ENTHOUSIASME DES VAUDOIS
un seul mot par jour et, au bout de l'année, vous en saurez trois cents et atteindrez votre but. » Assurément, si jamais il exista un peuple craignant Dieu, ce furent ces infortunés mis au ban par l'Etat et par l'Eglise, dont les mots de passe étaient les suivants : « Ce dit saint Pol, Ne mentir, » « Ce dit saint Jacques, Ne jurer, » « Ce dit saint Pierre, Ne rendre mal pour mal, mais biens contraires. » La Nobla Leyczon n'en dit guère plus, à cet égard, que les inquisiteurs eux-mêmes, quand elle déclare que le signe par lequel un Vaudois était désigné à la mort, n'était autre que son amour de Jésus et son zèle à suivre les commandements de Dieu.
Il est de fait qu'au milieu de la licence universelle du moyen âge la vertu ascétique était aisément regardée comme un indice d'hérésie. Vers 1220, un clerc de Spire, que son austérité poussa plus tard dans l'Ordre des Franciscains, faillit être brûlé comme hérétique parce que sa prédication avait poussé certaines femmes à sacrifier leurs ornements de toilette et à se vouer à une vie d'humilité; il fallut, pour le sauver, l'intervention de Conrad, qui fut plus tard évoque de Hildesheim (1).
La profonde conviction des Vaudois se manifeste par l'enthousiasme avec lequel des milliers d'entre eux acceptèrent gaiement la prison, la torture et le bûcher, plutôt que de revenir à une religion qu'ils considéraient comme corrompue. Au cours de mes recherches, j'ai rencontré un cas de 1320, celui d'une pauvre femme de Pamiers qui se soumit à l'horrible sentence portée contre les hérétiques, simplement parce qu'elle ne voulait pas prêter serment. A toutes les interrogations portant sur les articles de foi, elle répondit avec une orthodoxie parfaite ; mais quand on lui offrit la vie sauve si elle consentait à jurer sur les Évangiles, elle refusa de charger son âme d'un péché et se laissa condamner pour hérésie (2).
(1) Lib. Sentent. Inquis. Tolosan. p. 3G7. — Anon. Passaviens. cap. 1,3, 7, 8. — Réfutât. Error. Waldeos. (Mag. Bib. Pat. xm, 330). — David Auiiu-'pn* M 'Mie, Thesaur.v, 1771, 1772, 1782," 171)4). - P. de Pilichdorf, Contrn "/ / ens. cap. i. Innocent. PP. 111, Iîpq st. n, 141. — La Nobla Leyczon, 3t.8-373. — Frit Jordani Chron. (Analecta Franciscana, t. i, p. 4. Quaraechi, 1885).
(2) Mss. Bib. Nat. Coll. Moreau, 127 i, fol. 72.