LES VAUDOIS ET LA BIBLE
On leur reprochait aussi de dissimuler hypocritement leurs croyances en se montrant exacts à suivre la messe et à se confesser ; mais cela n'est-il pas bien excusable de la part de gens qui se sentaient épiés et traqués et qui, dans les premiers temps du moins, n'avaient pas d'autres moyens de recevoir les sacrements qu'ils considéraient comme essentiels à leur salut ? On les tournait en ridicule à cause de l'humilité de leur existence ; c'étaient, en effet, des paysans, des ouvriers, de ces gens pauvres et méprisés dont l'Église se préoccupait fort peu, sinon pour leur soutirer de l'argent quand ils étaient orthodoxes et les brûler quand ils ne l'étaient pas.
Mais le crime par excellence des Vaudois était leur amour et leur respect de l'Écriture sainte, joints au zèle ardent avec lequel ils faisaient des prosélytes. L'inquisiteur de Passau nous apprend qu'ils possédaient des traductions complètes de la Bible en langue vulgaire, que l'Église essaya vainement de supprimer et qu'ils étudiaient avec une assiduité incroyable. Cet inquisiteur connaissait un paysan qui pouvait réciter sans changer un mot tout le Livre de Job ; beaucoup de Vaudois savaient par cœur le Nouveau Testament, et, malgré leur simplicité, étaient de redoutables adversaires dans les disputes. En ce qui touche leur esprit de prosélytisme, il raconte l'histoire d'un Vaudois qui, par une froide nuit d'hiver, traversa à la nage la rivière Ips dans l'espoir de convertir un catholique. Tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, s'occupaient sans cesse d'apprendre et d'enseigner. Après une dure journée de labeur, ils passaient la nuit à s'instruire ; ils ne craignaient pas de pénétrer dans les lazarets pour porter le salut 87 aux lépreux; un disciple, après dix jours d'étude, cherchait déjà lui-même un disciple à instruire. « Apprenez, disaient-ils,
chivio Storico Italiano, 1865, n° 38, p. 39, 40. — Rorengo, Memnr. istoriche, Torino, 1649, p. 12. — Même encore à la fin du xiv* siècle, dans les procédures in- . quisitoriales du célestin Pierre, qui s'étendirent de la Styrie à la Poméranie, il n'y a aucune allusion à des pratiques immorales (Preger, Beûraeye, p. 68-72; Wattenbach, vbi supia).
Pour les tendances ascétiques des Vaudois, qui reconnaissaient les vœux de chasteté et considéraient comme un inceste la séduction d'une nonne, voir Montet, p. 97, 98, 108-110. Pour le mérite du jeûne, voir ibid. p. 99.