‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 118 sur 551 · CONSOLAMENTUM · texte numérisé non relu

CONSOLAMENTUM

le pain et le vin, tandis que tous les autres récitaient l'oraison dominicale. Puis l'Ancien disait : «La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec nous »; il rompait le pain et le distribuait aux assistants. Ce pain bénit était l'objet d'une révérence particulière de la part du grand nombre des Cathares, qui étaient simplement, pour la plupart, des croyants ou credentes, sans avoir été entièrement agrégés à l'Église comme les Parfaits. Il leur arrivait de garder, pendant des années, un morceau de pain consacré et d'en manger de temps en temps une miette. Avant de manger ou de boire, le Cathare disait toujours une prière; quand un Parfait assistait aux repas, les convives disaient benedicite au moment où l'on touchait pour la première fois à un aliment ou à une boisson, à quoi le Parfait répondait : aDiaus vos benesiga». Il y avait une cérémonie mensuelle de confession, à laquelle prenait part toute l'assemblée des fidèles. La grande cérémonie était le consolamentum ou cossolamenty qui réunissait l'âme des fidèles au Saint-Esprit et qui, comme le baptême chrétien, purifiait de tout péché. Elle consistait dans l'imposition des mains et pouvait être accomplie par un quelconque des Parfaits, même par une femme, pourvu que l'officiant ne se trouvât pas en état de péché mortel. Il fallait le concours de deux officiants pour l'accomplissement du rite. Ce mode d'admission dans l'Église était appelé hérétication par les inquisiteurs; en général, et à l'exception de ceux qui voulaient devenir ministres, on ne s'y soumettait qu'au moment de la mort, probablement par crainte des persécutions; mais le credens se liait souvent par un engagement appelé la covenansa, s'obligeant à subir le consolamentum à sa dernière heure. Cet engagement était tel qu'il devait être exécuté même si le moribond avait perdu l'usage de la parole et était incapable de répondre. La forme du rite était simple, bien qu'il fût généralement précédé d'une période de prépara- 95 lion, comprenant un long jeûne. L'officiant demandait au postulant : « Frère, désires-tu te ranger à notre foi?» Le néophyte, après plusieurs génuflexions et bénédictions, répondait : « Prie Dieu pour ce pécheur, afin qu'il me conduise à une bonne fin

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et fasse de moi un bon chrétien ». L'officiant répliquait : « Que Dieu soit prié de faire de toi un bon chrétien et de te conduire à une bonne fin. Te donnes-tu à Dieu et à l'Évangile? » Sur la réponse affirmative du postulant, on lui demandait encore : <( Promets-tu qu'à l'avenir tu ne mangeras ni viande, ni œufs, ni fromage, ni aucune victuaille qui ne soit aquatique ou végétale, que tu ne mentiras pas, que tu ne jureras pas, que tu ne commettras pas d'impureté, que tu n'iras pas seul quand tu pourras avoir un compagnon, que tu n'abandonneras pas la foi par crainte de l'eau, du feu ou de tout autre supplice ? » Ces promesses une fois faites, les assistants s'agenouillaient, pendant que le ministre plaçait sur la tête du postulant l'Évangile de saint Jean et récitait le texte : «Au commencement était le Verbe, etc. » ; puis il l'entourait du tissu sacré et le baiser de paix circulait dans l'assistance (on embrassait les hommes et on se contentait de toucher le coude des femmes). Cette cérémonie était considérée comme symbolisant l'abandon de l'Esprit du Mal et le retour de l'âme à Dieu, avec la résolution de mener une vie pure et sans tache. Quand il s'agissait d'un individu marié, l'assentiment préalable du conjoint était une condition nécessaire. Dans les cas où Y hérétication avait lieu sur le lit de mort, elle était généralement suivie de Y endura ou privation. L'officiant demandait au néophyte s'il désirait être un confesseur ou un martyr; s'il choisissait d'être martyr, un oreiller ou une serviette (appelée Untertuch par les Cathares allemands), était placé sur sa bouche pendant que l'on récitait certaines prières. S'il désirait être confesseur, il restait pendant trois jours sans nourriture, ne recevant qu'un peu d'eau comme boisson. Dans l'un et l'autre cas, s'il survivait, il devenait un Parfait. Cette endura était quelquefois employée comme un mode de suicide, la mort volontaire étant fréquente parmi les Cathares. La torture à la fin de la vie les affranchissait des tourments de l'autre monde et la mort volontaire par privation d'aliments, par l'absorption de verre pilé ou de poisons ou par l'ouverture des veines dans un bain, n'était nullement un fait rare. D'ailleurs, lorsqu'un homme était mourant,

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