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Jan Cosyns. D’après le tableau qui se trouve au Musée historique de Bruxelles, un beau trophée encadrant le buste de Charles II, roi d’Espagne, se voyait au milieu de la façade au-dessus du dernier entablement. Ce
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
trophée composé d’éléments identiques à ceux que nous avons décrits à propos de la façade de la maison de M. de Voghel rue de Flandre, également élevée par Cosyns, était étoffé dans sa partie inférieure de figures d’esclaves enchaînés. Le distique suivant servait de millésime :
iiæC statVIt pIstor VICtrICIa sIgna tropiiæI, qYo CaroLYs pLena LaYDe seCVnDVs oVat.
Quatre médaillons en camées antiques, portant en bas-relief les profils d’empereurs romains, avaient été sculptés au-dessous des fenêtres du premier étage. La porte d’entrée était surmontée du buste de saint Aubert, patron du métier placé en 4 697 d’après le chronogramme :
uIC qUanDo VIXIt, R Ira In paVperes pIetate eLVXIt
Au lieu et place de la maussade toiture actuelle, s’élevait autrefois comures v. h.
1 Janssens.
« le cimier » comme parle Fricx, c’est-à-dire un beau dôme octogone de charpente, enrichi d’ornements de sculpture en grande partie dorés. Dans la chambre de ce métier on admirait sept tableaux tirés de l’Histoire sainte, peints avec une précision admirable par Victor Honorius Janssens (1664- 1736), au dire de G. P. Mensaert, son élève et son biographe.
Le côté gauche ou Sud-Est de la Grand’Place était presque entièrement ,b)
1 Côte Sud-Est.
occupé par un vaste corps de logis, divisé en six propriétés sous une même Grand Bâtiment.
Architecte : Nicolas De
toiture, appelé le Grand, Bâtiment , construit tout d’une pièce en 1698 Bn,-vn u*»»)par l’architecte Nicolas De Bruyn dont nous avons déjà parlé plus haut.
C’est une inspiration évidente de l’application de «l’Ordre colossal» d’André Palladio et une réminiscence incontestable de ses ordonnances aux Palais Tiene, Barbazano , Porto Coleoni, mais surtout au fameux Palazzo Valmarano , à l’angle de la Conladina di San Lorenzo et du Corso Principe Humberto à Vicence. Le Grand Bâtiment figure sur l’un des tableaux de van AIsloot au Musée de Bruxelles. Sur son emplacement s’élevait au XIVe siècle six habitations distinctes : V Ermitage , lieu d’assemblée des
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
marchands de vin, des légumiers el plus tard des Tapissiers de haute-lisse ( leghwerkers ), quand ces derniers quittèrent 1’ Arbre d’or; le Château de Meynaert , ou Loge des Tanneurs , ayant appartenu au XIIe siècle à un échevin de Bruxelles; le Moulin à vent ; le Pot d’étain , local d’assemblée des Charpentiers; la Colline, loge du métier des « Quatre couronnés » (architectes, tailleurs de pierre, maçons); en dernier lieu : la Bourse. Le magistrat fil l’acquisition de toutes ces propriétés en 1441, et, avec l’aide des Corporations, fit élever l’édifice symétrique que le bombardement détruisit de fond en comble en 1695.
Le Grand Bâtiment, avons-nous dit, se divisait en six habitations distinctes sous le même toit. Partant de la maison de la Balance, elles portaient les désignations suivantes: La Bourse , la Colline , le Pot d’étain , le Moulin à vent, le Château de Meynaert et Y Hermitage. Quatre appartenaient à des Corporations; deux formaient des propriétés privées. Ces dernières étaient : La Bourse et le Moulin à vent. En 1763, le Grand Bâtiment se divisait, dit Mensaerl, « en sept maisons dont quatre sont au corps des métiers; savoir, des Quatre couronnés, des Charpentiers, des Meuniers et des Tanneurs. Les trois autres appartiennent à des particuliers. »
Maisons du Grand Bd - La Bourse n’offrait de spécialement remarquable, à côté de ses voisines,
liment.
(a) itou, -se. que le distique suivant qui constitue un double chronogramme, ayant trait
à la reconstruction radicale du Grand Bâtiment en 1698 :
ah YeLoX fVrIbVnDa eXaUsIt franCIa bUrsaM. nVnc eX eXUsta paX soLIDaM trIbUIt.
(h) CollineouMonlagne. La Colline, ou Montagne , appartenait aux Architectes, Maçons, Tailleurs
Luge du métier les . , . , . i • 1 r.
< Quatre couronnes ». de pierre formant Icinelier des « Quatre Couronnes» ainsi appelé des Patrons de celle antique Corporation. Le Guide fidèle à Bruxelles, imprimé chez J. Moris en 1761, nous donne les vers latins de l’inscription qui accompagnait son enseigne aujourd’hui disparue :
Collis ut in Cinercs nuper fait igné redactus , Altior e liusto clcnuo crescit Apex.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
Le Pot d’étain servait de Loge aux Charpentiers.
Le Moulin à vent, propriété particulière, devint la salle d’assemblée des Meuniers, en 1763, d’après Mensaert.
Le Château de Meynaert était ainsi appelé du nom d’un échevin qui en fût propriétaire au XIIe siècle. Celte maison servit d’abord de local aux séances de l 'Ammanie. En 1654 elle perdit celle qualification, s’appela Y Écrevisse (. De Kreft ) et constitua le lieu de réunion des Fruitiers. En 1759 elle fut achetée par la Corporation des Tanneurs, changea une troisième fois d’enseigne et devint La Fortune.
L’ Hermitage appartenait à la ville qui donnait en location ses diverses salles pour servir aux assemblées des Tapissiers de haute-lice et des Fabricants de bonneterie. Les Marchands de vin et les Légumiers y tinrent longtemps leurs séances.
Trois perrons à doubles degrés, démolis en 1793, refaits de notre temps, conduisent au rez-de-chaussée, élevé sur un souterrain en contre-bas. Dixneuf pilastres doriques dont les chapiteaux, dépourvus d’entablement, sont profilés en arrière-corps pour former cordon, supportent autant de pilastres corinthiens d’ordre colossal, embrassant deux étages, suivant le type mis à la mode par Palladio. Ces pilastres entablés et rudenlés au tiers étaient surélevés par des socles également entablés devant lesquels étaient placés les bustes des ducs de Brabant dont les noms étaient gravés sur les piédouches. Un entablement, sans modifions ni denticules , surmonte les pilastres corinthiens. Les deux maisons formant l’avant-corps , accentué par une faible saillie, se terminent par un fronton en arc de cercle dont le tympan est orné d’un bas-relief allégorique, très-décoratif et très-mouvementé, figurant la paix ramenant aux Pays-Bas le Commerce personnifié par l’Escaut et l’Industrie, par des génies charpentant. La corniche porte, au droit du fronton cintré, une sorte d’atlique à balustrade horizontale, enrichie de vases. Le garde-fou à baluslres de l’arrière-corps est coupé par quatre fort jolies lucarnes circulaires encadrées de frontons et accompagnées de réveillons taillés en cônes de pin. Les panneaux entre seuils et linteaux sont tout unis, sauf à la Maison des Charpentiers, où ils ont été enrichis de trois cartouches portant les emblèmes connus de celte Corporation.
(c) Pot d'étain.
Loge des Charpentiers.
(d) Moulin à vent.
Meuniers (1763).
(e) Château de Meynaert, puis Écrevisse.
Tanneurs cl Fruitiers.
(f) Hermitage.
Tapissiers de hautelice, Mds de rin et Légumiers.
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I’einlurpsde J. van Helmontet J.vanOrlev.
Maison de la Balance.
Maison de la Demi lune.
Ceinturonniers.
CofTn.
Renommée servant d’en seigne, sculptée par Marc de Vos.
Maison particulière, rue des Chapeliers.
De toutes ces Loges d’assemblée, cette dernière seulement possédait au temps de Mensaert une décoration intérieure digne d’admiration. On y remarquait six tableaux de S. van Helmont et deux de J. van Orley, ayant trait à la légende de saint Joseph, patron du métier. « La chicane des anciens » Doyens avait fait évanouir toutes les raretés qu’on admiroit autrefois » dans les trois autres chambres » ajoute l’écrivain précité pour justifier celte détresse contrastant avec la splendeur des Loges avoisinantes.
Au côté gauche de cet édifice, vers la rue de la Colline, se voit la Maison de la Balance (De Wage ), prétenduement élevée sur un dessin de Rubens, mais en réalité construite par un maître anonyme après le bombardement en 1704. Les deux nègres qui supportent le balcon, les caryatides de la fenêtre cintrée du premier étage, les frises, les consoles et l’ordonnance du charmant gable terminé par un obélisque, souvenir d’un motif favori de Vredeman De Vries, sont remarquables au point de vue de la sculpture. II est fâcheux que cette jolie façade soit encaissée à cause du peu de largeur de la rue.
Joignant la Balance, se voit encore une maison portant l’enseigne : la Demi-lune (IJalve maan ), rebâtie la même année que la Balance et appartenant autrefois à la Corporation des « Ceinturonniers.» Elle a conservé de remarquables cartouches dont l’un offre un croissant à profil humain. On sait que Forfévre Van de Pulle, l’instigateur des troubles de 1698, habita celte demeure.
La maison attenante appelée le Cofjfy était jadis occupée par un «Caffé» cité dans les Mémoires du chevalier de Ravanne, page du Régent de France et Mousquetaire , réfugié à Bruxelles à la suite d’un duel malheureux. En 1705 des artistes italiens y donnèrent des représentations théâtrales. Rendez-vous de la bonne compagnie au XVIIIe siècle, il le devint aussi plus tard des patriotes de la Révolution brabançonne. Celte maison avait pour enseigne une Renommée, sculptée par .Marc de Vos, le Vieux; pièce admirable au dire de Mensaert. La statue a disparu, la maison a perdu son caractère architectonique, mais le cabaret est toujours ouvert.
A la droite du Grand Bâtiment vers la rue des Chapeliers demeure encore debout une maison particulière d’un fort beau style portant le mil-
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
lésime de 1697. La petite porte « style Francquart » avec abat-jour est d’un heureux motif. Les consoles sous le cordon du premier étage portent encore le socle des figures qui les surmontaient autrefois. Ajoutons que cette façade est terminée par un pignon bien découpé, orné d’œils-de-bœuf et de volutes, mais dont tous les « réveillons » ont disparu. Cette maison a conservé assez d’éléments intéressants pour motiver quelque jour une restauration complète. <ci
* Cote Sud-Ouest.
A partir de la rue des Chapeliers, vers l’aile gauche de l’Hôtel de Ville, Taverne: Ulont Tliabor. l’on comptait autrefois cinq propriétés distinctes : le Mont Thabor , rebâtie en 1702, aujourd’hui cabaret à l’enseigne: les Trois Couleurs ; la Rose, Taverne : La /> ose. ancienne taverne historique, reconstruite la même année, et qui fut tenue au XVe siècle par un certain d’Arquennes, célèbre par la beauté et les galanteries de sa femme; l’ Enfer (Mlle), depuis Y Arbre d'or ( Op den Guidai boom). Celte maison appartenait en 1476 au métier des Tapissiers (leghwerkers) pour lors arrivé à l’apogée de sa prospérité et de sa splendeur.
Construite en pierre en 1638 aux frais du métier des Brasseurs, elle dut être rebâtie soixante années après. Le Cygne, autre taverne en bois, entourée de charmilles, est mentionnée dans les Chroniques dès 1346. Toutes ces maisons existent encore moins la dernière l 'Étoile, démolie il y a une vingtaine d’années pour élargir la rue de ce nom (aujourd’hui de l’Hôtel de Ville).
L’ordonnance de la façade de la Maison des Brasseurs de même que celle Maison des Brasseurs
. , (ancienne Loge des
du Grand Bâtiment s écartent du type des autres constructions et affecte Tapissiers).
... . Enseigne:
« l'Ordre colossal » mis a la mode par Palladio et que Perrault imita avec EMf*r»p“j s^irtr» d’o*-. tant de succès à la colonnade du Louvre.
Au rez-de-chaussée, quatre colonnes doriques, engagées, d’un module un peu massif, cannelées au tiers, sont chargées dans leur partie inférieure de bossages affectant la forme de congélations, motif emprunté aux grottes des Jardins Boboli et aux Nymphées des villa Mondragone, Pamphili ou Borghèse. Les quatre colonnes de l’ordre supérieur sont composites; lisses jusqu’au tiers inférieur, le restant du fut est orné de guirlandes de feuillage d’un assez fort relief, motif que Rubens et ses élèves affectionnaient particulièrement.
Les trois enlre-colonnements sont percés de deux étages de fenêtres rec-
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Slatue équestre en pierre de Maximilien - Emmanuel par Marc de Vos.
Statue en cuivre repoussé de Charles de Lorraine par André Simons (1752).
Peintures par J. van Orley, C. Eyckens et V. H Janssens.
Maison des Bouchers.
C'j'jnc (1720).
tangulaires séparées par des bas-relief « enlablés » . Un fronton, en arc de cercle, s’étend sur toute la façade. Le tympan offre des lions accroupis, en ronde bosse, placés de chaque côté d’une table architecturale où se lisaient autrefois les vers suivants à la louange de l’Électeur de Bavière :
Dum premeret radiis nostram Sol galiicus urbem Te soliau in moestos vidimus ire rogos ,
Quid mirum Gelicae qui frcrjit cornuu lunae Gallica si solis lumina non metunt.
En 1698, les Doyens du métier des Brasseurs firent placer sur le large piédestal à dauphins qui sert d’amorlissemenl au fronton circulaire, une statue équestre en pierre de Maximilien-Emmanuel, exécutée par Marc de Vos le père. Enlevée par un ouragan en 1751, elle fut remplacée par le portrait équestre du prince Charles de Lorraine, en cuivre doré, repoussé au marteau avec un rare talent par un orfèvre bruxellois, André Simons (16 juin 1752). Celle dale est. inscrite en chiffres romains sur la frise de l’entablement composite.
La statue de saint Arnold, patron du métier, se voyait entre les deux feuilles d’acanthe du piédouche. Le culot-console seul existe encore. La figure fut brisée en 1793. La statue du prince Charles disparut à l’époque de la seconde invasion républicaine. Celle qui se voit actuellement est moderne.
La grande salle d’assemblée de la maison des Brasseurs, qui sert aujourd’hui de lieu de réunion à V Association libérale, a conservé une partie de son cachet primitif; le plafond est à peu près intact, mais le portrait de Jean le Bon, duc de Brabant, bienfaiteur du métier, et les cinq tableaux peints par J. van Orley, C. Eyckens et V. IL Janssens ont disparu.
A côté se voit la maison du Cygne, rebâtie par la Corporation des Bouchers en 1720 d’après le chronogramme :
iiæC DoMYs Lanka eXaLtatUr
qui se lisait jadis sur l’acrotère du fronton. C’est la plus moderne et la plus classique des façades de la Grand’Place.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. 425
Trois élages de fenêtres rectangulaires à chambranles surmontées d’un riche entablement, formé de consoles alternant avec des rosaces, au-dessus duquel surgit une haute toiture à arêtes curvilignes, percées de lucarnes et portant une plate-forme à balustrade, composent son ordonnance. J. de Kinder avait sculpté trois statues, au-dessus de la corniche, ainsi que deux enfants placés aux angles du balcon de la fenêtre du premier étage. Ces sculptures ont disparu. La baie centrale est encadrée par deux colonnes ioniques à fronton interrompu, elle est accompagnée d’un médaillon ovale et offre un chiffre d’initiales enlacées F. P .(Francisais Prim us) se rapportant sans doute à l’époux de Marie-Thérèse, l’empereur François Ier (1745-1756).
« La façade de cette maison, est, selon moi, la plus belle de la place » écrivait Mensaert: cet aveu de la part d’un artiste qui suivait encore dans sa peinture les traditions de Rubens, nous apprend mieux que de longues dissertations les changements que le goût architectural subissait insensiblement depuis le premier tiers du XVIIIe siècle. Celte façade fait déjà pressentir les tendances néo-antiques de L. B. de Wez qui fut en Belgique l’introducteur du style improprement appelé Louis XVI.
Dans la chambre d’assemblée du Cygne on admirait un superbe plafond, exécuté à la manière italienne de Pozzo, par Sevin, l’auteur déjà nommé du plafond de la nouvelle sacristie de l’église de la Chapelle (1752), et, au dire de Mensaert, « très-habile maître de ce genre, dans l’architecture et dans les » ornements. »
Celte salle était encore ornée de quatre tableaux décoratifs du peintre milanais Cadeschino. Zinner, l’architecte du Parc de Bruxelles, mourut, plus qu’octogénaire, dans la maison du Cygne.
Un souvenir se rattache à la maison de VE/oile (pii servait autrefois d 'Ammanie. Vainqueur à Scheut, le mercredi 17 août 1356, jour funeste que les Bruxellois appelèrent depuis tien q-uaeden woensdag , Louis de Maele y fit planter son étendard; mais le 24 octobre suivant, Éverard s’IIeren-Claes, échevin de Bruxelles, délivrait la ville avec l’aide des métiers. Vingt-six ans plus tard, on l’y apportait mutilé à la suite d’un guet-apens, tendu par le sire de Gaesbcek qui voulait empiéter sur les droits de la Commune. La maison de l 'Étoile , dont les plans sont conservés, grâce à la création du Boulevard
Sculplures de J . de Kinder.
Plafond de perspectiv par Sevin.
Peintures de Cades cliino.
Maison de V Étoile.
Côlé Nord-Est.
Brood huis.
Maison du Roi. Loges des Serments des Arbalétriers, Espa donneur et Arquebusiers.
Peintures de van Orley et Janssens.
m HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
central et de l’Avenue du Midi, pourra être rétablie sans causer de préjudice à la circulation.
Le côlé opposé à l’Hôtel de Ville était occupé par la « Halle au Pain » (. Brood huis ) élevée en 1516 par Van Pede, avec le concours de Rombaut Keldermans et de Dominique de Wagemaker. Cet édifice renfermait, outre différents tribunaux comme le « Consistoire de la Trompe » et FOfficialité, les Loges de trois Gildes armées : le Grand Serment; les Schermers, Espadonneurs ou « Gladiateurs » et les Colovenicrs ou Arquebusiers. Au XVIe siècle il servit aussi de Prison d’Etat. Depuis le XVIe siècle on l’appelait vulgairement Maison du Roi.
Avant le bombardement, le pignon droit et les lucarnes de cet édifice présentaient de gracieux spécimens du style de la première Renaissance. Il serait fort désirable de voir rétablir ce gable « plateresque » avec ses crêtes et ses statues d’hommes armés. La Grand’Place de Bruxelles réunirait de la sorte des échantillons remarquables de chacune des transformations que subit aux Pays-Bas l’art italien de la Renaissance depuis Charles-Quint, jusqu’au règne de Marie-Thérèse. Quant aux quelques maisons sans valeur architectonique, on pourrait les remplacer ou par la reconstruction de façades contemporaines qui tombent chaque année, hélas ! sous la pioche des démolisseurs et finiront par disparaître tout à fait; ou par des compositions en style néo-flamand, inauguré avec tant de succès à la Maison des Chats du Boulevard central.
La chambre du Grand Serment, qui servait de « Concert noble » dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, était ornée de sept grandes toiles de van Orley et de Janssens. On y voyait un magnifique dressoir, surmonté des portraits des Archiducs Albert et Isabelle. Sur ce dressoir l’on plaçait aux jours de fête les coupes rares et autres pièces curieuses d’orfèvrerie, offertes par les souverains et les princes qui honorèrent jadis les tirs et les festins de ces antiques et vaillantes milices bourgeoises.
Les chambres des Escrimeurs ou Gladiateurs et celle des Couleuvriniers, placées vis-à-vis , étaient également riches en tableaux et portraits historiques des Chefs-Doyens.
A la droite de la Brood liuys se voient les dernières maisons de Corpo-
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
râlions dont il reste à nous occuper : VAmmans Kamerke ou Chambrette de C li ambrettede l’Amman
(ylmmans Kamerke).
l’Amman: la Maison des Peintres et plus tard du Serment des Arbalétriers, Architecte: corneille
1 1 ' Mombaerts (1700).
enseignée : Le Pigeon et la Maison des Tailleurs, appelée La Taupe. Au coin de la ruelle des Harengs s'élevait la Chambrette de l’Amman ainsi désignée du nom du magistral qui y tenait ses audiences. Elle offre trois ordres de pilastres superposés: dorique, ionique, corinthien. L’entablement dorique n’offre de triglyphes qu’au droit des pilastres. Les chapiteaux des deux ordres supérieurs ont disparu. Le gable est pittoresque dans sa simplicité. Cette maison fut construite en 1700 par Corneille Mombaerts.
La façade de la Loge des Peintres est toute imprégnée de réminiscences Loge des peintres, italiennes. Les refends du rez-de-chaussée, la vénitienne du premier étage, (Exisl:,iten 159îJ) l’allure des ordonnances ionique et composite des deux étages, le pignon en forme d’attique surmonté d’un fronton, la délicatesse des moulures, la sobriété des profils, accentuée davantage par l’opposition de quelques ornements plantureux, en font un morceau véritablement digne d’éloges et dont le nom de l’architecte aurait mérité d’être conservé. Celte maison est la plus ancienne de toutes celles qui s’élèvent sur la Grand’Place, on la voit figurée sur la gravure de Ilogenberg, représentant l’entrée à Bruxelles de l’archiduc Ernest, frère d’Albert, en 1595.
La façade de la maison des Tailleurs est toute chargée de dorur 6S J Maison des Tailleurs.
* Taupe (1698.)
des pilastres ioniques en décorent le rez-de-chaussée, la porte se trouve au centre, décorée d’un entourage, genre Francquart, à frontal bien accusé, qu’une malencontreuse enseigne empêche de voir depuis bientôt vingt ans.
Au-dessus des pilastres ioniques s’élève un grand ordre composite qui comprend deux étages percés de fenêtres rectangulaires surmontés de frontons au premier étage. La frise de l’entablement de cet ordre est délicatement ciselée de rinceaux. Le pignon terminal avec balustres rampants et acrotère central, surmonté d’un vase est d’un effet pittoresque, mais d’une fantaisie un peu risquée. G. Frix, dans sa description de Bruxelles, définit ainsi la maison des Tailleurs : « Celle de gauche est de très-belle pierre dans toutes les règles de la sculpture et de l’architecture. L’édifice est surmonté d’un vase au lieu de leur patron qui est saint Boniface.» Sur le
Principaux édifices an nymes conçus dans style italo- flamand. Bourse de Lille.
Hôtel de Ville d’Os tende (17 11.)
428 HISTOIRE DE L’IJNFLU.ENCE ITALIENNE
socle du vase se lit le distique chronogrammatique suivant qui nous apprend que l’édifice fut terminé en 1697.
qVas fVror hostILIs sVbVerterat IgnIbVs æDes, sartor restaYrat præsIDIbVsq Ve DICat.
Ce qui frappe le spectateur qui débouche pour la première fois sur notre Grand’Place , c’est la réunion pompeuse de tant d’éléments décoratifs , imaginés et traduits avec une inépuisable verve et une fécondité heureuse par ces vieux maîtres flamands, peintres, sculpteurs ou architectes, qui passent à bon droit pour les premiers coloristes du monde, o- Un remarquable spécimen du style Rubens, datant de 1662 et dont le nom de l’architecte nous est inconnu, c’est la Bourse de Lille (Ryssel). On sait que celte ville fit pendant des siècles partie de nos dix-sept provinces, et ne fut annexée à la France que depuis le fatal traité d’Ulrecht (1713).
J. Harrewijn nous a laissé une gravure de cet édifice. Comme style général il se rapproche des « Propylées » de l’abbaye de Sl-Michel, rue du Couvent, à Anvers, et des motifs employés par Jordaens pour la décoration architecturale de l’atelier de sa demeure. Constatons aussi la prédilection particulière de l’architecte de la Bourse de Lille pour les chambranles interrompus par des claveaux. Remarquons enfin le type de la porte d’entrée et l’emmanchement de la fenêtre du premier étage qui rappellent tout à fait la Maison de Jordaens.
Les panneaux séparatifs des six fenêtres qui se voient aux côtés de l’ordonnance centrale sont décorés, au premier étage d’un ordre rustique alternant avec des pilastres en gaines; au second, de caryatides et de colonnes engagées, d’ordre ionique, placées alternativement.
Les haies sont quadrangulaires à tous les étages; des claveaux, des cartouches « en vignette, » des guirlandes, donnent à celte façade une physionomie originale et plantureuse d’un grand sentiment de couleur et d’une recherche visible de l’effet pittoresque.
Mentionnons, à son tour, parmi les constructions civiles, Vllôlel de Ville d’Ostende, bâti en 1711 par un architecte anonyme. L’ordonnance de cet
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
édifice témoigne d’un véritable souci de l’aspect pittoresque et des exigences locales. Deux campaniles octogonaux, à toitures tourmentées, ovoïdo-pyriformes, du style loyolite — un seul fut exécuté — accentuaient les extrémités des deux ailes de bâtiments aboutissant à une rotonde centrale. L’édifice n’avait qu’un bel étage sur soubassement. Un large perron à double rampe permettait d’atteindre cet étage du niveau de la voie publique. Le pavillon central à huit pans, d’ordre ionique, émergeait au-dessus du reste de la façade formant un second étage. La toiture en ardoise, percée de lucarnes en œil-de-bœuf, avait pour amortissement un Mercure doré. Tous les caractères distinctifs du style ilalo-flamand de la deuxième époque se retrouvent dans cet édifice. Un type plus complet encore du style Rubens était le Château de Boesin-
glien. (Châtellenie
château de Boesinghen, dans la châtellenie d’Ypres, bâti par un architecte s'YPres-> inconnu pour Messire Gaspard de Turpe.
Pour établir la physionomie architecturale complète d’une époque, il ne Ameublement monu-
1 J 11 mental religieux et
suffit pas d’étudier les monuments seuls, il faut encore approfondir les types ci il affectionnés par les arts décoratifs et somptuaires; l’ameublement monumental religieux ou civil.
Au nombre des œuvres anonymes, plaçons au premier rang les Stalles de Stalles de Soignies. Soignies, datées de 1676. Elles constituent, dans leur ensemble, l’un des plus splendides morceaux d’ameublement du style rubénien ou loyolite.
Citons après cela les Stalles de Yilvorde, assez sobres de fantaisies borro- iviivorde.
® (Dominicains, Anvers.
mimennes; celles des Dominicains, à Anvers; de S'-Bavon, à Garni; de^<s‘-Bavou>Gaml-
' 1 J 55 ;Sl-Jacques, Bruges.
S‘-Jacques, à Bruges; enfin les très-remarquables boiseries du chœur de Grimbers|ien l’église abbatiale de Grimberghen, dont le dessin vraiment grandiose fait songer à Faid’herbe, restaurées naguère avec habileté par M. Joseph Dupont.
Aux Stalles de Soignies joignons aussi le Jubé construit en 1640, grâce Jubé de Soignies.
à la générosité de Messire Gilles Du Mont, prévôt du Chapitre; puis citons au courant de la plume parmi les œuvres les plus caractéristiques :
Les confessionnaux de l’ancienne église des Jésuites, à Louvain, et ceux Confessionnaux.
Lambris.
de S*-Paul, à Anvers.
L’intérieur de l’église de S'-Loup, à Namur, voûtes, confessionnaux et autels.
Les boiseries et l’ameublement des anciennes Halles, à Louvain.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Constructions particulières.
Portes, genre Francquart, à Anvers.
Hôtel du Roi d’armes (Galerie Bortier),à Bruxelles (1763).
Monuments funéraires a Sl-Rombaut à Malines.
Malh ias Hovius (anonyme 1620).
André Cruesen (Faid’herbe 1669).
Alphonse de Berghcs (Marc de Vos 1689).
Autel et Tabernacle de S'-Donat, à Bruges.
Parmi les constructions particulières à Anvers :
La façade de la Corporation des Tanneurs (1644); l’entrée de la Loge des Brasseurs (1655); les portes, genre Francquart, situées rue du Trèfle (1663); canal des Vieux-Lions : timbrée d’un cartouche portant une main ouverte, armoiries de la famille Geelhand (1669); rue du Vallon-Vert : sans abat-jour (1672); rue Kipdorp : porte double à monclair sculpté portant l’enseigne : In de Heilige Drijvuldigheidt . Joignons-y : la Guide poort, canal au Sucre; la belle entrée carrossable, rue Happart; celle delà courte rue des Claires, avec un buste en niche; le grand porche de la Chapelle, rue de l’Empereur; les portes bâtardes : rue Vieille-Bourse, rue aux Laines, courte rue de l’Hôpital, rues du Goddarl et du Chapelet. Enfin, la porte de la rue du Roi, dont le millésime est précieux à relever, car il prouve qu’en l’armée 1716 l’influence de la maison professe des Jésuites, à Anvers, maintenait toujours en honneur les traditions de l’architecture de Rubens.
Le portique aux massives proportions et au plantureux tympan sculpté de l’ancien Hôtel du Roi d’armes du Brabant, aujourd’hui frontispice de la galerie Bortier, à Bruxelles, dont le style rentre tout à fait dans la manière de Faid’herbe ou de Cosyns et qui, malgré la date de 1763 (peut-être celle d’une restauration ?), appartient à la deuxième époque loyolile.
Les monuments funéraires de Mathias Hovius, à S'-Rombaut de Malines (*j* 1620), dont la statue de terre cuite, d’une main inconnue, est si largement exécutée qu’on la prendrait pour une ébauche. On sait que Faid’herbe, le sculpteur-architecte, ordonna l’étoffage de ce tombeau à l’époque où il éleva le maître-autel (1665), Tout à côté: les monuments funèbres d’André Cruesen, le chef-d’œuvre de Faid’herbe (1669), et celui d’Alphonse de Berghes (1689), dont la statue de marbre blanc est de Marc de Vos, le vieux, et l’architecture d’un autre Bruxellois, appelé Van Brée. Ce dernier pourrait bien être l’architecte de l’une ou l’autre des maisons anonymes de la Grand’Place et particulièrement de celle qui porte l’enseigne du Renard .
L’autel ou chœur de Sl-Donat, à Bruges, et le Tabernacle aujourd’hui détruits.
luiM .ieN D.auSabiun. La li ibuiie du Jubé de marbre de Notre-Dame au Sablon, à Bruxelles. Le
Iînfîet d'orgues par
jean Y',, °e|der. buffet d’orgues est postérieur et a été exécuté en 1 / 63 par Jean Van Gelder.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. 431
La boiserie du chœur et l’autel de la Vierge de l’église de Notre-Dame de la Chapelle, à Bruxelles, les encadrements des paysages de van Artois et le banc de communion du même chœur.
Les Portaulæ intérieurs du Béguinage, à Malines; de Ste-Dymphne,à Gheel; de S,c-\Valburge, aujourd’hui détruits, de N.-D. de la Chapelle, à Bruxelles et de S^Jacques, à Anvers.
Plusieurs des remarquables monuments funéraires des principales églises des Pays-Bas, particulièrement de S'P-Gudule, à Bruxelles, de S'-Bavon, à Gand, de S'-Jacques, à Anvers, etc., etc.
Nous connaissons les noms d’un certain nombre d’artistes qui élaborèrent à cette époque des œuvres décoratives et somptuaires; nous citerons d’abord :
Guillaume-Jacques van Werden — comme Gaspard de Craijer, « archier et garde du corps de Sa Majesté » — dessina la splendide décoration de la Cabine d’apparat, j du navire amenant d’Espagne à Louis XIV, en 1660, l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV. Cette ordonnance, digne du meilleur temps du style Rubens, nous a été conservée par une superbe gravure de Vosterman qui burina également en cuivre, d’après un dessin de van Werden, la vue à vol d’oiseau de îa tour et du couvent des Carmélites de Bruxelles.
Pastorana, architecte-sculpteur, qui donna les plans du maître-autel de l’église de Notre-Dame au delà de la Dyle, à Malines, dont la partie sculpturale fut confiée aux artistes malinois : J.-F. Boecksluyns, Fr. Langhsman et Laurent Van der Meulen. Pastorana reçut pour son dessin et pour son concours 2,065 fl. 3 s. 2 den., d’après les comptes des archives compulsés par M. E. Neefs.
Jean Voorspoel, disciple de J. Du Quesnoy, qui sculpta l’autel de marbre noir et blanc de la chapelle de la Vierge en l’église Sle-Gudule aux frais du comte Ernest d’Isembourg (f 1664), dont il fit le monument funéraire, orné de ligures allégoriques de marbre et placé dans le même chœur.
Jean Van Delen (j* 1703), auteur des statues d’apôtres, confessionnaux, etc., de l’église S,e-Gudule, qui conçut et exécuta les monuments funéraires de Jacques d’Ennetières, baron de la Berbère, et de Philippe-François d’Ennetières, marquis de Molles, qui y furent inhumés en 1677-1678.
Boiseries du chœur de la Vierge à N. - D de la Chapelle.
Portaulx intérieurs :
Béguinage, Malines.
S,e-Dymphne, Gheel.
Slc-Walburge et S' - Jacques, Anvers. N 1t. jde la Chapelle , Bruxelles.
OEuvres diverses décoratives et somptuaires.
Décoration de la Cabine d'apparat du navire monté par l’Infante Marie-Thérèse,fille de Philippe IV. Guillaume-Jacques van Werden.
Maître-autel de N.-D.
au delà de la Dvle à Malines.
Pastorana, architecte.
Autel de la chapelle de la Vierge.
Monument du comte d'isenbourg. Église Slc-Gudule.
Jean Voorspoel.
Tombeaux de J. et p.
F. d’Ennelières.
Jean Van Delen 1 1677- 1678).
HISTOIRE DE LINFLUENCE ITALIENNE
Sculptures des ch;i peiies Cosyns, Van Milderl, de Grupello qui exécutèrent, en 1690, l’ordonnance
de Ste-Ursule et de S>- J ’ 3 11 3 3
s°a i ' i o n N 0 ' r eI)a n 1 e a r c h • t e c tu r a 1 e et sculpturale des deux chapelles de S,e-Ursule et Sl-Marcou, servant de mausolée à la famille des princes de Tour et Taxis en l’église de Notre-Dame au Sablon. Les trois Vertus théologales qui sont dans les niches du bas du dôme de la chapelle de S,e-Ursule sont de Van Delen.
Tombeaux delà famille François Langhemans (1661-1720), élève de Luc Faid’herbe, qui éleva
Langhemans 1673). dans le chœur du Saint-Sauveur dans l’église Ste-Gudule, à Bruxelles, le
Van Bauerscheit 1700). u 77
monument de Pierre Roose, chevalier de la Toison d’or, décédé en 1675, dont on voit la statue de marbre, agenouillée sur le sarcophage. Ce monument fait pendant à celui de son petit-fils, Pierre-Ferdinand Roose, baron de Bouchout, sculpté par Jean-Pierre Van Bauerscheit (1699-1768), le jeune, en 1700. On sait que Langhemans est encore l’auteur du magnifique maître-autel de l’église de l’abbaye de Grimberghen.
Rombaut Verhulsl, de Malines (1624-1696), qui travailla toute sa vie en Hollande où il exécuta les monuments funéraires des plus célèbres amiraux S1fÜSl|,oort des Provinces-Unies. Leyde possède de cet artiste le Lion du Bourg et les
Maitre-aulel de Grimberglien Langhemans.
Monuments funcbi-es d’amiraux hollandais,Lion du Bourg, Waag, hôtel Buter
Bombant Verliulst.
décorations sculpturales du Waag (Poids de la ville) et de l’Hôtel Boterhuis, exécutées en 1661 et les lions et emblèmes guerriers de la Zijlpoorl (1664). Mausolées desFamilles Michel Van der Voort, le vieux (1667-1737), auteur des mausolées
van Orley et Caverson V
dans l’ancienne église placés aux deux côtés de l’autel de l’ancienne église des Dominicains, à
des Dominicains à 1 /
Bruxelles.
Michel van der Voort le vieux (1667-1757).
Bruxelles; l’un de la famille Coxie, l’autre de la famille van Caverson. L’église des Dominicains est aujourd’hui démolie.
Nicolas Simons, sculpteur et architecte, qui donna les plans de l’autel de la Vierge pour l’église S'-Nicolas, à Bruxelles, ainsi que des deux confessionnaux et du maître-autel de l’abbaye de Ninove.
Sutincks, qui éleva, en 1716, dans la chapelle de la Vierge en l’église Sle- Gudule des stalles, aujourd’hui disparues, qui lui furent payées 600 florins.
Henri-François Verbruggen ou Van der Brugghen (1655-1724) qui fit pour les Jésuites de Louvain (1699-1702) la splendide chaire de vérité, (1773) qu’à la demande du comte deCobenlzl, Marie-Thérèse fit placer, après leur j.-b. vaTdérHae- suppression (1773), dans l’église Sle-Gudule. Les animaux furent ajoutés
ghen (1780). rl v 1 a
en 1780 par Jean-Baptiste Van der Haeghen; ainsi tombe d’elle-même la légende, plus ingénieuse que vraie, imaginée à propos du choix de cés
Autel de l’Église Sl-Nicolas à Bruxelles.
Confessionnaux de l'abbaye de Ninove.
(Nicolas Simons.
Stalles de la Chapelle de la Vierge. Église Sle-Gudule.
Sutincks (17 IG).
Chaire de vérité des ■lesuites de Louvain, il -F. Verbruggen.
Transférée à Sle-Gudule
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animaux par lesquels le sculpteur aurait voulu personnifier les défauts et le caractère acariâtre de sa femme. Verbruggen fit aussi pour l’église de Grimberghen quatre confessionnaux magnifiques, les plus beaux peut-être des Pays-Bas n’étaient ceux de S'-Paul, à Anvers.
Laurent van der Meulen (1645-1719), Tobias, van Beveren (1630-90), les deux De Vos, Guillaume Kerrix père (1682-1745), exécutèrent également de nombreux morceaux d’architecture et de sculpture décoratives.
Dans le livre intitulé : Les marques d'honneur de la Maison de Tassis , imprimé à Anvers, chez Moretus, en 1645, l’on trouve une remarquable série d’estampes allégoriques enrichies de cartouches, très-originaux, composés par Nicolas van der Ilorst (1598-1646). L’auteur du texte, Louis Chifflet, qui traduisit de l’espagnol le voyage du prince Don Ferdinand, appelle ces entourages : « volutes de marmousets » et « méandres artislement conduits. » Les cartouches de van der Horst constituent une variante originale des thèmes loyoliles et des motifs de prédilection de Rubens.
Fidèle au plan que nous avons suivi jusqu’ici, après l’architecture bâtie, l’ameublement monumental ecclésiastique ou civil , il nous reste encore à examiner la valeur de ces ordonnances architectoniques éphémères élaborées à l’occasion de Joyeuses-Entrées des souverains, de Jubilés ou Caivacades religioso-civiles.
La vitalité du sentiment artistique flamand, même aux périodes les plus calamiteuses de notre existence politique, semblait se réveiller à l’approche de ces festivités pittoresques toujours saluées avec allégresse par lepeuple entier. La spontanéité et le relief grandioses de nos solennités nationales célébrées depuis 1830, à l’occasion d’anniversaires patriotiques, â Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges, Malinos, etc., ne procèdent-ils pas directement de l’entrain et de la splendeur imposante des Blyden Inkomsten et des Ommegancken d’autrefois; ne perpétuent-ils pas dans l’ère des libertés modernes, les vivaces traditions d’amour de l’indépendance, affirmées par ces manifestations séculaires, dont l’origine remontait à l’octroi de nos plus vieilles franchises communales.
Dans l’élude de ce genre spécial de documents élaborés par les continuateurs de la manière architecturale de Rubens, la priorité de date nous fera
Confessionnaux de Grimberghen.
H. Verbruggen.
Sculptures diverses.
Cartouches du livre des ■< Marques d'honneur de la maison de Tassis » (1645).
Nicolas van der Horst.
Ordonnances architectoniques élevées à l’occasion de réjouissances religioso-civiles.
Prédilections persistantes des flamands pour ces sortes de spectacles.
HIST01RE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Entrée de Ferdinand d’Autriche à Garni.
Arcs de triomphe de Gaspard de Crayer , élève de Rubens.
(23 avril 1655.)
Valeur comparative de la Pompa introïtus d’Anvers et de V Introïtus triumplialis de Gand.
Caractères distinctifs des étoffâmes architectoniques de G. de Crayer et de T. van Thulden.
placer, d’abord, l’œuvre de l’un de ses plus célèbres et de ses plus féconds disciples. Gaspard de Crayer (1584-1669) peignil en effet, pour l’entrée de Ferdinand d’Autriche à Gand, une série d’arcs de triomphe qui constituent une sorte de pendant de la Pompa introïtus.
Les Joyeuses-Enlrées du Cardinal-Infant dans les cités de van Arteveld et de Rubens eurent lieu la même année à trois mois de distance (27 janvier, 25 avril 1635). Les éléments de ces festivités, préparés à l’avance, s’élaborèrent en même temps. Gaspard de Crayer eut-il connaissance des esquisses de Rubens; vint-il à Anvers consulter son ancien maître; visita-t-il l’atelier où van Thulden dirigeait un essaim de peintres chargés de brosser, grandeur d’exécution , les compositions de l’immortel Anversois? Nous n’en savons rien. Rapprochant cependant dans une étude attentive et sérieuse les planches de Y Introïtus triumplialis de Gand, de la Pompa introïtus d’Anvers, nous y retrouvons avec une incontestable évidence les motifs favoris de Galeas Alessi, objets de la prédilection particulière de Rubens. Bien plus, dans les compositions de Gaspar de Crayer on remarque une circonspection mal dissimulée dans le choix des étoffages. Ces compositions décoratives trahissent encore une évidente timidité résultant du peu d’habitude de l’artiste à manier les éléments architecturaux et à s’affranchir des règles ordinaires du style classique. Pour le prouver, il suffit de mettre en regard la facilité d’assimilation des ressources ornementales; les étoffages francs et prime-sauliers des vitraux de S,c-Gudule à Bruxelles, peints sur les carions de Théodore van Thulden. Ce dernier, décorateur-architecte d’une envergure bien autrement puissante que Gaspar de Crayer, possédait encore des connaissances spéciales qui lui permettaient de tenir compte de la possibilité de construction des thèmes les plus hardis et d’atteindre à celte vraisemblance positive qui distingue les décors des architectes de profession.
Dans Y Inlroïlus triumphi de Gand il y a plus de tableaux de chevalet que de peintures décoratives, plus de personnages que d’architecture et de groupes sculpturaux en trompe-l’œil. On peut facilement constater le contraire aux ordonnances vertigineuses de la Pompa introïtus. Les scènes se passent dans un milieu architectural qui semble vrai à force de précision technique; les tableaux sont inséparables de l’architecture, les personnages sortent réso-
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lûment des baies ou sonl vus en plafond. Pour conserver les mains des portraits colossaux de l'archiduc Albert et de l’infante Isabelle, au Musée de Bruxelles, n’a-l-il pas fallu enlever à l’étofïage architectural adjacent la partie supérieure de la balustrade? En faisant sortir ses personnages des arêtes du cadre architectural, Rubens donnait à ses décors tout le réalisme palpitant d’une construction matérielle.
Au chapitre sixième de ce livre nous avons analvsé la Pompa inlroïtus. Recueil des Ares de Le recueil des Arcs de triomphe de Gand porte pour titre : « Sereniss. prin- euseemréedeGand, » cipis Ferdinandi Hispaniarum infantis triomphalis inlroïtus in Flandriae i?„me,B?elnus<sJ1!i” » metropolim Gandavum, auclore Guilelmo Becano S. J. Antverpiae ex » officina Joannis Meursii, 1636. »
C’est un grand in-folio piano, très-soigné comme gravure et typographie.
Le texte latin, d’une recherche un peu pédante, est entremêlé de prose et de vers comme le commentaire de Gevarlius. Becanus, véritable lettré, versé à la fois dans la Bible et les poètes, fait à propos de ces décors un assez curieux mélange de sacré et de profane, tout à fait dans le goût du temps.
En souvenir de Virgile et d’Homère, ses auteurs favoris, il salue Ferdinand de cette dédicace bilingue empruntée aux héros de l’IIliade et en particulier au roi Agamemnon « pasteur des peuples. »
Tibi Ferdinande , nOIMENI AAQN.
La plus belle, au point de vue architectural, de toutes les ordonnances de Valeur de ces ordon-
1 1 nances : \’ Arcus Ca-
Gaspard de Crayer est, sans contredit, Y Arcus Carolinus [Laniorum Pegma) rolinusélevé à la gloire de Charles-Quint. Ce portique grandiose à trois arcades comportait deux faces d’architecture différente.
La façade principale rappelle à s’y méprendre le style Rubens, mais, comme nous venons de le dire, avec trop de peinture de chevalet et trop peu de raccourcis, de motifs ornementaux et de groupes en trompe-l'œil figurant des sculptures. Le couronnement d’un lyrisme médiocre ne réussit pas à réaliser l’idéal de ces triomphants fouillis pyramidaux qui servent d’amortissement aux apothéoses rubéniennqs. Par contre, De Crayer semble avoir dérobé une effluve de la verve de son maître pour dessiner les groupes
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
pleins de crânerie de Tritons armés de boucliers et montés sur des chevaux marins. La face postérieure striée de bossages est moins heureuse.
Les deux tableaux qui décoraient cet arc : François Ier remettant son épée à Pavie et Charles-Quint abordant à Tunis (Teneo te Africa!) longtemps conservés à la salle des États de Flandre, se voient aujourd’hui au Musée communal de Gand.
Arcs du Vieux Bourg. Nous aimons assez l’Arc du Vieux Bourg; l’influence déjà exercée depuis vingt ans par Rubens et les Jésuites y est accusée d’une façon remarquable. Ce décor architectural est précieux par sa date, car déjà on y sent poindre le style de la seconde période qui s’affirmera seulement trente années plus lard dans les compositions de Du Chastel, Mercx et Léon van Heil. Il ressemble un peu à YArcus Lusitaniens de la collection rubénienne. Dans cet arc décoré de pilastres doriques un tableau occupait la baie de l’arcade.
Voie triomphale bor- Entre l’Arc du Vieux Bourg et celui du Marché au Poisson, on admirait
dee de piédouchcs ;i ... ...
personnages vivants une décoration fort originale renouvelée d un emploi ingénieux et nouveau
F.van'd’Tvéïd?, irchi- des « personnaiges vifz » ordonné par l’architecte François van de Velde en 1549 à l’Entrée inaugurale du prince Philippe « des Hespaignes » comme comte de Flandre. Alors, en effet, depuis la Sint Jooris poort jusqu’au Princen Hof ou Kasteel ten Walle , points extrêmes du parcours du cortège, la voie triomphale était bordée de rabalrollen où l’antique devise gantoise Hou ende Trou [F ides cl amor), traduite dans tous les idiomes d’Europe se répétait alternativement avec des inscriptions lapidaires et des textes analogues à la cérémonie. Sous chacun de ces rabalrollen , reposant sur un baluslre formant piédouche, se trouvaient ménagés d’élégants petits sièges occupés par de toutes jeunes et jolies fillettes en costume fantaisiste, à la mode « grégeoise » ou « sarrazine », tenant d’une main un cierge allumé et de l'autre des guirlandes de fleurs artificielles, ornement luxueux dont l’Italie avait alors le monopole. Comme la voie triomphale était fort longue, plus d’un millier de jeunes Gantoises avaient dû être requises. Ce décor aussi gracieux que pittoresque obtint un si grand succès que nous le retrouvons quatre-vingt-six ans plus tard. Seulement on limita à vingt et un le nombre des sièges « fuselés » placés de chaque côté de la voie triomphale.
Nous avons raconté, au Chapitre VI , les vicissitudes étranges de la publi-
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calion de la Pompa introïtus. On sait que le recueil des Arcs de triomphe de Rubens, fruit de la collaboration de van Thulden et de Gevartius, faillit ne jamais paraître et ne vil finalement le jour qu’après la mort du Cardinal- Infant.
La Commune gantoise se montra moins avare et moins procédurière; le livre du Jésuite Becanus parut une année seulement après les fêtes, temps normal nécessaire à la gravure des quarante planches qui « fhistoriaient » et furent confiées à P. de Jode, C. Galle, J. Necfs, S. Stadius, A. van den Di •oes et J. van Schoon.
L’édition coûta près de dix-sepl mille francs de notre monnaie actuelle. M. P. van Duyse, archiviste communal de Garni, a publié dans les Annales de la Société des Beaux-Arts et de la Littérature de cette ville, une excellente notice sur le recueil des Arcs de triomphe peints par Gaspard de Crayer.
Abordons à présent un exemple appartenant à la première période de transformation du style patronné par Rubens et les Jésuites.
Au mois de juillet 1670, le chapitre de la collégiale de Slc-Gudule sollicita le concours du comte de Monterey, gouverneur général des Pays-Bas, au nom de l’Espagne et du magistrat de Bruxelles pour donner un éclat extraordinaire aux fêles du Jubilé trois fois séculaire du procès intenté à quelques juifs du chef d’hosties profanées au temps de la duchesse Jeanne, épouse de Wenceslas.
Des sommes d’argent considérables furent réunies et des commissaires désignés par les autorités ecclésiastiques et civiles se mirent immédiatement à l’œuvre et firent appel aux premiers artistes contemporains. L. van ïleil, J. P. Mercx, F. Du Chaste! dessinèrent les Arcs de triomphe; J. van Orley, J. van der Heyden, S. van Helmont et le vieux et glorieux Gaspard de Crayer lui-même peignirent les toiles qui devaient les enrichir.
Jacques Stroobant « In-ghesetenen borger der sladl Brussel, » comme il s’intitule non sans ostentation, publia à ce sujet chez Pieler van de Yelde « op den hoeck van de Munie in de Nieuwe Druckerije »,à l’occasion de ces fêles jubilaires un livre bien intéressant tout imprégné de parfum de terroir et d’originale bonhomie intitulé : Brusselsche eer-lriumphen.
Details relatifs à la publication de I lntroïtus triumphalis.
Première période de transformation.
Arcs du Jubilé de S,e- Gudule a Bruxelles.
ft670.'
Artistes collaborateurs L. van Heil \
J. P. Mercx j $ £
F. Du Chastel / ? — J. Van Orley rL j van der Heyden i "ô c- S.van Helmont ] <. —
G. de Crayer. /
Relation imprimée avec gravures rie Boutlats et texte de Jacques Stroobant. (1670.)
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Arcs de triomphe gravés par Bouttats.
Eau-forte originale de I)u Chaste!.
i H. de l'Empereur, t VieilleHalle au Blé Arcs Rue du Chêne.
\Rue des Fripiers, Architecte : Léon van Heil.
Arc près de l’Hôtel Macs par François du Chaslel.
Boultals l’a illustré de gravures sur cuivre représentant les divers Arcs de triomphe élevés à celte occasion. L’auteur, qui témoigne de beaucoup de lecture et de véritables sentiments patriotiques, relate d’abord toutes les Joyeuses Entrées, fêtes et tournois qu’avait vu célébrer sa ville natale, puis il donne, particulièrement détaillée, la relation de la cavalcade et des décorations organisées à l’occasion de ce jubilé. L’une des curiosités du livre est une planche à l’eau-forte — la seule que nous connaissions — du peintre bruxellois François Du Chastel, élève de David Teniers le Jeune.
Ce sont ces gravures d’Arcs de triomphe en style Rubens qu’il nous importe d’analyser au point de vue de la persistance des traditions italiennes et de leurs transformations successives.
Les Arcs élevés rue de l’Empereur, Place de la Vieille Halle-au-Blé, rue du Chêne près du Mannekenpiss ainsi que celui de la rue des Fripiers, tous de Léon van Ileil n’ont qu’une seule arche. L’arsenal des motifs familiers à l’école Ilalo-Flamande a été mis au pillage pour les varier.
La plus remarquable de ces compositions est l’Arc inventé, peint et gravé à l’eau-forte par François Du Chastel de Bruxelles (1625-1694), élève de L). Teniers le jeune; dressé au bas de la rue du Chêne près de l’Hôtel de messire J. B. Maes, seigneur de Steenkercke, Assesseur du Conseil des Finances du Roi.
L’exécution de cette planche est des plus remarquables : libre et pittoresque eau-forte, elle peut soutenir la comparaison avec les cuivres les mieux réussies de van Thulden. Les gravures de Boultals sont un peu sèches ; l’inspiration exclusivement rubénienne se reconnaît à première vue dans l’œuvre de F. Du Chastel, les compositions de Mercx et de van Heil semblent davantage des reflets éclectiques de l’ensemble des thèmes Italo-Flamands.
Le texte descriptif de Stroobant nous a tout particulièrement intéressé parce que cet irigeselene borger de Bruxelles, dans son avis au lecteur, déclare s’être adressé aux artistes mêmes pour rectifier sa terminologie dans la description des parties architecturales et décoratives des Arcs de triomphe.
« Soo daer hier en daer een vremt woort of twee », dit-il, « lusschen » bijden komt, dat de Nederduijdsche spraeck nict eijgentlijck aen gael, wij » zijn genoodlsaeckt gewecst, de selve in sulcker voegen le stellen, om dat
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» men die volgens de uijt-spellinge der Bouw-konst te beterzoude verstaen. » In de beschrijvinge der Segen Bogen, oft Arcken Triumphael, hebben wij » veel woorden gestelt, die de Konstenaers, uijt-vinders van de selve ons » hebben op-gegeven, om dat zij die van de Konst zijn, de stucken van het » werck le beter souden konnen door-gronden : soo aen d’een de plaeten te » kleijn schijnen, oft te slecht uîjtghevrocht, oft ici min oft meer bij gestelt » is, als hun soud’ duncken goet te zijn, dat zij hun le vrede houden met die » kennisse, datter noijt werck uijt-ghekommen is, oft den eenen oft den » anderen heefl daer altijdt ici weten teghen le segghen, hoe volmaeckt dat » de selve waren uijt-ghevrocht. »
Les deux groupes de termes en gaine figurent Jonathas échangeant une bourse contre le ciboire que lui apporte Jean de Louvain et ce dernier remettant le vase contenant les hosties profanées à Catherine en la menaçant du poignard, en vue de lui imposer un éternel secret, sont une évidente réminiscence des caryatides accouplées du Temple de Janus des Arcs de triomphe de Rubens.
La composition entière de Du Chastel est ce que nous connaissons de mieux réussi et de plus essentiellement rubénien parmi toutes les œuvres similaires. La pointe large et grasse de l’eau-forte de Du Chastel contribue à accentuer encore la ressemblance matérielle avec les planches de van Thulden.
Donnons avec son cachet de naïveté piquante la description que fait J. Stroobant de l’œuvre d’architecture décorative de l’élève de D. Teniers :
« Dese was van onder breedt dertigh voet, besluijtende op bijde
» kanlen de straet, en was hoogh ses en vijftigh voeten in aerdigh verheven » werck uijt-ghevrocht. Hebbende op elcken kant van de Poorlen twee Ter- » men, waer van de twee eerste uijt-beelden Jonathas met de Ciboric in de » handt, en Jan van Loven met het geldt. De andere een van de Joden de Ci- » horie over-Ieverende aen Catharina. Op de Plinte van dese Tcrmen slonden » dese woorden : «Pretium sanguinis est.» Ilet is den prijs van t’Bloedt. »
« De Middel-schilderij was gheslelt tusschen twee Cardoesen met uijt- » springende Consolen, rustende op een Ballustrade, die boven de Cornicen » slondt, op hebbende eenige Jodtsche slaeven. En dit middel-stuck beelden » uijt »
Analogie frappante des groupes de ternies employés par Du Chastel aveceeux du Temple de Janus de l' Entrée du Cardinal Infant par Rubens.
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Tableau de Du Chaslel au Musée de Gand. Inauguration de Charles Il (2 niai 1666).
Coproduit en neuffeui!
les par Luc Voslerinan, le jeune (1667)
Portique de la Canlersteen .
Portique du Parvis Str-Gudule.
Are de S'-Miclicl rue dite : V /'unie : .1 P.
Mere\, architecte.
Du Chaslel ne fit pas seulement des Arcs de triomphe, il fut encore l'historien fidèle de la physionomie caractéristique de nos Joyeuses-Enlrées à la fin du XVIIe siècle. Le Musée de Gand possède un fort remarquable tableau de plus de mille figures représentant la cavalcade et le décor pittoresque du Marché du Vendredi à Gand à l’Inauguration de Charles II (2 mai 1666), comme comte de Flandre.
En 1667 Luc Voslerman, le jeune, publia en neuf feuilles in-folio l’agencement de la cavalcade et le « Théâtre » de l’inauguration. Autour de celte reproduction extrêmement curieuse du tableau de Du Chaslel sont gravés en forme de bordure cent dix-sept portraits originaux de personnages du cortège. Le seul exemplaire, intact, connu de cette suite rarissime se voyait à Gand dans le cabinet de M. Goelghebuer.
Les deux portiques élevés par le magistrat de Bruxelles, derrière l’Hôtel de Ville, dessinés par J. P. Mercx, ingénieur et architecte du roi, comprenaient trois arcades. SI en était de même de l’Arc triomphal élevé près de l’église Saint-Nicolas. Les haies de ces monuments décoratifs étaient excessivement variées, un des Arcs de triomphe derrière l’Hôtel de Ville présentait une large baie à pans coupés, motif michelangesque qu’affectionnait particulièrement Rubens.
L’arc construit à la Canlersteen, devant la pompe banale, comportait deux arcades s’ouvrant aux côtés de la maison, isolée par deux impasses, qui existe encore aujourd’hui.
Un autel avec retable avait été élevé contre la façade intermédiaire; toute celle architecture appartenait à l’ordre dorique.
La disposition des lieux avait encore fait adopter une semblable ordonnance au bas du Parvis Sainle-Gudule. Les deux arcades donnaient accès, la première, vers la Montagne aux Herbes Potagères ( Warmoes-Bergli), et la seconde vers la rue des Vents ( Storm slraal ).
Gel arc était appuyé d’un côté à l’hôtel du comte de Grimberghe ; de l’autre à celui du Grand-Forestier de Brabant. Un Reposoir élevé sur trois marches occupait également la partie centrale.
Les deux compositions les plus importantes de celle série, au point de vue qui nous occupe, étaient, sans contredit, celles élevées par ordre du magistrat
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. Ul
aux deux extrémités de la rue dite Vrunle, derrière l’Hôtel de Ville. S’il faut s’en rapporter à la gravure et à la description de Slroobant, la première était surtout remarquable.
« Den eersten, zijnde dcn seslen van den wegh , staende voor aen als d, » boven gheteeckent, liadde in sijne breede vier-en-veertig voeten, hoogh » negentigh, liadde op sijne Pedeslaelen, schoone afstaende ghevronghen » witte marbere Colomnen van de ordre Composila met liare bassementen en » Capilielen vergult ende omrengelt met rancken van goude laurieren zijnde » den grondt met de drije lusschen-staende poorlen, waer van de middelste » was vijflhien voeten breedt, hoogh vijf-en-twintigh, ende de sijde poorlen » breedt vijf, ende thien voeten hoogh, in order van Ruslica met root en » swert marber. »
« Boven de middel poorle was eene Timpane, waer inné de vcr-
» beeldinghe van de middel schilderije, beschreven stont
» Dese Timpane liadde boven een frontispice waer op waren sil-
» tende de Rechtverdiglieijdt en den Peijs, houdende in bel midden van hun » de wapenen der stadt Brussele. Waer mede de eerste order van dese Arcke » verciert zijnde, begonst boven de archilraven, friesen ende cornissen, bel » Uveede deel van de architecture, bestaende in seer konslighe ende cier- » lijcke wercken als volghl. Op de cornissen slonden acht pilasters, in form » van Seraphinen, waer van twee van ieder zijde, bel middel sluck van de
» schilderije waren houdende, het welcke uijt-bcelde: Bezijden dese
» twee pilasters waren nog op ieder zijde eenen pilaster, met noch eenen » af-draghende ter zijden, hebbende in het midden eene schoone openinge » met liaer prospective van de hooghde van de middel schilderije; van » voren verciert met schoonen vergulden baluslraden
» Allen dese wercken seer aerdigh liaer de Konste uijgevoert ende
» geschildert, ende allen de gesneden en verheven wercken verguldt met de » architraven, frisen en cornisse van swert en wil marmer, hadden in ’t mid- » den boven de midden schilderije, een schoon Séraphins hoofl met sijn uijt- » hanghende sluijders : draghendc het frontispice. Waer in was een Quartelle,
» hebbende geschildert met vergulde lelteren : S. P. Q. R. Boven de welcke » geset was eene schoone doorluchtighe nissie, bedeckl met eenen coupple
isoription dejacques Slroobant.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
» oft rotonde, die op het opperste hadde de Famé, met hare Irompelten
» In het midden van dese rotonde was gesel den H. Michiel Aerlsch- » Enghel, patroon van dese stadt, die onder den coupple op een Quier hadde » dese bij-gheschrijvinghe woorden :
» Desen Aerlsch Enghel was vergeselschapt, bezijden de cornisse
» opuijtspringhende Gondolen, rustende op de vergulde balustraden, met de » twee Engelen Gabriel en Raphaël, houdende ieder in hun handt schoon » af-vlieghende vendels van wit couleur, met het sijffer oft lelteren van de » stadt Rrussel ; ende ter zijden quamen noch eenighe balustraden tusschen » hun piedestalen, op welcke leste stonden noch twee Enghelen met ghele » vendels met sijne ciraten van silver, ende den trianghel met drij Hostien. » Waer mede dese Arcke, genoemt de Arcke der Enghelen, in het top » besloten wirdt; zijnde soo om de verheven wercken als konsl van de vin- » dinghe en schilderinghe een, die de andere als de eersle en meeste le » boven gonck. »
Arc de Sle-Gudule près Si le premier de ces Arcs triomphaux, dédié à S'-Michel, pouvait s’ap-
la Fontaine bleue. m %
J.-P. Mercx, architecte. peler 1 "Arc des anges, comme le dit le texte, le second, élevé près de la Fontaine bleue et dédié à Ste-Gudu!e, pouvait s’appeler à bon droit Y Arc des vierges.
Nous avons donné avec toute la saveur de terminologie technique, originale et naïve du dialecte thiois, la description faite par Stroobant de ce premier Arc triomphal élevé aux frais du Magistrat de Bruxelles; nous traduirons librement quelques fragments descriptifs de son pendant dédié à Ste-Gudule, en nous aidant à cet effet du dessin de J.-P. Mercx, gravé par Boutlats.
L’ordre composite inférieur de cet Arc de triomphe avait pour ordonnance quatre pilastres blancs entablés d’azur, en avant-corps, accompagnés chacun de deux demi-pilastres dont les chapitaux, les bases et les moulures des panneaux étaient dorés.
Ces faisceaux de pilastres encadraient une porte centrale à pans coupés, avec chambranle en archivolte, entrecoupée de claveaux aux angles, reposant sur des consoles. Nous avons analysé plus haut ce motif familier à Michel-Ange, Alessi et Rubens. Cette porte était accompagnée de deux
petites baies circulaires offrant au-dessus de leurs clés de voûte un beau cartouche ou cuir (guar telle , quier ).
L’espace laissé libre entre les bandeaux et l’astragale inférieur des chapiteaux des pilastres était orné de bustes Çgesneden borst-sluckeii) , peints en trompe-l’œil et se détachant sur un fond à ciel ouvert.
L’architrave et la corniche de l’entablement de cet ordre étaient enrichies de moulures d’or bruni; la frise où se jouaient des « méandres arlistement conduits », traités en bas-relief, était également rehaussée d’or.
L’ordonnance supérieure, ou attique, comportait, au centre, un grand tableau ayant trait à la légende des Hosties profanées; cette peinture était soutenue d’un plantureux encadrement.
Des deux côtés du tableau central, se voyaient quatre pilastres formant trumeaux. Ils étaient peints d’un ton d’azur sur lequel se détachait en trompel’œil les personnifications des quatre vertus cardinales : la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance.
L’espace compris entre deux de ces pilastres-panneaux était historié d’une belle perspective représentant — à travers une arcade à pans coupés dans le genre de la baie principale — une voûte en berceau, très-ornée, terminée par une abside en cul-de-four d’un pittoresque et excellent effet.
Cet attique était couronné d’un entablement complet relevé de dorures et portant au centre sur un riche cartel les sigles : S. P. O. B.
Toute l’ordonnance qui précède, était cantonnée latéralement, au rez-dechaussée, par une espèce d’arc-boutant surmonté d’un cône de pin; à l’attique, par un enroulement voluté d’où s’échappaient des festons.
Au-dessus de cet entablement supérieur, dont les pilastres placés au centre portaient les abouts d’un fronton tronqué à volutes terminales rachetant la doucine, s’élevait une rotonde surmontée d’une coupole polygonale enrichie d’œils-de-bœuf, dont le périmètre reposait sur une ordonnance trapue de colonnes corinthiennes lisses.
Au centre de cette rotonde resplendissait la Patronne de Bruxelles, « la noble Vierge Gudule issue de la race des Pépin », tenant une lanterne allumée et accompagnée du diable pourvu du traditionnel soufflet.
Le fond de cette rotonde, en niche, était étoffé d’enroulements dont les
Hi
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
volules terminales supportaient des pols-à-feu. Au droit des acrolères extrêmes se dressaient des torchères aux formes tourmentées. Sur les abouts du fronton rompu étaient agenouillés des anges tenant des oriflammes. Un soleil irradiant, triangle symbolique des Hosties, servait d’amortissement au dôme de la coupole qui abritait Sle-Gudule.
Tel était Y Arc des vierges : il formait pendant à celui des Anges au sujet duquel nous avons donné quelques curieux extraits du texte flamand de Jacques Stroobanl.
La cavalcade religieuse et les chars qui y figurèrent furent dignes de la valeur artistique des Arcs de triomphe. La cérémonie fut favorisée par un temps splendide : sous les ombrages séculaires du Parc, les étudiants des collèges des Jésuites et des Dominicains, richement costumés, attendaient le passage du cortège pour y prendre leur rang.
Les Arcs de triomphe du Jubilé de 1670 nous offrent un témoignage irrécusable de la persistance des motifs rubéniens dans l’art architectural des Pays-Bas chez tous les artistes; car, ne l’oublions pas, Mcrcx et Van Heil étaient des architectes; De Crayer, élève de Rubens, et Du Chastel, élève de David Teniers, étaient, avant tout, peintres de profession.
Arcs de triomphe du Le Musée de Malines conserve l’esquisse d’un Arc de triomphe construit
Jubilé de S'-Rombaut f *
à Matines. pour |es fêtes du Jubilé de SMtombaul en 1680. Dressé devant le bâti-
Daniel Janssens, J. <ie i
Homes^ j^de Hondi. ment c|es j[a||eSj j| mesure 28 mètres de haut sur 34,25 de large.
Il fut exécuté par Daniel Janssens, né à Malines en 1636, y décédé en
Peintre d’histoire et architecte, Daniel Janssens fut secondé dans celte besogne par Jacques de Hornes et Jean de Hondl. Ces artistes élaborèrent encore ensemble les sept autres Arcs de triomphe. Aux côtés latéraux de l'arc des Halles était joint deux portiques dont l’un rue de Beffer, l’autre rue derrière les Halles. Cette grande composition d’architecture décorative serait vraiment digne d’éloges n’était une certaine lourdeur générale que ne rachètent pas toujours les pittoresques fioritures borrominiennes. L’œuvre de Janssens méritait cependant d’être mentionnée à son tour.
Valeur de la décoration ^ # (
arei.itoci.irMe» Voyons à présent ce qu’était devenue la décoration architecturale à Anvers
vers cinquante ans J l l
aprosj, r,,,,,]," j e ,n j s j èc| G après l’entrée du Cardinal-Infant.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. 445
En 1685, on célébra dans la métropole du commerce et des arts, des fêles splendides, organisées à l’occasion du centième anniversaire du rétablissement du gouvernement espagnol et du culte catholique après la victoire du prince de Parme. On éleva à ce propos des Arcs de triomphe, des Théâtres à personnages; on construisit des Chars et un Ommeganck superbe parcourut les rues. Tout cela nous est connu, grâce à un petit in-folio dédié à Messire Gérard de Knijff, abbé de S'-Michel, dont le texte est de P. -F. de Smedt. Les cuivres de Boutlals sont gravés d’après les compositions de H. van der Bruggen, J.-B. Bovaert et de l’architecte J. -B. de Wrée. Le livre fut imprimé chez Jérôme Verdussen le jeune « op de Oude Coremerl in de Guide Tes » .
Presque tous ces Arcs de triomphe sont de H. van der Bruggen. Le Triomf slaeck avec ses eaux jaillissantes placé devant l’Hôtel de Ville, rappelant le motif principal du Char de Calloo ( Laurea Calloami) de Rubens, avait été ordonné par J.-B. Bovaert de même que le riche Reposoir élevé plaee de Meir. L’arc de la rue Kipdorp, proche l’église S-Jacques, avec ses quatre fontaines et ses personnifications de l’Escaut et de Neptune avait été dessiné par AI a es.
Le Portique érigé sur le Meir par les Jésuites formait la composition architecturale la plus remarquable. Celle de toutes ces compositions qui se rattachait le plus aux Arcs de triomphe du Jubilé de Bruxelles de 1670, avait été érigée par les PP. Augustins, au coin de la Schry nwerkers siraat.
La plus importante de ces décorations avait été exécutée aux frais du Prélat de S'-Michel, Messire de Knijff; elle avait 55 pieds de longueur cl offrait neuf arcades en portique. Celte décoration avait été faite sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste de Wrée. Nous estimons que les motifs dominants se trouvent un peu perdus par l’abus des guirlandes et festons de verdure et que l’on avait mis un peu trop d’ostentation â faire montre des nombreux lauriers empotés qui faisaient l’ornement des parterres « compartimentés » du jardin de l'abbaye.
L’élude attentive des décors architectoniques de la fêle jubilaire célébrée â Anvers, en 1685, nous permet de constater qu’à celte date les traditions
Fêle commémorai ive delavictoireduprince de Parme à Anvers (168S).
Relation de P. F. de Smedl avec gravures de Bouttats d’après les compositions de H. Van den Bruggen , J.-B. Bovart,
J.-B. de Wrée.
Triom f slaeck de F Hôtel de Ville rappelant le motif du Laurea Calloana de Rubens.
Portique érigé sur le Meir par les Jésuites.
Arc de triomphe des PP. Augustins.
Portique devant l’Abbaye de S’-Michel :
J.-B. de Wrée, arch itecte.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Théâtre de l'Inauguration de Philippe V à Bruxelles.
Architecte : J. Laboureur (1702).
Nos provinces passent à la maison d’Autriche : Paix d’Utrecht (I I avril 1715).
T ri bu ne de T Inauguration de l’Empereur Charles VI, à Bruxelles Architecte :
.1. Laboureur ( I 1 octobre 1717).
loyolites patronnées par Rubens était encore si vivaces en Belgique, qu’à part l’influence italienne, nulle mode étrangère n’avail pu déterminer nos artistes à se distraire de la voie tracée par le maître d’Anvers.
Nous allons retrouver ces traditions, rajeunies par la propagation des œuvres du frère Pozzo, s’étaler pleines de sève et de verdeur en 1702, 1717, 1720, 1735 et même en 1744.
J. Laboureur ordonna pour l’Inauguration de Philippe V, comme duc de Brabant à Bruxelles, le 21 février 1702, un grand « théâtre » d’ordre dorique dont les initiales offrent invariablement le chiffre couronné du roi d’Espagne.
Ce « théâtre » fut élevé dans la « cour des Bailles » devant le Palais et ce fut le marquis de Bedmar et d’Assentar, commandant (sic) général des Pays-Bas qui reçut le serment d’obéissance et de fidélité des trois Étals et fit au nom de S. M. le serment d'observer les privilèges de la Joycusc-Enlrèe. Le fond était entièrement tendu de tapisseries de haute lisse à personnages. Les cartouches, torchères et balustrades rappellent tout à fait le style des maisons de la Grand’PIace. J. Laboureur, architecte et ingénieur topographe, qui construisit quinze ans plus tard le Théâtre élevé lors de l’Inauguration de Charles VI, est connu par un plan de Bruxelles en deux feuilles, gravé, en 1696, par J. Ilarrewyn « demeurant près les Chartreux ».
Cette grande planche, dédiée à l’Électeur de Bavière Maximilien Emmanuel élaborée en collaboration de J. van der Baren; tous deux s’intitulaient : « Mathesios sludiosi ».
Onze ans plus tard (11 avril 1713), les Pays-Bas passaient à la maison d’Autriche en vertu de la paix d’Utrecht.
Le 11 octobre 1717, l’Empereur Charles VI fut intronisé solennellement dans toutes nos villes.
Jacques Ilarrcwijn, élève de ce Romain de Ilooghe auquel nous sommes redevables des curieuses et importantes planches des fêles célébrées à Bruxelles à l’occasion de la prise de Bude, le 2 septembre 1686, nous a également conservé l’ordonnance, inspirée des compositions de Rubens, dessinée « ad vivum » du « Théâtre » élevé sur les plans de J. Laboureur, à l’occasion de celte solennité inaugurale.
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
Nous y retrouvons le Palmier du Laurea Calloana , les colonnes d’Hercule de Pieter Coeke, plus un fier et victorieux chronogramme :
fortIter ConstanterqUe VInCenDVM
accompagnés de noms illustrés par des combats récents: Turin, Belgrade, Saragosse, Barcelone, Temeswar, Malplaket (sic). Sanglants et inutiles lauriers pour nos malheureuses provinces !
La gravure de Harrewijn, criblée d’emblèmes, symboles, devises, chronogrammes et anagrammes nous prouve qu’en dépit des variations des gouvernements, des styles et des modes, le goût de nos ancêtres pour ces futiles jeux d’esprit n’avait pas diminué depuis la fin du XVe siècle. Le motif principal du grand arc était une Croix rayonnante entourée de ces mots : Crux esto sales, anagramme de Carolus Sextus.
Un document des plus intéressants à consulter pour établir la persistance et la vitalité des traditions loyoliles^t de l’influence rubénienne, c’est aussi la grande et rare estampe gravée par Jean-Baptiste Berterham, de l’immense « tribune » élevée à Garni pour l'Inauguration de Charles YI, comme comte de Flandre, par l'architecte Jacob Colin.
Dessinée d’après nature et étoffée par C. Eyckens, l’Inauguration de Charles YI, imprimée à Gand, chez Augustin Graet, mesure 0,80 X 0,85, elle porte l’inscription suivante :
« Représentation de la cérémonie solennelle de l’Inauguration de Sa » Majesté Impériale et Catholique, Charles VI, empereur des Romains et III » du nom roi des Espagnes comme Comte de Flandre, célébré au Grand » théâtre dressé sur la Place du Yendredy, en la ville de Gand, capitale de la » province, le 18 octobre 1717. »
Au premier aspect, n’étaient les hautes perruques des spectateurs, les vastes tricornes des dragons et les colbacks caractéristiques des grenadiers autrichiens, on serait tenté de croire que l’on a devant les yeux une des grandes compositions de Rubens, gravées par van Thulden.
Celte tribune royale, ou « théâtre », s’élevait sur une terrasse à balustrades dont l’accès était ménagé par un perron disposé en éventail.
Mode persistante des symboles, devises, chronogrammes et anagrammes.
Tribune élevée à Gand pour l'Inauguration de Charles VI.
Architecte: JacobColin (1717).
Planche commémorative, dessinéed’après nature, par C Eyckens, et gravée par .1. B. Berterham.
Particularités architecturales et physionomie typique de la Tribune de Jacob Colin.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Le motif d’appui était formé de C majuscules entrelacés, allusion au chiffre de l’Empereur, alternant avec des baluslres de forme Rubens. Les socles répondant à chacun des massifs de pilastres des arcades placées en retrait, étaient surmontés de lions accroupis, tenant d’une griffe les bannières de Bruges et de Gand et s’appuyant de l’autre sur un cartel armorié aux écus respectifs de ces deux chefs-villes du Comté de Flandre.
Au-dessus de celte terrasse, plus élevée de trois degrés, se dressait le corps de l’édifice magistralement ordonné.
La Tribune impériale se composait d’une grande arcade centrale avec archivolte et impostes, accompagnée de chaque côté de trois arcades plus petites dont les retombées portaient sur des consoles à la manière du Portique à pans coupés de l’Arc de S'e-Gudule de J.-P. Mercx décrit plus haut. II se terminait à chaque extrémité par deux arcades diagonales semblables en retour d’équerre.
oge impériale du La Loge centrale était formée d’une double ordonnance; les arcades
centre.
extrêmes ne comportaient qu’un seul étage couronné d amortissements.
L’ordre d’architecture qui caractérisait celte Tribune, comportait des détails fantaisistes assez judicieux.
Comme aux colonnes de S'-Chaiies Borromée à Vienne, ordonnées par Fischer von Erlach, le vieux , les volutes étaient remplacées par les ailes éployées et contournées de quatre aigles de l’empire, tenant en leurs serres le globe traditionnel placé sur l’astragale. Vu en masse, ce chapiteau conservait l’apparence corinthienne.
La différence de hauteur de l’arcade centrale avec les arcades secondaires était rachetée par un panneau entablé, enrichi d’un cartouche où l’aigle impériale était encore adroitement employée comme thème ornemental.
Sous celle arcade s’élevait un trône surmonté d’un dais royal en Baldaquin ; le portrait du nouveau Comte de Flandre, dans un riche encadrement étoffait le fond de la Loge.
La frise du grand ordre composite était enrichie d’une série de médaillons où se voyaient retracés les portraits de tous les Comtes de Flandre, depuis le fabuleux Lijderiek de Buck, jusqu’au père de Marie-Thérèse.
Les ordonnances centrales et latérales portent des frontons dont les tym-
pans sont ornés de cartouches, de coquilles, ou de branches enlacées de laurier et de chêne. Sur le rampant s’accroupissent des groupes d’esclaves retenus en captivité par un aigle assurant les chaînes dont ils sont chargés, roslro cl unguibus.
Aux deux côtés de l’acrotère, à plomb sur les demi-colonnes engagées traçant l’arcade centrale, se trouvent deux figures allégoriques à la scène qui se déroule.
L’atlique qui surmonte celte arcade centrale porte un portrait colossal de Charles VI revêtu des insignes impériaux, auquel le clergé, la noblesse et le tiers état viennent prêter serment de fidélité.
Dans le tympan semi-circulaire du fronton surmontant cet altique, est placé l'écusson au lion héraldique de Flandre, ayant pour tenants deux lions, au naturel. Un enroulement, voluté dont le chapiteau offre sur le tailloir une tête d’aigle, cantonne celte ordonnance et sert d’appui à des nymphes portant des oriflammes. Une immense aigle impériale, au double chef nimbé, portant en plastron les armoiries pleines d’Autriche-Habsbourg et tenant en ses serres des faisceaux d’oritlammes déployées, terminait pittoresquement celle vaste composition décorative.
Les deux parties latérales sont surmontées d’une manière de piédouche affectant la forme d’un chapiteau ionique sur plan quadrangulaire. Au-dessus de cet amortissement : un aigle enserre l’écu au lion de Flandre. Des oriflammes, des trophées, des cartouches et des figures allégoriques, accompagnaient ce motif saillant.
Les parties latérales sont reliées à la composition principale et aux pavillons extrêmes par une balustrade d’une grande richesse. Des trophées d’armes turques, têtes coupées à turban; timbales; tambours; hampes à croissants; longues touffes de crin de cheval (insignes de la dignité des pachas) en occupent les socles. Dans les endroits les plus rapprochés du pavillon central se voient les figures allégoriques de la Justice et de la Prudence et les statues des empereurs Charles-Quinl et Charles VI. Des baluslres, très-ornés, remplissent les intervalles. Un second rang de socles intermédiaires sont enrichis d’armoiries et surmontés d’oriflammes aux insignes du Saint Empire romain.
Toute celte composition, qui fait honneur à l’architecte Jacob Colin,
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Col lège de la Joyeuse- Entrée de Charles VI. Tableau de J.
van Volxum au Musée de Gand (1717).
Jubilé de S,c-Gudule à Bruxelles. Arcs de triomphe par Richard van Orlev.
Relation de P. de Caf.
ineijer ( 1720).
rappelle d’une façon frappante l’Arc de triomphe du portique de la place de Meir, imaginé par Rubens. Imité par Léon van Heil à celui placé au Cantersleen à Bruxelles, lors du Jubilé de 1670, il le fut une dernière fois par Jean-Baptiste Thibaut à l’Arc de la Poissonnerie de la même ville en 1735.
Les types des balustres, cartouches, enroulements volulés; la disposition des ressauts de l’ordre architectural et mille autres détails qui n’échappent aucunement à l’observateur attentif, prouvent que Collin avait spécialement étudié l’œuvre de Rubens et que les traditions de sa manière étaient encore assez suivies pour qu’il ail su rencontrer à sa portée des peintres et des sculpteurs capables de réaliser son idée.
On voit au musée de Gand un tableau de Jean van Volxum (1679-1732) représentant le cortège de la Joyeuse-Entrée de l’Empereur Charles VI à Gand, le 18 octobre 1717.
La Loge de l’Inauguration de l’Empereur Charles VI marque la seconde étape de transformation du décoratif rubénien. Il nous reste à étudier la troisième.
En 1720, on célébra à Bruxelles avec la pompe accoutumée le Jubilé de trois cent cinquante ans du procès des Juifs. Les apprêts furent splendides et l’église Sainle-Gudule se vil gratifiée à celle occasion de vingt tableaux peints par les meilleurs artistes qui (lotissaient alors à Bruxelles. Ces toiles des derniers jours de l’école de Rubens existent encore aujourd’hui, démodées sans conteste, mais dédaignées à tort.
Pierre de Cafmeijer, prêtre et chanoine de l’église collégiale des SS. Michel et Gudule, publia, en langue flamande, l’année même du Jubilé, l’« Hoogh- » weirdighe historié van bel alder-Heylighsle Sacrament van Mirakel, etc. » TotBrussel by Georgius de Backer, Bocckdrucker ende Boeckvercooper, » in de dry Morianen, in de Berghl-Strael. » Le même libraire en publia simultanément une traduction française.
On trouve dans le curieux album du bon chanoine de Sainte-Gudule, des gravures, la plupart de Jacques Ilarrewijn, représentant les tableaux ainsi que les Arcs de triomphe qu’on éleva dans les rues.
Les Arcs de triomphe furent dessinés par Richard van Orley aidé de quelques artistes dont les noms sont restés inconnus. A part les compositions de
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-RAS
van Orley où se remarque encore distinctement le si vie des vieux maîtres, une certaine décadence et des tendances étrangères commencent à se faire jour. Elles ne se montreront toutefois bien distinctement que dans le recueil de 1735 et le « théâtre » de 1744 dont nous parlerons plus loin. Dans ce dernier l’influence viennoise apparaît indiscutablement.
Nous remarquerons avant tout parmi les gravures du recueil de Cafmeijer l’Arc de triomphe placé devant l’église des Jésuites : il mesurait cent pieds de large sur cent trente de haut. Les traditions de Rubens et du Frère Pozzo s’y épanouissent à l’aise et ce décor n’eût pas été indigne de figurer en regard des grandes machines théâtrales qui servaient de « Reposoirs » durant les prières de quarante heures célébrées à Rome au Grand Gesu.
Nous avons dit plus haut que quelques dessins d’arcs de triomphe du jubilé de 1720 accusaient une certaine dégénérescence; cela est vrai surtout pour l’édicule élevé autour de la fontaine de la Steenpoort.
Citons comme émanations persistantes des écoles Loyolite et Rubénienne, légèrement modifiées toutefois par l’influence du frère Pozzo et l’introduction des motifs de l’architecture viennoise :
L’arc de la Ccintersleen , d’ordre dorique.
L’arc placé vis-à-vis de la rue des Grands-Carmes.
L’arc construit aux frais du magistrat de Bruxelles derrière l’Hôtel de Ville, proche les « Dry espen », composition grandiose d’ordre corinthien sur soubassement.
L’arc élevé près la Fontaine-Bleue, également aux frais du magistrat, celui placé près du Poids de la ville et celui qui fut dressé non loin de l’église Sl-NicoIas. Tous trois conçus d’après les mêmes données esthétiques.
Lare très-remarquable, construit rue des « Vieux-Variers », devant le frontispice du refuge de l’abbaye de Grimberghen, par acte et aux frais d’Augustin van Eeckhout, prélat de cette abbaye. Cet arc nous montre déjà l’introduction indéniable d’éléments familiers à Fisher von Erlach et à F. von Hohenberg.
N’oublions pas la coûteuse rotonde, absolument profane dans ses attributs, dressée par le Conseil de Brabant sur la plaine de la Chancellerie, et décorée du portrait de l’Empereur Charles VI.
Arc de triomphe devant l'église des Jésuites.
Édicule de la Sleenponrt.
Portiques divers :
Influence de Pozzo et de l’architecture viennoise.
Rotonde dressée aux frais du Conseil de Brabant.
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Les van Orley nu XVIIIe siècle.
Compositions décoratives étoffées d’architecture (Cartons «le Tapisseries de Richard van Orley IO'jT. 1752 .
Histoire de Téléinuque.
Accordons encore une mention à l’arc d’ordre corinthien placé rue Fosséaux-Loups; à celui d’ordre dorique, que l’on remarquait près de l’église des Dominicains et finalement à celui qu’on avait dressé devant la chapelle du comte de Salazar.
Ajoutons en terminant que le portique de la place de Meir imaginé par Rubens avait été imité à la Poissonnerie, sa disposition semi-circulaire allait de l’une à l’autre extrémité.
La cavalcade du jubilé de 1720 fut d’une richesse surprenante. Par extraordinaire, bien qu’elle eût été organisée par les Jésuites, elle resta biblique et historique et ne fut qu’accidenlellement mythologique.
Les détails concernant la splendeur des costumes de celte cavalcade valent la peine d’être lus. La soie, les velours unis et ciselés, les dentelles, le brocard, les draps d’or et d’argent, les perles fines et les diamants mêmes, avaient été prodigués. Les riches costumes du fameux carrousel donné par Louis XIV, qui ont été conservés par la gravure, peuvent seuls nous en fournir une juste idée.
Le nom de van Orley est tombé bien souvent de notre plume dans ce travail. Il resta en effet en évidence à Bruxelles, à travers les siècles, depuis que l’illustre Bernard l’immortalisa.
Richard van Orley descendait directement du peintre de Marguerite d’Autriche. Il possédait, par indivis, avec son frère Jean, peintre aussi, né le 4 janvier 1665, de remarquables tableaux de Bernard et la série complète de ses dessins. Un malheureux hasard amena la destruction de ces richesses lors de l’incendie occasionné par le bombardement de Villeroy.
Né en 1663, Richard, fils de Pierre van Orley, peintre de paysages, fut élève d’un de ses oncles, religieux Récollet et lui-même peintre recommandable. Richard dessinait de préférence en petit, excellait dans la miniature et pratiquait avec supériorité le lavis à l’encre de Chine.
Nous avons eu l’occasion de voir, il y a quelque temps, exposés en vente publique à Bruxelles une suite de quatre-vingt-six dessins de l'Histoire de Télémaque par Richard van Orley.
Nous avons rarement rencontré d’aussi brillants étolïages comme décoration architecturale et perspective pittoresque.
SUR L’A RC H IT ECTU R E DANS LES PAYS-RAS
Il fil encore soixanle-huit dessins sous ce litre : « Développement de la Puissance romaine ». Bernard Picard resla huit jours entiers à les examiner et témoigna un grand empressement à les graver.
Berlerham, qui reproduisit le dessin de Jacob Colin dont nous avons parlé plus haut, grava d’après notre artiste le Pontifical romain et V Histoire de Joseph. Richard van Orley a gravé lui-même quantité d’eaux-fortes parmi lesquelles de brillantes suites de compositions décoratives employées pour les tapisseries de haute- lisse; il collabora aussi au recueil d’Augustin Coppens : « Perspective des ruines de la ville de Bruxelles (1695) ».
Richard van Orley, çle même que son frère Jean qui composa également pour les tapissiers de Bruxelles de nombreux et excellents cartons, ne se maria jamais. Richard mourut le 6 juin 1732, Jean le 22 février 1735. Ces deux artistes, bons gentilshommes, jouissaient d’une fortune assez élevée, laquelle passa à leur neveu le peintre Maximilien de Haese (*J* 1787).
Arrivons à présent à une époque postérieure : la décadence va encore plus énergiquement s’accentuer.
Quinze ans après les fêtes précédentes vint le Jubilé commémoratif de la translation des Hosties profanées. Nous en trouvons le récit illustré dans un in-4° portant pour lilre : « Suite de la vénérable histoire du Très-Saint » Sacrement de Miracles, etc., à Bruxelles, chez Gilles Slryckwart, Charles » de Vos et Nicolas Stryckwart, libraires. 1735. »
Une afiluence extraordinaire d’étrangers se vit à Bruxelles pendant les fêtes jubilaires. Une magnifique cavalcade sortit deux fois, à quinze jours d’intervalle; on multiplia dans les rues les Arcs de triomphe et les décorations architecturales en trompe-l’œil.
La plupart de ces compositions furent dessinées par l'architecte Jean- Baptiste Thibaut et gravées par Iïarrewijn et Kraft.
Les Arcs de triomphe de Thibaut sont curieux à étudier; on y sent poindre à la fois le Zopfslil viennois de Fisher von Erlach et le Rococo parisien d’Oppenord, mais ils offrent trop d’affinités avec le style loyolitc pour ne pas se rattacher encore à la filiation des formes rubenesques.
Comme pureté relative de style italo-flamand, signalons Tare dressé près de l’église S'-Nicolas, celui de la chaussée de Flandre et principalement
Développement de la puissance romaine.
Pontifical Romain.
Histoire de Joseph.
R. van Orlev collabore au recueil : Perspectives des ruines de Bruxelles, par A.
Coppens ( 16P5).
Cartons de Tapisseries étoffés d’architecture de J. van Orley ( 1050-1755).
Jubilé commémoratif de la Translation des Hosliesà Ste-Gudule (1733b
Arcs de triomphe de J.-B. Thibaut.
Symptômes accusés de Zopfslil.
Arcs de l’église S'-Nicolas, de la Chaussée de Flandre, des « Intendants du Rivage. »
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
celui en style Rubens de la deuxième période, élevé par les « Intendants du Rivage » .
Pièce capitale il u Jubilé Venons à l’œuvre capitale du Jubilé de 1735.
dt* 1735: ## ^
Arc de triomphe érigé jean van cler Heijden, dont nous avons déjà parlé, architecte et peintre
aux frais de 1 abbaye J ° 1 ' 1
(1er h eljdèn'l peintre bruxellois, d’origine anversoise, prouva que l’héritage sacré des traditions rubéniennes comptait encore de dignes dépositaires, un siècle après la Joyeuse-Enlrée du Cardinal-Infant.
Le prévôt et les religieux de la célèbre abbaye d’Alïligem chargèrent van der Heijden de peindre un grand Arc de triomphe qui devait être placé près du pont sur la Senne dans l’angle de la place du Samedi.
Valeur de cetle com- Gravée par Kraft, la remarquable composition de cet arrière-petit-fils de
position décorative.
Rubens, moins le prestige de la couleur, est heureusement parvenue jusqu’à nous. Nous ne sommes pas fâché de pouvoir donner ici la curieuse description de ce morceau due au continuateur anonyme de Cafmeijer. On pourra se convaincre par le texte qui va suivre, que ce n’étaient pas encore celte fois les arcs à la mode viennoise moderne, qui eurent le privilège de captiver particulièrement l’attention du public. La façon dont les différents membres de l’architecture sont désignés et décrits est intéressante à relever en passant:
« Cet arc de triomphe, qui peut passer pour un chef-d’œuvre et qui a été » le plus beau et le mieux exécuté de tous ceux qui ont jamais été posés en » pareille occasion, est inventé et peint par Jean van der Heijden, peintre et » architecte natif de Bruxelles ; les belles colorites (sic) entremêlées d’un or » brillant , jointes à une parfaite architecture, faisaient un effet merveilleux » à cet ouvrage. »
« La base était de l’ordre Dorique embelli de tous ses ornements : au » milieu il y avoit un portique en forme de niche garnie de verdure, dans » laquelle éloit représentée la Foi, peinte en bosse, et coloriée de marbre » blanc; de part et d’autre regnoient deux prospectifs colorés, en forme de » profils, dont les ornements éloienl exécutés en marbre blanc. »
« Sur la niche du milieu reposoit un limpan sous lequel volligeoit un » cartel portant les armoiries de la dite abbaye avec ses ornements, supporté » de trois génies avec toutes les marques d’honneur de la dignité eccléssia-
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. 455
» tique, crosses, mitres, etc. Sur le limpan regnoil une balustrade avec quatre » piédestaux sur lesquels etoient représentés debout, à droite, saint Pierre et » saint Paul, patrons de l’église; à gauche saint Benoît et sainte Scholas- » tique, fondateurs de l’ordre : ces figures étoient peintes en marbre blanc. » « L’ordre Dorique éloit surmonté de composite représentant un temple » coloré d’azur, au milieu duquel il y avoit une perspective, dans laquelle » reposoit l’Arche d’alliance accompagnée de Moïse et d’Aaron revêtus de » leurs habits pontificaux.
« Tous les ornements de cet ordre composite, tant chapiteaux que base- » ments, de l’Arche d’alliance étoient exécutés en or massif ce qui produisoit » un éclat magnifique, reluisant sur les pilastres peints en azur. »
» Aux côtés du couronnement on remarquoit deux petites pyramides sur » lesquelles il y avoit plusieurs génies portant des cartouches. »
« Devant l’arc étoient posés quatre vases taillés en pierre dans
» lesquels on jettoit, continuellement de l’encens sur les braises tandis que la » procession passoit, dont la fumée causoit une vue agréable par la reper- » cussion de l’or et l’heureux mélange de couleurs, qui faisoit un effet » merveilleux. »
L’œuvre de Jean van der Ileijden fut le chant du cygne de l’école architecturale née du souffle rubénien. Le sublime maître d’Anvers inspira une dernière fois une effluve de son génie à un artiste qui, comme lui, réunissait les facultés spéciales de Zeuxis et de Vitruve.
Cette composition semble plus encore appartenir au XVIIe siècle qu’au XVIIIe : van der Ileijden fut le dernier de la nombreuse et brillante pléiade d’artistes qui traversent le firmament de l’Arc flamand en météores lumineux et qu’à juste titre l’on a droit d’appeler la Lignée de Rubens.
Dans toutes les décorations de nos fêtes publiques civiles ou religieuses célébrées au XVIIe et au XVIIIe siècle, les Jésuites se distinguèrent constamment d’une façon spéciale. Champions déclarés des idées italiennes, ils ne dédaignaient aucun moyen utile pour les faire pénétrer davantage dans les masses. C’est ainsi qn’ils firent réimprimer à Bruxelles en langue flamande et française les œuvres de leur célèbre peintre, décorateur et architecte, le frère André Pozzo.
Il constitue un dernier exemple remarquable du style rubénien .
Influence des Jésuites sur le caractère et l’éclat de nos réjouissances nationales aux XVIIe et XV! IIe siè clés.
Opinion mal fondée attribuant aux Jésuites l’introduction dans les fêtes publiques aux Pays-Bas de sujets tirés de la mythologie classique au détriment des traditions nationales.
Us contribuèrent à toutes nos grandes manifestations patriotiques et populaires. Leurs élèves, nobles et bourgeois, payaient de leur personne et de leur argent, déclamant en costume héroïque, des dithyrambes latins, grecs, parfois hébreux et sanscrits aux Princes et aux Gouverneurs généraux qui faisaient leur entrée triomphale. Non-seulement ils figuraient dans les cavalcades, mais encore ils donnaient des représentations théâtrales publiques aux grands jours des distributions de prix et des promotions académiques.
Les richesses, l’influence, les goûts artistiques et la bonne volonté intelligente des Jésuites flamands, ont puissamment favorisé l’essor de la grande Ecole anversoise du XVIIe siècle. C’est assurément le mieux acquis et le plus incontesté de leurs titres de gloire.
À ce propos nous croyons devoir rectifier une opinion hasardeuse avancée autrefois par M. le docteur Coremans et partagée par quelques auteurs.
Parlant de l’Ommeganck du 21 mai 1051 qui fut accompagné par les élèves du collège des Jésuites de Bruxelles, cet écrivain attribue à ces derniers l’introduction des cortèges soit mythologiques, soit tirés de l’histoire de la Grèce et de Rome, « au détriment non-seulement de l’histoire et des » traditions nationales, mais de l’intérêt même de l’Institut de Loyola. »
Cet Ommeganck ( dont nous trouvons la relation dans les Brusselsche Eer- Triumphen de Slroobanl « In-ghesetenen Borger » et infatigable narrateur des « ioyeuses entrées, nopces et ripailles » princières) eut lieu à l’occasion du Voghelscheut de l’archiduc Léopold-Guillaume. Invité le 23 avril 1 G5 1 au tir des S. Jooris Gulden, on sait (pie ce prince renouvela l’exploit de l’infante Isabelle en abattant le « maîlre-papegay » placé sur le campanile de Notre-Dame au Sablon.
L’épisode d’Isabelle peint par À. Sallaert se trouve au Musée de Bruxelles. Nous avons vu au premier étage de la Galerie du Belvédère à Vienne un tableau de David Teniers, le jeune, peint en 1052, véritable chef-d’œuvre, représentant les confrères du Serment de l’arbalète félicitant l’archiduc Léopold de son adresse aux acclamations d’une foule énorme.
Le prince ayant témoigné le désir de voir la sortie de l’Ommeganck, on fixa celle fête populaire au 21 mai suivant. À celle occasion Léopold rhabilla « De (joccle manncn van ivelker Gulden met roode saltijn broec-
SUR L’ARCHITECTURE HAAS LES PAYS-BAS
» ken , ?cv7/e ivambaijssen, wille siverle en roode pluijmen op den hoet, » bandclier en kaussen van t’selve couleur. »
L’Ommeganck de 1651 fui organisé par les élèves du collège des Jésuiles sous l’inspiration de leurs professeurs. Il caractérise parfaitement, dit i\I. Coremans, l’esprit qui régnait dans ces établissements. « On y abandonnait entiè- » renient les anciennes traditions du pays, comme trop peu classiques sans » doute, pour en appeler aux dieux de la mythologie grecque et romaine, » qui pouvait offrir quelqu’altrait à des étudiants, mais qui, pour les masses » populaires, n’en avait aucun. »
« La mode du grec et du romain devait être alors totalement irrésistible, » puisqu’elle entraînait même l’ordre des Jésuiles dans une voie qui Yéfoi- » gnait du peuple sur lequel il devait s’appuyer pour fortifier son influence » sur les classes supérieures, déjà vivement attaquée à cette époque. »
Nous avons impartialement transcrit les observations de 31. Coremans. Cela fait, nous prenons la liberté grande d’affirmer ici, nous appuyant du reste sur tout ce qui est développé en son lieu dans ce livre, que nous sommes d’un avis absolument opposé.
Bien avant qu’Inigo de Loyola instituât sa milice, et qu’elle s’introduisît chez nous sous le couvert des deux Farnèse et du roi Philippe U qui s’en déclarèrent ouvertement les Mécène et admirent ses membres à leur Cour, les Schimptooneclen , Hekelspelen , mystères, sotties, motets, bergereltes avaient amplement familiarisé les masses avec les personnages de l’antiquité fabuleuse.
Sans remonter au moyen âge, les Liggeren de la Cible anversoise de saint Luc, publiées par MM. Rombouts et van Lerius rapportent le fait caractéristique suivant, à l’année 1494 :
« Item, in ’tselve jaer quam âlaximilianus , als Roms coninck, binnen » Anlwerpen met Philips , synen sone, onsen prinse, daer groote triumphe » van vieren ende persongien ghedaen worl , onder welke deze Regerders » eene heerlyke liguer stelden op le merct van Venus, Juno en Pallas, etc. » Au chapitre troisième de cet ouvrage nous constations qu’en 1515, des « gorgias eschaflaulz » montraient aux Brugeois ébahis, flamands authentiques et catholiques orthodoxes, sous prétexte de Joyeuse-Enlrée : « Pean, » dieu de nature, nud et cornu; Salurnes et Sibeles sa femme; Ceres des
Persistance traditionnelle du goût des flamands pour les sujets et les allégories du paganisme du XVe au XVIII0 siècle.
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» fruilz ayant en sa dextre froment; Mars dieu des batailles; Jupiter et » Dame de richesse sa ieune compagne. »
Si l’on voit Jason , Méléagre et Penthésilée dans le cortège de 1651, l’on vil : « Alexandre le Grant sur Bucifal ; Perséus à l’escu de cristal, Herclès » portant une pomme d’or laquelle il conquist iadis en Aphricque et Ulixes »> avec tout le liarnas d’Achieles » dans celui de 1515.
Quant au héros de ce cortège, au jeune Charles d’Autriche, ce n’est point à un membre de la milice céleste ou à un guerrier de la Légende dorée (pie Remy du Puys le compare ; il ne croit pouvoir mieux louer le futur Empereur des deux mondes qu’en écrivant ces lignes étranges : « il » (Charles d’Auslriche) sembloil mieux à vérité dire ung Apollo ou ung Mer- • » cure que ung corps humain entre ses princes. » En 1549, quand Coucke ordonnait les Pancten et les décors de l’Entrée de Philippe H, la Compagnie de Jésus était à peine instituée.
Que l’on veuille bien se rappeler les gravures et les dessins de Luca d’OIanda et les écrits du philosophe de Rotterdam et l’on verra que nos pères s’étalent assimilé étroitement ces allégories mythologiques et « s’en gaudissoient et s’en delectoient, » sans arrière-pensée avec une « liesse » naïve.
Le triomphe des Dieux, en douze pièces; l’IIisloire de Vénus et Vulcain, en quatre pièces, tissés par François Geubcls de Bruxelles d’après les gravures de Manlegna s’étalaient superbement aux grands jours de fête dans l’église de Ste-Gudule. Les comptes de la fabrique de 1528 nous apprennent qu’on dut consacrer une certaine somme à faire rassarcir les tapis de Y Histoire de Troyes qui avaient été déchirés et dont « on avait coutume de tendre le chœur ».
Ce ne fut qu’en 1539 que messire Jean du Blioul, seigneur du Sart, s’avisa de faire don à la chapelle du S'-Sacrement que Pierre van Wyenhoven venait de terminer, de tentures ayant pour sujet le Poignardement des hosties et le Supplice des juifs.
En offrant en spectacle à leurs compatriotes des scènes de l’antiquité fabuleuse, les Jésuites flamands ne faisaient que continuer des tendances qui dataient de loin, et s’étaient tout particulièrement développées à l’époque de la Renaissance. Anligon, Rrabon, Gayant et nos légendaires géants ne tiennent-ils pas incontestablement leur origine des mythologiques Titans?
Quand Charles -Quint, dédaignant les nobles quartiers du blason des armoiries « pleines » de Castille-Aragon, adoptait pour devise : plus oultre et pour symbole les Colonnes d’HercuIe; la révolution n’était plus à faire et le « classicisme » avait triomphé.
D’ailleurs aux Pays-Bas le peuple avait été initié de temps immémorial aux fables mythologiques par les représentations scéniques des Redderykkers qui poussaient l’amour de la couleur locale jusqu’à introduire en scène, « remonstrance de personnaiges vifz » : les grâces, nymphes, faunesses et dryades « lottes nues ». Nos ancêtres montrèrent toujours une véritable âpreté à jouir de ces spectacles dont les étranges interprètes étaient accoutrés « de si vielle fachon questoit chose nouvelle et très ioyeuse a veoir » dit Remy du Puys.
Pour ce qui regarde le culte des anciennes coutumes traditionnelles des Pays-Bas, on devait professer bien peu de dédain à leur égard dans les collèges de la Compagnie de Jésus du XVIIe et du XVIIIe siècle, car presque tous les Jubilé feeslen, Blyden inkomsten, Huldingen, Ommegancken et fêles nationales quelconques durent à la présence des élèves et à la collaboration des maîtres un notable surcroît de lustre.
Au fond, l’Olympe antique se voyait d’autant plus facilement accepté chez nous que ses fables gracieuses servaient de prétexte à plus de splendeur décorative. Dans des contrées véritablement artistiques comme nos anciennes dixsept provinces, l’appoint mythologique devait plutôt contribuer à maintenir ces vieilles institutions locales qu’à les faire tomber en désuétude. Qui viendra dire qu’aux Pays-Bas l’engouement pour les cavalcades n’était point une passion nationale ?
Ce furent les Jésuites qui maintinrent jusqu’au delà de la seconde moitié du XVIIIe siècle les traditions rubéniennes en continuant à s’inspirer des modèles italiens que la publication aux Pays-Bas des œuvres du frère Pozzo vint encore raffermir au moment même où l’influence de la cour de Vienne et de la manière de Fischer von Erlach allaient détrôner le style rubénien.
Après la suppression de l’Ordre, notre clergé séculier, imprégné de jansénisme et qui n’avait cessé de professer une antipathie mal déguisée sous le couvert de controverses théologiques à l’égard des disciples de Loyola, délaissa l’architecture traditionnelle de Rome pour adopter le style en faveur
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Richesse des abbayes cl des fabriquesd’eglise des Pays-Bas au XVIIIe siecle.
Régné de l’Empereur Charles VI. Influence de la Cour de Vienne sur l’art architectural dans nos provinces.
Coup d’œil sur l'architecture à Vienne au commencement du XVI lie siècle.
à la cour de Vienne. Les relations, chaque jour plus nombreuses avec la capitale de l’Empirej non moins que les prédilections du Gouverneur général et de la noblesse des Pays-Bas, l’avaient fait connaître et la recommandaient naturellement aux prédilections du clergé.
La plupart de nos établissements religieux et de nos fabriques d’église possédaient au XVIIIe siècle de grandes richesses. Les importants revenus des abbés, les grosses prébendes des chanoines servirent à introduire dans nos temples les formes du style « Rocaille », dont les licences inouïes devaient, pendant vingt ans, affoler l’Europe entière.
A l’époque ou van Orley et van der Heijden élaborèrent les décorations dont nous avons parlé tantôt, ils étaient tous deux avancés en âge. Pour suivre l’impulsion partie deVienne, centre de la « mode et du bon ton », leurs élèves adoptèrent ces nouvelles formes. Comme elles n’étaient pas nées de notre esprit artistique national, l’on vit baisser rapidement le niveau de la valeur d’œuvres architecturales et décoratives dont l’esthétique était essentiellement étrangère à nos traditions, à nos mœurs et à nos instincts coloristes.
Nous avons vu, plus haut, qu’en vertu de la paix d’Utrecbt, signée le 11 avril 1713, la Maison d’Autriche obtint les Pays-Bas sur le pied que Charles II les avait possédés par le traité de Rijswick.
Deux ans plus tard, le 15 novembre, après l’échange des ratifications de la désastreuse Convention de la Barrière conclue à Anvers, le marquis de Prié, tristement célèbre par le meurtre juridique du doyen Anneessens, au nom de l’Empereur Charles VI, prit possession des Pays-Bas.
Le 11 octobre 1717, le nouveau souverain fut inauguré à Bruxelles, more anliquo, duc de Lothier, de Brabant et de Limbourg sur un « théâtre » élevé dans l’intérieur « des Bailles ».
Dès lors, Vienne et sa Cour impériale commencèrent à exercer une profonde influence sur les ci-devant Pays-Bas espagnols. La société, et par conséquent l’architecture et les arts qui en dépendent, ne lardèrent pas à se transformer; Bruxelles se germanisa, tomba au rang de satellite et fut bientôt entraînée dans l’orbite de la capitale de l’Empire.
Il importe, poursuivre ce mouvement de transformation, de jeter un regard rapide sur l’état de l’art architectural â Vienne au commencement du XVIIIe siècle.
SUR [/ARCHITECTURE DANS LES PAYS-RAS
La renaissance n’avait guère pu se développer dans ce « boulevard de la Chrétienté » en Europe. Durant plus de deux siècles, raltention des Empereurs s’élail concentrée presque uniquement sur les meilleurs systèmes de fortifications destinées à contenir les incursions toujours menaçantes des Ottomans.
Quand le « fléau des Turcs » eut été conjuré et que tout danger ultérieur sembla disparu, on songea seulement à embellir Vienne.
Nous avons vu au commencement de ce chapitre Léopold Ier réclamer le frère Pozzo du général des Jésuites à Rome comme sujet de l’Empire et le frère se rendre à l’appel de l’Empereur, malgré son âge avancé et acquérir bientôt à Vienne une renommée dont nos architectes subirent l’impression. Les règnes de Joseph Ier et de Charles VI ouvrirent une ère de prospérité à l’art architectural. Les Jésuites avaient commencé à transformer, sous la direction de Pozzo, les églises de Vienne. Quand le prince Eugène de Savoie qui se piquait de dilettantisme architectural et reçut du comte Daun les première statues découvertes à Herculanum, voulut se construire un palais, le vieux frère était mort, mais il rencontra à point deux architectes d’un incontestable mérite: Jolian von Hildebrand, Johan Bernhard Fischer von Erlach.
Vienne vit successivement s’élever sur les plans de ce dernier: l’église de S'-Charles Borromée, chef-d’œuvre du genre, avec son dôme elliptique et ses deux colonnes monumentales (imitées de celle du Forum de Trajan ) aux riches spirales de bas-reliefs dus au ciseau de Cari Mader (1716-1737) et l’église S'-Pierre à la coupole immense (1702-1756). L’Empereur Léopold Ier lui confia la réédification du château de Schônbrunn (1696-1728) rasé par les Turcs en 1683; on sait que cette résidence d’été de la Cour impériale fut complétée par Valmagini et Pacossi, sous Marie-Thérèse, en 174-4. Il fut également l’architecte des écuries impériales de la Winlerreit schule (1725); de la Bibliothèque de la Cour, Josefplalz (1725); de la Chancellerie impériale (1725); enfin de la Chancellerie austro-bohème de la Cour (aujourd’hui Ministère de l’Intérieur (1716).
Josef Emanuel Fischer von Erlach, fils de Johan, éleva à Vienne des édifices d’un goût nouveau s’éloignant à la fois de Borromini et de Maderno pour se rattacher par Andréas Schluter, l’architecte du Schloss de Berlin
Le jésuite Pozzo appelé par Léopold Ior:
ses conslruct ions.
Dilettantisme architectural du prince Eugène: Johan von H il dehrand et Jolian Pernhard Fischer von Erlach
Principaux édifices élevés par ce dernier architecte.
Josef Emanuel Fischer von Erlach ' (ils) :
ses innovations.
A. E. Marti nell i .
Johan Lucas von Hildebrand .
Recueil des résidences du prince Eugène publié à Augsbourg (1701).
F. von Hohenberg.
« Glorietle » de Sclionbrunn 1775).
Le Zopfstil ou lincail/e introduit aux Pays- Has par l’influence viennoise.
(1699-1 706), à Paul Decker, son élève, et surtout à Balthazar Neumann, véritable père du Zopfstil allemand.
Parmi ces constructions, plaçons d’abord l’ancien Valais du Prince Eugène (Ministère actuel des Finances) (1723), dont l’escalier est vraiment grandiose; le palais du prince Trautson occupé depuis par la Garde hongroise (I 720-1730); celui du marquis de Rofrano (depuis von Auersperg) (1724); celui enfin au Rennweg (en collaboration avec Ilildebrand) commencé pour le prince von Mansfeld-Fondi et achevé après la mort de ce seigneur aux frais du prince Adam von Schwartzemberg (1706-1725).
Les deux Fischer von Erlaeh comptèrent de leur temps des rivaux et des imitateurs qui réussirent à se faire un nom. A. E. Marlinelli conduisit les travaux de l’église S'-Charles pour Fischer et éleva le palais du prince von Lichtenstein sur VA Iscrgrund (1701-1712).
Johan Lucas von Ilildebrand fit pour Eugène de Savoie le palais d’été du Belvédère joint au pavillon d’Ambras; il sert aujourd’hui de Musée public (1693-1724). Les « Résidences mémorables de l’incomparable Héros de » notre siècle ou représentation exacte des édifices et jardins d’Eugène » François, duc de Savoye et de Piémont » forment un superbe ouvrage imprimé à Augsbourg en 1701.
Ilildebrand éleva encore la Maison de Majorai des princes de Lichtenstein ( 1 694) la plus somptueuse des demeures seigneuriales de l’époque et le palais du comte Daun (aujourd’hui Kinsky) sur la Freiungplalz (1710). Nous avons admiré naguère l’intelligente restauration moderne de la riche décoration de sa façade. Enfin F. von Hohenberg donna les plans du palais du comte Fries sur la Josef/ilatz, dont les caryatides colossales sont dues au ciseau de Zauner ; c’est la résidence actuelle du marquis Fallavicini. F. von Hohenberg est surtout connu par la fameuse « glorietle », la ruine romaine et l’obélisque (1775-1780), construits sur ses plans dans les jardins de Schonbrunn. L’architecte fut secondé pour les sculptures par Henrici, Hagenauer et Zacherl.
Le style Rubens proclamé par les Jésuites fut définitivement délaissé et le goût rocaille s’implanta aux Pays-Bas bien plus grâce à la mode de la Cour de Vienne patronnant la manière architecturale d’André Sclduter, de Paul
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
Decker, des deux Fischer, de Hohenberg, d’Hildebrand et de Marlinelli que par l’influence des œuvres françaises contemporaines élaborées par Oppenord, Antoine Carpentier, les deux Cuvilliés, Germain Boffrand, Blondel et Servandoni. L’hôtel du président Roose à Anvers, élevé en 1743 par Jean-Pierre van Bauerscheit, le jeune (1699-1763), et les maisons ordonnées par Guillaume Kerricx procèdent incontestablement de l’école d’architecture viennoise.
Les Jésuites, d’ailleurs, avaient cessé de bâtir; l’heure fatale de la suppression approchait pour cet ordre célèbre. Désormais l’impulsion partira de Vienne et nos architectes s’inspireront du livre des « Edifices d’Eugène de Savoie ». Appelés par le prince Charles de Lorraine, Folte éleva la Nouvelle Cour sur les plans curvilignes, convexes ou concaves, préférés de Fischer von Erlach; Zinner traça le Parc d’après le type des jardins de Schônbrunn ordonnés par Hohenberg. S’il reste à la vieille Gilde anversoise de S'-Luc un Verhaghe digne encore de tenir le pinceau de Rubens, Marie-Thérèse l’attirera à Vienne avec le brevet de premier peintre de la Cour impériale.
L’art italien de la Renaissance s’affirma pour la première fois aux Pays- Bas avec les décorations éphémères improvisées à Anvers, en 1495, pour la Joyeuse-Entrée de Maximilien, et à Bruges, en 1517, pour l’Intronisation de Charles d’Autriche.
La dernière œuvre inspirée des grandes traditions italo-rubéniennes s’élabora dans une circonstance analogue : l’Inauguration solennelle de Marie- Thérèse comme comtesse de Flandre le 27 avril 1744.
Le « Théâtre d’architecture » ordonné par David T’Kint, le vieux, (f 14 juillet 1770) destiné à encadrer une cérémonie chère à nos ancêtres parce qu’elle leur rappelait de vieux privilèges, gages de libertés communales, conquis autrefois au prix d’efforts sanglants, avait été élevé sur le Vrijdagmarlcl, au même endroit où l’on vit, vingt-sept ans auparavant, se dresser la Tribune d’apparat et la Joyeuse-Entrée de Charles VI.
Frans Pilsen (1686-1770), peintre et graveur gantois, élève de Robert van Audenaerde, qui résida six ans en Italie, nous a laissé de celte fêle publique une planche in-plano (0,80x0,85), qui forme pendant à la gravure de J. -B. Berlerham représentant la « Cérémonie solennelle de l’inauguration » de Charles VI, le 18 octobre 1717.
Hôlel Roose à Anvers, architecte : J P. van Bauerscheit (1745).
Maisonsdu Zopfstil par G. Kerricx à Anvers.
Tribune de l'Inauitu- ■ ration de Marie Thérèse à Gand (174-1).
Architecte : David T’Kint, le vieux.
Ct 1770.)
Gravure in-plano de la cérémonie par F rans Pilsen.
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Élu Je comparative des Tribunes elevées par Jacob Collin (1717) et David T Kint 17 U).
Influences viennoises.
Cartouchesdu Zopfstil.
Il est intéressant d’établir une étude comparative de la manière architecturale de Jacques Colin avec celle de David T’Kinl qui s’évertuèrent sur un canevas identique, à un quart de siècle de distance. En 1717, l’école rubénienne et ses traditions est absolument debout ; l’on ne remarque aucune différence essentielle entre les motifs de Mercx , van Heil ou Du Chaslel et ceux qu’employa Colin quarante-sept ans plus tard. Par contre, de 1717 à 1744, l’influence viennoise, les nouveautés de la capitale autrichienne et l’engouement du clergé et de la noblesse pour le style mis à la mode par Fischer von Erlach avaient ébranlé, sinon converti, nos artistes. Le style nouveau ne commence à s’affirmer nettement que dans les décorations officielles où les mandataires impériaux aimaient à retrouver les motifs du Belvédère et de Schônbrunn, objets de leur admiration.
Dans l’ordonnance de Colin, les cartouches loyolitcs sont prodigués; dans celle deT’Kint, ils ont disparu presque totalement et si l’on retrouve l’un ou l’autre « rari liantes » aux tympans des frontons circulaires, ce sera quelque pastiche de ces cartels boiteux, profondément refouillés de rocailles impossibles, pareils à ceux dont les vignettes de Habermann et de Nilson nous offrent de nombreux exemples. Le Zopfstil encadrera encore de ses contours « tarabiscotés » et mal définis, le grand tableau allégorique où Marie-Thérèse reçoit l’hommage des Provinces belgiques.
A côté de cette décadence et de ce mauvais goût des détails, constatons, par rapport aux masses, une certaine affectation de retour vers la simplicité pleine de grandeur de l’architecture gréco-romaine.
Les pilastres, à chapiteau spécial, témoignant de l’imagination de Colin, ont été remplacés par des colonnes lisses corinthiennes, dont les corbeilles d’acanthe sont, par parenthèse, d’un mauvais galbe parfait. David T’Kint a appris l’architecture d’un rubénien de la dernière heure, de Jacques Colin peut-être; à coup sûr il demeure encore attaché par certains côtés aux traditions loyolites : la masse du « Théâtre » de 1744 en fait foi. Mais, l’école était arrivée à son déclin et le prince Charles de Lorraine, en appelant le viennois Folle à l’honneur de construire le nouveau palais de la Cour, termina sa longue agonie.
Heureusement qu’en ce temps-là de Wez commençait l’Abbaye d’Orval.
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David T’Kinl occupa, au dire de van Vaernewijck, de 1755 au 14 juillet 1770, date de son décès, le poste d’architecte de la ville de Gand (Bestuurder der werken) ; et fut l’auteur des changements effectués à l’église Saint-Jacques. Peu de temps avant sa mort, il fut nommé directeur de l’Académie de dessin, fondée parle peintre Louis Marissal, un rubénien et un patriote qui tenta de galvaniser la Gilde de S-Luc expirante en ouvrant une école libre aux artistes tout disposés à s’affranchir de la discipline séculaire des Corporations.
Ces deux planches constituent de plus, par les étoiïages de figures du premier plan, de précieux renseignements pour l’histoire de nos costumes nationaux dans la première moitié du XVIIIe siècle.
Louis T’Kint, fils de David, également architecte, fut l’auteur de la reconstruction de la colonne de Charles-Quinl, élevée en 1600, au Marché du Vendredi, à l’occasion de l’inauguration d’Albert et d’Isabelle. Ce monument de 50 pieds de liant, construit en i 775 et dont le fût monolithe en pierre bleue pesait 32,375 livres, fut renversé par les Sans-Culottes en I 792. Louis T’Kint occupa depuis 1771 le poste de directeur de l’Académie I. R. gantoise, fondée par octroi de Marie-Thérèse en 1770, qui remplaça l’école à la prospérité de laquelle Marissal s’était dévoué toute sa vie. L’établissement aux Pays-Bas de ces institutions avaient, on le sait, été provoquées par le fameux mémoire d’André Lens au prince Charles de Lorraine (1769).
Les premières années du règne de la fille de Charles VI virent la décadence rapide de l’école rubénienne. Elle jeta un dernier éclat, dans les ordonnances décoratives de van der Heijden et même de David T’Kint, en dépit des chicorées de Fischer von Erlach qui transparaissent et détrôneront bientôt le plantureux cartouche italo- flamand.
On vit dès lors aussi des étrangers exercer chez nous le noble art de Vitruve.
Depuis 1714, la Lombardie était échue à la maison d’Autriche. En l’année 1 751 , Gaëtan-Mathieu Pizzoni, architecte milanais protégé de la Cour de Vienne, éleva la magnifique cathédrale de S^Aubin, à Namur. Cet édifice, tout italien, construit en petit granité ou pierre bleue se distingue par l’élégante coupole décorée de pilastres corinthiens qui s’élève à l’intersection du transsept.
Carrière architecturale de David T'Kint. Il devient directeur de l’Académie à Gand fondée par Louis Marissal.
Colonne du Marché du Vendredi à Gand reeonstruileon 1775.
Architecte : Louis
'I ’Kint fils.
Louis T'Kint, premier directeur de l’Académie I. K. I ondée a Gand par Marie- Thérèse ( 1770).
Constructions élevées aux Pays-Bas par des architectes étrangers.
Cathédrale de S1- Aubin à Namur (1751 67).
Architecte : Gaétan- Mathieu Pizzoni né à Milan).
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
Catafalque des obsèques del’lmpératrice Marie - Christine à S,e-Gudule ( t7.it).
Le chevalier Nicolas Servandoni (ne à Florence) 1095-1739).
Vient à Bruxelles à la suite du Maréchal de Saxe (1740).
Constructions élevées par cet architecte durant son séjour à Bruxelles.
Hôtels d’Arenberg et d’Ursel. Château de S' Josse-tcn Noode.
Château de Haeren , près Vilvorde (Servandoni d’ilannetaire, fi Is naturel du Chevalier).
Entièrement terminée en 1767, l’église de S1- Aubin est une œuvre architecturale réussie, sobre et d’excellent goût. On s’aperçoit que Pizzoni était de l’école du chevalier Piermarini da Foligno et de Giocondo Albertolli, l'architecte de la villa de Monza et du palais archiducal de Milan.
Pizzoni ordonna la même année qu’il commençait S'- Aubin, le catafalque érigé dans l’église collégiale de S,e-Gudule à Bruxelles pour les obsèques de l’impératrice Marie-Christine. L’ordonnance de ce Rogus rappelle le style consacré des compositions romaines de Ciro Ferri. Celle décoration funèbre fut commandée à l’artiste par le prince Charles de Lorraine; c’est ce que nous apprend la dédicace d’une grande planche in-plano gravée sur cuivre par S. Calloir en date du 11 mars 1751. Ce graveur, élève de Jacques Harrewijn, d’après le Guide Fidèle publié par J. Moris, demeurait à Ixclles en 1761.
Le plus connu des architectes italiens qui élevèrent des constructions aux Pays-Bas à cette éqoque, fut le chevalier Nicolas Servandoni, né à Florence en 1695, reçu à l’Académie de Paris comme paysagiste. Décorateur sans égal des fêtes données en 1739 à l’occasion du mariage d’Elisabeth de France avec Don Philippe, infant d’Espagne, il fut aussi l’architecte du portail de S^SuIpice (1755), le plus sérieux effort réalisé et le plus grand effet obtenu en dehors de l’art ogival pour une façade d’église catholique. On sait que Servandoni vint aux Pays-Bas à la suite du maréchal de Saxe.
Après la capitulation de Bruxelles (25 février 1746), le maréchal prit son logement à l’hôtel du marquis de Chasleleer, entre les deux Sablons. La ville dut meubler cet hôtel sur un plan de Servandoni transmis au magistrat par le vainqueur. On jugera de sa somptuosité par ce seul fait que glaces et tapisseries coûtèrent 40,000 florins.
Pendant son séjour à Bruxelles, Servandoni érigea les hôtels des ducs d’Arenberg et d’Ursel. Il fournit encore les plans du château de ce dernier seigneur à Enghien. On conserve aux Archives du royaume un projet de cet artiste célèbre pour l’agrandissement du château que les ducs d’Ursel possédaient alors â Saint-Josse-Icn-Noode.
Le Guide Fidèle nous apprend encore que M. Servandoni d’Hannelaire, neveu supposé, mais en réalité fils naturel du chevalier et qui fut
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS
directeur du théâtre de Bruxelles, avait acheté de la famille van Languendonck la seigneurie de Haeren, près Vilvorde. « Elle appartient aujourd’hui » dit Moris, « à M. Servandoni d’Hannetaire qui semble se disposer à en » faire une des plus jolies maisons de plaisance des environs, tant par les » ouvrages et les embellissements qu’il y fait faire journellement , que par le » bon goût avec lequel tout y est ordonné sur les dessins du chevalier » Servandoni, son oncle, célèbre dans l’Europe pour l’architecture, la peinture » et les décorations. »
Gabi, architecte français, construisit, en 1714, l’église de l’Abbaye de Saint- Ghislain, aujourd’hui détruite. L’église paroissiale de Pâturages fut élevée sur un plan identique en 1753. Les bâtiments claustraux de l’Abbave de Sf-Ghislain furent pourtant élevés sur les plans de Claude de Bettignies , de Mons; en 1729, Dubressi, autre architecte montais, construisit les deux pavillons regardant l’entrée principale.
Quand l’électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière eut l’envie d’une Maison de chasse, à Boitsfort, il s’adressa à l’architecte français Germain Boffrand (1667-1754). L’auteur des splendides résidences de Cramayel en Brie et de Haroué en Lorraine devint plus tard, par sa protection, architecte du prince-évêque de Wurtzbourg et construisit pour ce dernier, en 1724, le palais épiscopal qui passe pour son chef-d’œuvre.
On sait qu’à la suite de l’incendie de l’ancien Palais Ducal, à Bruxelles, advenu le 4 février 1731, le prince Charles de Lorraine acheta l’hôtel de Nassau de la princesse douairière d’Orange, et en fit sa résidence. Quand la reconstruction de la «Cour brûlée» fut abandonnée faute de fonds et que le prince Charles se fut décidé a reconstruire l’Hôtel de Nassau , il appela l’architecte viennois Polte (alias Faulte). Ce fut cet artiste qui ordonna les bâtiments du Nouveau Palais (Musée royal de peinture actuel) et la Chapelle de la Cour, aujourd’hui Temple protestant (1760). Zinner, autre viennois, traça le Parc sur le modèle de YAugarlen ou de Schônbrunn.
Notre décadence architecturale touchait pourtant à sa fin.
Un hasard fortuit venait d’occasionner la découverte des cités campaniennes d’Herculanum (1717-1737), Pompeïa (1748) et Stabies détruites par le Vésuve en l’an 79. L’antiquité apparut tout à coup vivante à l’Europe étonnée après une léthargie de dix-sept siècles.
Église de l’Abbaye de S'-Gliislain. Architecte : Gabi (français) ( 1714).
Maison de Chasse de Boilsforl. Architecte:
Bofirand (français) ( 1667-1754).
Nouveau Palais des Gouverneurs généraux à Bruxelles.
Chapelle de la Cour architecte : Folle
(viennois) ( 1760).
Parc. Architecte :
Zinner (viennois)
Découverte d’Herculanum, Pourpeia et Stabies (1757-1748).
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE, etc.
Ecrits de Winckelman (1762-64).
Période de transformation du style architectural, Laurent Benoit de Wez.
Ses principaux édifices.
Renaissance architecturale aux Pays- Bas : Payen l aine, Fisco , Montoyer , (iuimard , Wincqz , Malfeson, etc.
Le quartier du Parc à Bruxelles.
Les écrits de Winckelman (1762-64) sont là pour témoigner de la sensation profonde que celte résurrection occasionna dans le monde savant, artiste et lettré.
Le Zopfslil et ses rocailles furent définitivement démodés dès l’instant où la marquise de Pompadour écrivit à Marie-Thérèse qu’elle venait de charger Soufflot, Cochin et l’abbé Le Blanc d’accompagner à Rome, pour l’initier aux beautés classiques, le marquis de Marigny, son frère, futur Surintendant général des bâtiments, jardins, arts et manufactures du Roi de France.
L’année même où Folte élevait la Chapelle du Nouveau palais des Gouverneurs généraux, Laurent-Benoît de Wez — Charles de Lorraine ne l’employa jamais aux travaux de l’Etat — jetait les fondations des splendides bâtiments de l’Abbaye d’Orval et l’abbé de Feller écrivait dans son Itinéraire : « il est aisé de voir que ce sera la plus belle Abbaye du monde».
Architecte de génie, de Wez osa, le premier, régénérer l’école flamande en la retrempant à la source italienne par l’élude de l’antiquité et du siècle de Léon X et affirmer celte résurrection par un chef-d’œuvre.
De 1762 à 1773, les églises d’Andenne, de Kessel-Loo et d’Harlebeke; les bâtiments abbatiaux : églises, palais, monastères, de Gembloux, Florival, Valduc, Floreffe, Afflighem , Ylierbeek, Bonne-Espèrancc, Heylissem et de S'-Martin à Tournai, s’élevèrent à l’envi sur ses plans : la voie était désormais frayée.
Rivaux de Laurent de Wez, l’on vit à la fois Payen l’aîné , Fisco, Malfeson, Wincqz et surtout Montoyer et Barnabé Guimard contribuer à la gloire de celte nouvelle ère architecturale où fut créée, comme par enchantement, l’harmonieuse série d’édifices longeant le Parc de Bruxelles; conception grandiose dont le Palais du Conseil souverain de Brabant, avec son superbe fronton dù au ciseau de Godecharle, constitue la note prépondérante.