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REJET DES SACREMENTS

sous le nom de haereticus indutus ou vestitus, et considéré par cela même comme initié à tous les mystères de l'hérésie (1). 93 Le Catharisme était donc une forme de croyance essentiellement antisacerdotale. Il repoussait comme inutile tout le mécanisme de l'Église. Pour lui, l'Église romaine était la Synagogue de Satan, où le salut était impossible. En conséquence, il rejetait les sacrements, les sacrifices de l'autel, l'intercession de la Vierge et des saints, le Purgatoire, les reliques, les images, les croix, l'eau bénite, les indulgences, et, en général, toutes les pratiques par lesquelles les prêtres prétendaient assurer le salut des fidèles. Il ne condamnait pas moins les dîmes et les offrandes pieuses, qui rendaient si profitable pour le clergé l'œuvre de salut dont il assumait la charge. Toutefois, l'Église cathare, en tant qu'Église du Christ, revendiquait le pouvoir de lier et de délier accordé par le Christ à ses disciples; le Consolamentum ou Baptême de l'Esprit effaçait tout péché, mais

(1) P. Siculi op. cit. — Concil. Bracarense I. ann. 563. — Bleek's Avesta, m, A. — Haug's Essays, 2e éd. p. 244, 240, 286, 367.

Pour les doctrines analogues des Cathares, voir Radulf. Ardent. T. i. p. n. Hom. xix. — Ermengaudi Contra B&ret. — Epist. Leodiens. ad Lucium PP. III. (Martène, Ampliss. Coll. i, 776-778). — Ecberti Schonaug. Serm. contra Catharos, I, vm, xi. — Gregor. Episc. Fanens. Disput. cathol. contra hxret. — Monetae adv. Cath. lib. i, cap. 1. — Arch. de l'Inq. de Carcassonne (Doat, xxxii, fol. 93). — Rainerii Saccon. Summa. — Csesar. Heisterbac. Dial. dist. v, cap. 21. — Lib. Sent, ïnquis. Tolos. p. 92, 93, 249 (Limborch). — Lib. Gonfess. Inq. Albiens. (Mss. Bibl. JNat. fonds latin 11, 847. — Trithem. Chron. Hirsaug. ann. 1163.

L'auteur d'un traité ms. contre les Gathares, datant de la fin du xine siècle, déclare, d'après Moneta, que les objections des Cathares à l'autorité de l'Ancien Testament sont fondées sur quatre ordres d'arguments : 1° la contradiction apparente entre l'Ancien et le Nouveau Testament; 2° les variations de Dieu lui-même dans l'Ecriture; 3° la cruauté du Dieu de l'Ecriture; 4° les faussetés attribuées à Dieu. Un seul exemple suffira à donner une idée des raisons que les hérétiques faisaient valoir à l'appui de leur sentiment, lis citaient le chap. m, 22 de la Genèse : uVois, Adam est devenu comme l'un de no:is ». Or, Dieu dit cela d'Adam après qu'il a péché, et il doit avoir dit vrai oa i.on. S'il a dit vrai, alors Adam était devenu pareil à Dieu; mais Adam, après sa chute, était devenu un pécheur, c'est-à-dire le mal. S'il n'a pas dit vrai, il a menti ; il a péché en mentant ; il est donc le mal. — A cette logique le polémiste orthodoxe se contente de répondre que Dieu a parlé ironiquement. Les raisonnements attribués aux Cathares dans tout le traité dont nous parlons prouvent qu'ils connaissaient parfaitement l'Ecriture et l'usage qu'ils en faisaient explique que l'Eglise ait défendu la lecture de la Bible aux laïques. — Archives de l'Inq. de Carcassonne, Coll. Doat, xxxvi, 91.

Le rituel cathare publié par Cunitz, ou sont cités Isaïe et Salomon (Beitra^ge zu den theolog. Wissenschaften, B. iv, 1852, p. 16, 26), atteste que l'exclusion de l'Ancien Testament par les Cathares n'était pas absolue.

HIÉRARCHIE CATHARE 105

les prières n'avaient aucune efficacité quand le pêcheur persistait à faire le mal.

Bien que les Cathares traduisissent l'Écriture en langue vulgaire, ils conservaient le latin pour leurs prières qui, par suite, restaient inintelligibles pour la plupart des fidèles. Il y avait une classe de prêtres consacrés, pour accomplir le service très simple du culte. D'ailleurs, le rapide développement des communautés et le zèle de leur prosélytisme rendirent bientôt nécessaires une organisation et une hiérarchie. La masse des Cathares s'appela simplement « Chrétiens »; au-dessus d'eux, choisis parmi les Parfaits, étaient l'Évêque, le Filius Major, le Filius Minor et le Diacre. Chaque dignitaire d'un des trois ordres les plus élevés avait un diacre pour le seconder et pour le remplacer au besoin; les fonctions de tous étaient presque identiques, bien que les Filii fussent employés de préférence à visiter les membres de l'Église. Le Filius Major était élu parla congrégation et les promotions à la dignité d'évêque avaient lieu quand il se produisait des vacances. L'ordination était conférée par l'imposition des mains ou consolamentum, qui était l'équivalent du baptême et constituait le rite nécessaire pour être admis dans l'Église. Comme la croyance que les sacrements étaient viciés quand ils n'étaient pas administrés par des mains pures causait beaucoup d'inquiétude aux fidèles, il arrivait fréquemment que l'on conférât le consolamentum à deux ou à trois reprises différentes. On admettait généralement, mais non universellement, que le prêtre de grade inférieur ne pouvait pas consacrer son supérieur, et c'est pourquoi, dans beaucoup de villes, il y avait deux évêques, en sorte que si l'un venait à mourir, on ne fût pas obligé de recourir, pour la consécration de son successeur, à un Filius Major (1). 94

Le rituel cathare était sévère dans sa simplicité. L'Eucharistie catholique était remplacée par la bénédiction du pain, qui avait lieu tous les jours à table. Le plus ancien prenait alors

(î) Tract, de modo procedendi contra Haereticos (Mss. Bibl. Nat. Coll. Doat, xxx, fol. 183 et suiv.) — Rainerii Saccon. Summa. — E. Cunitz, in Beitraege zu den iheol.Wissenschafttn, 1852, B. iv, p. 30, 36, 85.

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