Histoire de l'Inquisition au moyen âge
Mais il faut que les souvenirs restent, que tant de malheurs, de souffrances, ne soient jamais perdus pour V expérience des hommes.
Il faut que la première, la plus sainte de nos libertés, la liberté religieuse, aille souvent se fortifier, se raviver par la vue des affreuses ruines qua laissées le fanatisme.
(Michelet, Histoire de la Révolution Française, t. 1, p. 422.)
HISTORIOGRAPHIE 1)1 L'IWISITIM
L'Inquisition est une institution bien difficile à expliquer, quand on songe qu'elle s'est développée dans le sein d'une Église qui se réclame de l'Évangile. Comment une religion, toute d'amour et de tolérance, a-t-elle pu être amenée à brûler vifs ceux qui n'acceptaient pas librement ses enseignements? Tel est le problème.
Déjà, dans le Nouveau Testament, on trouve le premier germe de l'horreur que devait inspirer plus tard l'hérésie. L'apôtre Paul s'exprime contre elle avec une énergie qui semble préluder aux duretés et aux haines dû moyenâge. Dans son épître à Tite (ch. ni, v. 10 et 11), il s'écrie : « Rejette l'homme hérétique après le premier et le second avertissement, sachant qu'un tel homme est perverti et qu'il pèche, étant condamné par lui-même ». Ailleurs, il met l'idolâtre sur la même ligne que le fornicateur, l'avare, le ravisseur, l'ivrogne, et il défend de se mêler à eux et de manger avec eux. « Toutefois » — ajoute-t-il dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens (ch. m, v. 15) — « ne le tenez point comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. » De son côté l'apôtre Jean, si doux et si tendre, dit, dans sa seconde épître (v. 10) : « Si quelqu'un vient à vous et qu'il n'apporte pas la doctrine de Jésus-Christ, ne le recevez point dans votre
VI HISTORIOGRAPHIE DE i/iNQUISITlON
maison et ne le saluez point. » Et Jésus lui-même n'at-il pas dit, dans un langage figuré qui plus tard fut pris au pied de la lettre : « Si quelqu'un ne demeure point en moi, il est jeté dehors comme les sarments, et il sèche; puis, on l'amasse et on le met au feu et il brûle. » [Évangile de Saint-Jean, ch. xv, v. 6.) Dans la suite des siècles, les inquisiteurs se réclameront de ces textes déconcertants et les interpréteront avec leur aveugle âpreté, en y joignant les prescriptions très nettes de l'Ancien Testament (1) : (( Quand ton frère, fils de ta mère, ou ton fils « ou ta fille ou ta femme bien aimée ou ton intime ami, « qui t'est comme ton âme, t'incitera en te disant en « secret : « Allons et servons d'autres dieux que tu n'as » point connus, ni tes pères; » n'aie point de complaisance « pour lui, ne l'écoute point; que ton œil ne l'épargne point, « ne lui fais point de grâce et ne le cache point. Mais tu « ne manqueras pas de le faire mourir; ta main sera la « première sur lui pour le mettre à mort, et ensuite la « main de tout le peuple ». (Djutéronome, ch. xiu, v. 6-9; cf. ibid., ch. xvn, v. 1-6.)
Cependant la véritable portée de la doctrine évangélique est si claire que les premiers chrétiens ont repoussé avec horreur toute contrainte matérielle en matière de foi, persécutés qu'ils étaient eux-mêmes avec la dernière rigueur par les empereurs romains. Assurément, le principe de la tolérance religieuse devait leur être doublement cher. On pourrait citer des textes nombreux et éloquents
(1) Dans un traité, imprimé à Madrid en 1598, l'inquisiteur Louis de Paramo fait de Dieu le Père le premier des inquisiteurs pour avoir puni Adam et Eve après la chute, et il déclare, à l'aide du texte connu Pasce ovs meas, que Jésus a renouvelé et confirmé l'Inquisition. Jéhovah et le Christ, grands inquisiteurs!