MANICHÉISME
la propager et montaient avec une foi sereine sur le bûcher flambant. La conviction, aussi profonde que répandue, de la vanité du christianisme sacerdotal, de sa faillite et de sa destruction prochaine, au profit de la religion nouvelle, peut avoir contribué, dans une large mesure, à cette ferveur désintéressée qu'alluma le néo-dualisme parmi les pauvres et les illettrés.
De toutes les hérésies avec lesquelles l'Église primitive avait eu à lutter, aucune n'avait soulevé autant de craintes et d'aversion que le Manichéisme. Manès avait si habilement mêlé au dualisme mazdéen (de la Perse) non seulement le christianisme, 90 mais des éléments gnostiques et bouddhiques, que sa doctrine trouva des adeptes dans les hautes comme dans les basses classes, parmi les intellectuels des écoles comme parmi les travailleurs manuels. L'Église reconnut instinctivement qu'elle était en présence de la plus dangereuse des rivales et, aussitôt qu'elle put disposer des ressources de l'État, elle persécuta sans merci le Manichéisme. Parmi les nombreux édits des Empereurs, tant païens que chrétiens, dirigés contre la liberté de la pensée, ceux qui avaient pour but de combattre les Manichéens furent les plus sévères et les plus cruels. La persécution atteignit son but, après une lutte prolongée, en supprimant toutes les manifestations extérieures du Manichéisme dans les limites de l'Empire, bien que cette doctrine ait longtemps subsisté en secret, même dans l'Empire d'Occident. En Orient, elle se retira ostensiblement vers les frontières, non sans conserver pourtant des relations cachées avec les sectaires épars à travers les provinces et dont Constantinople même n'était pas exempte. Abandonnant le culte de Manès, les Manichéens adoptèrent comme chefs de file deux autres de leurs docteurs, Paul et Jean de Samosate, dont le premier donna à l'hérésie le nom de Pauticianisme. Sous l'empereur Constans, en 653, un certain Constantin perfectionna la doctrine, qui se maintint malgré d'ef-. froyables persécutions, subies avec le même héroïsme qui caractérisa plus tard les Manichéens d'Occident. Parfois repoussés au-delà des frontières, sur les terres des