et Herreyns furent les derniers petit-fils de Rubens.
Ces années d’interruption du souffle inspirateur de la pensée artistique ilalo-flamande rayonnant sur l’art entier, grâce au génie de Rubens, dont les fortes traditions surent l’alimenter un siècle et demi, indiquaient la fin naturelle de notre travail.
Le délaissement de l’architecture rubénienne ou loyolite eut une doublecause aux Pays-Bas : la déchéance de l’Espagne et la suppression des Jésuites.
Le désastreux Traité de la Barrière, qui consomma la ruine d’Anvers, attribua la souveraineté des Pays-Bas à l’empereur Charles VI. Le marquis de Prié, de sinistre mémoire, prit possession de notre pays, en 1715, au nom de l’Autriche.
L’inauguration de Charles \rI eut lieu avec la solennité accoutumée en 1717. Nous avons prouvé par la décoration architecturale des Tribunes
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
élevées à celle occasion, par Jacob Colin, qu’à celte date l’architecture rubénienne continuée sous l’influence des Jésuites brillait encore de toute sa vigueur.
Dès lors, pourtant, data la décadence de l’école et l’avénement du Zopfslil. Le goût viennois introduisit peu à peu une esthétique nouvelle dont le centre fut la cour de Schônbrunn et les grands pontifes : Hildebrand et Fischer von Erlach.
Appelé par l’empereur Léopold 1er, le jésuite Pozzo commença à reconstruire les églises de Vienne. Nous avons vu que son style s’éloignait si peu de la manière rubénienne que ses ouvrages, reproduits par la gravure, vinrent renforcer aux Pays-Bas, dans les premières années du XVIIIe siècle, les traditions loyolites.
Quand Pozzo mourut à Vienne, laissant une immense réputation, le prince Eugène de Savoie avait définitivement chassé de l’empire le « fléau des Turcs. » Après la paix de Karlowitz (1699) on songea sérieusement à embellir Vienne, boulevard séculaire de la chrétienté, où la science de l’ingénieur avait voix prépondérante sur l’art de l’architecte.
Le prince Eugène aimait les bâtiments : il souhaita des palais splendides et trouva à propos, dans Hildebrand et Fischer von Erlach, des architectes propres à réaliser ses desseins.
Nous avons dit qu’un recueil spécial réunit ces œuvres de la nouvelle école architecturale. Il fut bientôt classique et tous les architectes de l’empire le prirent pour modèle, et s’empressèrent d’ajuster leurs idées aux données esthétiques de ce nouvel étalon.
L’influence du Livre sur la diffusion des styles y rencontre, de plus, une confirmation manifeste.
Fischer von Erlach s’était conquis une réputation immense; nous avons donné la nomenclature de ses œuvres.
A l’avénement de Marie-Thérèse, le goût dominant à Schônbrunn s’imposait presque en force de loi. David T’Kinl, chargé de la décoration des Tribunes élevées pour la Joyeuse-Entrée de la fille de Charles VI, s’il imite encore les masses rubéniennes de Colin, enrichit ses ordonnances de tous les détails favoris du Zopfslil viennois.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
La Pragmatique sanction n’empêcha pas le fléau de la guerre de ravager nos provinces.
Cinquante années après le bombardement de Villeroy, Maurice de Saxe, vainqueur à Fontenoy, entrait à Bruxelles.
Le chevalier Servandoni, venu à sa suite pour ordonner ses résidences, construisit ou projeta quelques hôtels princiers dans la capitale des Pays-Bas autrichiens. Il eut un instant de vogue.
La paix une fois signée, Charles de Lorraine songea à rebâtir l’Hôtel de Nassau. Il confia cette mission au viennois Folte, tandis que le milanais Pizzoni élevait S'-Aubin et ordonnait le catafalque de l’impératrice Marie-Christine.
Les fonds manquant pour reconstruire la «Cour Brûlée, » le comte de Cobenzl proposa d’en faire une place monumentale et de convertir le vieux jardin des ducs de Brabant en parc public. Guimard fit la première sur le modèle de la place de Lunéville; Zinner traça le jardin d’après le plan du parc de Schônbrunn. Le premier était français, le second viennois.
L’art italo-flamand de Floris, de Vredeman De Vries et de Rubens n’était plus qu’un souvenir dédaigné.
L’année 1773 enregistra la suppression des Jésuites.
Par bonheur, les Pays-Bas virent s’élever en ces temps de décadence suprême un architecte de génie : Laurent-Benoît de Wez, qui se révéla dès l’abord comme le continuateur convaincu des traditions viriles de l’antiquité et du siècle de Léon X. Nous avons énuméré l’invraisemblable et brillante nomenclature des édifices élevés sur ses plans en vingt années à peine.
L’architecture allait subir une transformation radicale, Pompeï et Herculanum enthousiasmaient l’Europe.
Le frère de la marquise de Pompadour couvrait de sa protection le liégeois de NeufTorge, novateur néo-antique, en dépit de l’Académie royale d’architecture de Paris, fidèle aux traditions de Blondel.
La période de décadence architecturale était close, et ce fut encore à l’influence italienne que les Pays-Bas durent cette ère nouvelle, dont le Quartier du Parc suffît pour attester les aspirations grandioses.
Une seconde renaissance fleurit alors en Belgique et vit surgir une pléiade d’artistes : architectes, peintres, sculpteurs, ornemanistes et ciseleurs.
sur L’architecture dans les pays-bas.
Si l’influence italienne domine dans les œuvres de Laurent de Wez et de ses émules, rappelons-nous que le berceau du style improprement appelé Louis XVI, fut la Lombardie autrichienne.
Le chevalier Giuseppe Piermarini di Foligno élevait à Milan, pour l’archiduc d’Autriche (1769), le Palazzo Reale, suivi bientôt du Palazzo Belgiojoso d’ Este. Son style fut appliqué par Giocondo Alhertolli , dont les deux recueils gravés le firent connaître en Europe.
En nous inspirant du génie italien, nous reconnaissons loyalement l’incontestable droit d’aînesse de la première école artistique du monde. Nous ne pouvons étudier ni un style ni des maîtres qui aient de plus intimes et de plus nombreuses affinités avec les productions de nos artistes flamands, autant en peinture qu’en sculpture et en architecture.
Nous avons tout à gagner au commerce artistique de fltalie, légataire enviée du génie antique et de l’art du siècle de Léon X. Notre originalité nationale, à l’aise dans l’interprétation des canevas italiens, ne peut que s’atrophier et se suicider en lâchant de s’assimiler les éléments esthétiques de l’art français.
Ce serait dans l’élude des œuvres de nos maîtres du XVIe et du XVIIe siècle que notre école moderne d’architecture pourrait trouver les éléments d’une manière originale.
Développée par les idées progressistes, elle ne manquerait pas de provoquer des œuvres dignes du glorieux nom flamand. Loin de nous la pensée de vouloir ici patronner l’archaïsme et l’archéologie dans l’art; les pastiches de Vredeman De Vries ou Rubens n’auront jamais qu’un succès de curiosité. Sachons, au contraire, continuer l’art de ces maîtres pour arriver à un style national indigène encadrant notre vie et nos institutions sociales actuelles comme ces types du XVIe et du XVIIe siècle traduisaient métaphysiquement les Pays-Bas contemporains. Le véritable but, le vrai mérite de l'architecte archéologue consiste à restaurer et à compléter convenablement les monuments de ses devanciers; il y a là toute une vocation, presque une mission sainte. Dans les constructions « de novo » , tout en restant strictement dans les données d’un style, l’architecte doit savoir être de son temps, et ne pas sacrifier des parties essentielles à des plagiats de dispositions
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
et de motifs provoqués par des mœurs et des usages délaissés depuis des siècles.
« Je ue suis pas de ceux qui désespèrent du présent et jettent un regard » de regret vers le passé, » dit M. Viollet-le-Duc. « Le passé est passé, mais » il faut le fouiller avec soin, avec sincérité, s’attacher non pas à le faire » revivre, mais à le connaître... pour s’en servir.»
En fait de style, toute inoculation française nous a toujours été fatale. L’art flamand et l’art français reposent sur des données esthétiques à jamais incompatibles. L’introduction du style Néo-Grec du second empire a produit chez nous des monuments hybrides, honteux témoins plastiques de la décadence et de la castration de notre art national, dont le moindre défaut est de s’émietter.
Tout en développant ces thèmes élaborés par des artistes de génie, comme ils sont nés d’une esthétique, résultat de la nature même de notre organisation, et qu’ils sont interprétés par des Flamands, ils doivent conduire infailliblement au triomphe de l’art national, parce que les œuvres qui en résulteront, nées de ses entrailles, seront «filles de bonne lignée sans flétrissure de bâtardise. »
Nous le répétons, c’est dans l’élude intelligente, épurée de tout servilisme des œuvres architecturales du XVIe siècle, élaborées par les Floris et les Vredeman De Vries; du XVIIe, écloses sous l’influence de Rubens, Francquart, Coebergher, de leurs élèves et de leurs continuateurs, que nos architectes puiseront la vraie fécondité, la vraie originalité, les thèmes naturels d’un nouveau style flamand.
Ces deux sources, essentiellement nationales, étroitement assimilées, fourniront à une époque prochaine les éléments constitutifs d’un art complet qui sera le style néo-flamand ou style Léopold II. »
Passons au second membre de la question :
Indiquer les personnages auxquels on doit attribuer celte influence : citer les noms et les œuvres des artistes.
SUR L’ARCHITECTURE HANS LES PAYS-BAS
Ces personnages furent :
1° Durant la première période (1490-1600).
Influence Hispano-Italienne.
Au rang de mécènes :
Marguerite d’Autriche ,
Charles-Quint,
Marie de Hongrie,
Erard de la Marck, prince-évêque
de Liège,
Au rang de promoteurs :
Érasme,
Busleijden,
Colonna,
Alberti ,
D. Diego de Sagrado,
Vasari,
2° Durant la deuxième période (1600-1720).
Influence Loyolo- Rubénienne.
Au rang de mécènes :
Odoard, cardinal Farnèse, Albert et Isabelle,
Alexandre Farnèse’, prince de Parme, La Compagnie de Jésus.
Au rang de promoteurs :
S-Charles Borromée', Les Jésuites et en particulier les
Otto Voenius, PP. d’AicuiLLON, IIesius et
Rubens , le F. Pozzo.
Marguerite de Parme,
Le cardinal Granvelle, Schenck, évêque d’Utreclu, Le comte Ernest de Mansfeld.
Lampsonius ,
Torrentius ,
Ooms de Wijngarde ,
PlETER COECKE,
Juan de Herrera ,
Sébastien et Jacques van Noyé.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
3° Durant la troisième période (1720-1790).
Influence Auslro-Ilalienne.
Au rang de mécènes :
L'empereur Léopold Ier,
Le prince Eugène de Savoie ,
Le prince Charles de Lorraine Le comte Cobenzl.
Au rang de promoteurs :
Hildebrand,
Fischer von Erlach,
Pizzoni , De Wez.
Les architectes étrangers n’eurent chez nous un instant de vogue que pendant la triste période de décadence qui signala la seconde moitié du XVIIIe siècle.
En France, un grand nombre d’architectes italiens élevèrent des édifices de la Renaissance ; l’influence italienne faillit même devenir funeste et empêcha longtemps toute originalité native. L’échec du cavalier Bernin inaugura l’avénement de l’école architecturale française.
Peu d’architectes espagnols et italiens travaillèrent aux Pays-Bas; en allant puiser eux-mêmes l’inspiration italienne à sa source, nos artistes surent conserver merveilleusement leur caractère national.
Le style italien régna despotiquement en France : il fut librement interprété aux Pays-Bas.
Venons à présent aux œuvres artistiques qui firent école et contribuèrent à établir définitivement dans nos provinces, le style hispano-italien de la Renaissance.
Durant la première période (1490-1600).
Les décors de l’entrée de Maximilien à Anvers (1494) et de Charles d’Autriche à Bruges (1517).
Influence Hispano-Italienne.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
Les fonds d’architecture des tableaux et des vitraux composés par Bernard van Orley, Michel van Coxcijen, Jehan Gossaert dit de Mabuse et Quinten Massijs.
Les étoffages architecturaux et les motifs d’ornementation des gravures de Lucas de Leyde et de Dirck van Staar.
Le Traité d’Àrchitecture, Medidas del Romano o Vilruvio, de D. Diego de Sagrado publié en 1525.
La cheminée du Franc de Bruges, de Lancelot Blondeel, et les fantaisies architectoniques enrichissant ses tableaux.
Le portail de l’Hôtel de Ville d’Audenarde de Paul van der Schelden.
Les colonnes-piliers du Palais des princes-évêques de Liège, de François Borset.
Le portail et l’autel de S^Jacques, à Liège, de Lambert Lombard.
Le retable de Hal, de Jean Mone. Le retable anonyme de Braine-le-Comte.
Les dinanderies du tombeau de Charles le Téméraire, à Bruges, de Jacques Jongelinck.
Les traités d’architecture. Les recueils gravés des Arcs de triomphe élevés par les architectes Pierre Coecke, à Anvers, et François van de Vclde, à Gand, pour la Joyeuse Entrée de Philippe IL
Les châteaux de Binche, de Mariemont et de Boussu bâtis â l’instar des casins de Palladio, par Jacques du Broeucq le Vieux.
L’Hôtel de Ville d’Anvers, le Tabernacle de Léau, le Jubé de la cathédrale de Tournai, les monuments funéraires de la cathédrale de Rothskild de Corneille Florisz De Vriendt, l’œuvre gravé de cet architecte et celui de son frère Jacques.
La façade d’Otto-Henri au Château de Heidelberg, le monument de Maximilien à Inspruck et celui de Rodolphe II â St-Veit , am Hradschin, à Prague, d’Alexandre Colijns de Malines.
L 'AU residenz, la Mariën Saule et le tombeau de Louis de Bavière â Munich, de Jacob de Witte dit Candido.
La galerie du Château de Fredericksborg d’Hans Steenwinckel.
Les maisons élevées par Lambert Lombard, à Liège, et les palais Granvelle construits par S. et J. van Noyé, à Besançon et à Bruxelles.
La façade de la Maison des Poissonniers, à Malines, de Jan Borremans.
Les nombreux livres d’architecture publiés par Hans Vredeman De Vries, ce Yignole du style italo-flamand.
Les jubés et les retables ou maîtres-autels de Mathieu Mattens et Abraham Hideux.
Le tombeau d’Engelbert II de Nassau à la collégiale de Bréda.
Les vitraux de Gouda de Wouter et Dirk Crabbelh. Etc., etc., etc.
Ajoutons-y les œuvres décoratives d’Otto Vœnius, le maître de Rubens.
Durant la seconde période (1600-1760).
Influence Italo-Loyolite.
Les Arcs de triomphe, les fonds de tableaux, le Livre des palais de Gênes, et les constructions de Pierre-Paul Rubens. Les Arcs de triomphe de G. de Craijer, son élève.
La maison et l’atelier de Jordaens, à Anvers. La Maison des Poissonniers et la façade du couvent de Jéricho, à Bruxelles.
Les églises de Faid’herbe, Coeberger, Francquart, Jean Cortvriendt, van Santen, Henri de Keijser , les PP. d’Aiguillon et Hesius, Le Doulx et Claude de Betlignies.
Les Hôtels de Ville d’Amsterdam de Van Campen et Arnold Quellyn; de Leeuwarden, par Balk.
Les nombreux palais, châteaux, hôtels et maisons particulières élevés en Néerlande par Pierre Post, David Vingboons, Jacob Romans, Salomon de Braij, Adrien Dortsman, Daniel Sîalpert et Simon Boosboom.
Les meubles et décorations intérieures édités par Crispin de Pas.
Le portique du Marché au Poisson, à Garni, d’Adrien Vander Linden, avec les remarquables sculptures d’Arnold Quellyn.
Le retable de l’église des Dominicains, à Anvers, de François van Slerbeek.
SIR L’A RC H ITECT L R E DANS LES PAYS-BAS
Les Maisons de van Schelle, Mercx, Herbouls, De Vos, Gosijns, van Nerven, van Heil, Mombaërls, De Bruyn et Jacques Dupont.
Les Loges des corporations des principales villes des Pays-Bas.
Le nouveau palais du prince-évêque, à Liège, d’Anneessens.
L’abbaye de Saint-Ghislain, de J. du Broeucq le jeune.
La porte du Rivage, à Bruxelles, de B. Raessens.
Le beffroi de Mons, de Le Doulx.
La chapelle de Jésus Eyck, de Franck.
L’église de Bon-Secours, à Bruxelles, de Cortvriend.
Le théâtre de la Cour, de van Heil.
La chapelle espagnole, de van Nerven.
L’église des Carmes, de Bruges, de P. De Han.
La Maison des Boulangers et la maison de Voghel, à Bruxelles, de Cosijns. La grande Boucherie et le Grand bâtiment de De Bruyn.
Le couvent de la Visitation, à Mons, de Claude de Betlignies.
La coupole de S'-Pierre, à Gand, par Malheys.
La façade du Franc de Bruges, de Verkruijs.
La coupole du carillon de St-Pierre, à Louvain, de Bayarl.
L’église des Augustines anglaises, à Bruges, de Pulincx.
L’église Sl-Pierre, à Douai, de Michel de Brissy.
L’hôtel de l’octroi municipal de Gand , de De Wilde.
Le théâtre public de Bruxelles, de N. Francquarl.
L’Hôtel de Ville de Leeuwaarden, de Balk.
Les retables d’autels de P. de Doncker.
Les Arcs de triomphe de G. de Graver, Mercx, van Heil, Du Chastel, Colin, van Orley, Janssens, Verbruggen, Bovaerl, Thiébaut, de Wrée, van der Heyden et David T’Kinl.
La traduction llamande des œuvres du F. Pozzo, etc., etc., etc.
Les sculpteurs principaux qui interprétèrent avec une supériorité incon-
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
testable les motifs d’ornementation et tectes, furent :
Faid’herbe et Boeckstuyns , son élève , Jan van Mildert,
Pierre Verbruggen et van Beveren, son élève,
Les deux Du Quesnoy,
François Langhemans,
André, Jean et Robert Colyns de Nole,
secondèrent si vaillamment les archi-
Van Delen , Tobias, Marc de Vos’, COSYNS ,
Le chevalier de Grupello,
Walter Pompe, Willemsens, Pierre
ScHEEMAKERS, GUILLAUME KER-
rix, Plumier, Bercé, van Bauerscheit, etc., etc., etc.
Telles sont, réduites à la charpente des idées et débarrassées du tissu de preuves et faits particuliers qui leur servent de confirmation, les synthèses des réponses aux deux membres de la question posée par la Classe des Beaux-Arts de l’Académie de Belgique, dont tout ce que l’on a pu lire aux chapitres qui précèdent, forme le développement systématique et progressif.
Dans une matière aussi difficile, où les sources sont éparpillées en mille filons divers, d’autant plus hasardeux à suivre qu’ils furent soumis moins souvent à l’examen sérieux d’une critique autorisée, nous avons dû, malgré nous, laisser subsister bien des doutes, traverser forcément de nombreuses lacunes.
A notre grand regret, nous n’avons pu démolir, pièces en main, l’échafaudage entier d’appréciations hasardées ou d’erreurs involontaires accumulées depuis deux siècles au sujet de l’histoire de nos monuments et de nos architectes de la période de l’influence italienne.
Compulser à nouveau les archives dans l’espoir de rencontrer d’autres documents, rechercher encore à travers les collections d’Europe des œuvres dont la trace est perdue et qui sont peut-être anéanties, c’était s’exposer à n’aboutir à rien, à perdre même tout le fruit d’un travail où le plus grand nombre d’erreurs grossières, de dénis de justice, d’escamotages puérils imputables à la troupe des compilateurs, fabriquant sans cesse des livres avec
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
d’autres livres, se trouvent suffisamment redressés et dénoncés pour ne plus égarer personne.
La question a été posée pendant bien des années par l’Académie royale de Belgique; nous avons été assez hardi pour entreprendre cette solution, assez heureux pour qu’elle ait été jugée suffisante par le premier corps savant du pays.
Personne, avant nous, n’avait traité la matière; celui qui, le premier, fraye un sillon dans une jachère ou un terrain vierge doit s’attendre à voir, plus d’une fois, la charrue s’embourber dans quelque fondrière ou le coutre étinceler en s’ébréchant au contact des silex nombreux du sol.
L’histoire de l’architecture aux Pays-Bas comptera au moins quelques jalons bien plantés qui assureront la physionomie esthétique d’une période des plus intéressantes, dédaignée jusqu’ici des archéologues au profit exclusif de l’art ogival.
Nous avions rêvé, sans doute, un travail, non pas irréprochable, c’eût été là une prétention bien vile humiliée et réduite au silence en présence de desiderata sincèrement accusés, à coup sûr bien autrement homogène, complet et probant. Mais, au moins, comme nous le disions dans l’avis au lecteur, la plupart de ces pages ont le mérite d’ètre directement inspirées de l’impression des monuments eux-mêmes.
Lapides clamant ! Rien n’est devenu plus exact pour nous dès l’instant où nous essayâmes d’envisager métaphysiquement les causes qui firent tels nos édifices publics et privés. Il en est résulté, le plus logiquement du monde, la physiognomonie réelle de l’architecture aux Pays-Bas, la philosophie palpitante des pierres.
En portant résolûment le scalpel sous les fibres puissantes de la plantureuse musculature de cet art architectural « thiois » aussi vivace, aussi coloré que la peinture flamande; en appréciant nos monuments et en refaisant, parfois de toutes pièces, la biographie de leurs architectes, il a dû nous arriver, sans doute, d’outrer l’expression suffisante. Craignant, transporté d’admiration devant une œuvre géniale, le reproche d une défaillance coupable, il nous sera échappé, de gaieté de cœur peut-être, quelques licences hasardeuses de style.
m HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE, etc.
Que l’on veuille bien, à cet égard, pardonner aussi à un Flamand d’avoir parfois usé des idiotismes, des locutions pittoresques, des comparaisons imagées et des tours familiers à sa langue maternelle.
Dès le premier feuillet de ce livre, persuadé d’avoir failli en ce point, nous réclamions l’indulgence de nos juges académiques en adoptant pour épigraphe quelques paroles du divin Platon, tirées de X Apologie de Socrate.
Traduites à notre dernière page, qu’elles nous servent encore de plaidoyer suprême vis-à-vis du lecteur auquel elles diront en toute sincérité :
« Ayez donc pour moi la même indulgence que vous auriez si j’étais un » étranger et que j’employasse les raisonnements et les expressions aux- » quels je serais accoutumé dès mon enfance; car enfin, il me semble que » je ne vous fais qu’une demande légitime, lorsque je vous prie de me » laisser maître de la forme de mon discours (bonne ou mauvaise) et de » considérer seulement avec attention si ce que je dirai est juste ou non. » C’est en cela que consiste proprement le devoir d’un juge : celui de l’ora- » teur est de dire la vérité. »
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES