CATHARES EN FRANGE ET EN FLANDRES
Au xne siècle, le mal alla en se développant dans le nord de la France. Le comte Jean de Soissons passait pour un protecteur des hérétiques; malgré cela, l'évêque de Soissons, Lisiard, en prit plusieurs et donna le premier l'eîemple de ce qui devait devenir presque la règle, l'usage des ordalies pour déterminer la culpabilité des hérétiques. Un des accusés, jeté dans de l'eau qui avait été exorcisée, flotta à la surface; l'évêque, fort embarrassé, les garda tous en prison pendant qu'il allait luimême au concile de Beauvais, en 1114, pour consulter les autres évêques. Mais la populace ne partageait pas les scrupules du prélat. Craignant de voir échapper sa proie, elle envahit la prison et brûla tous les accusés en l'absence de l'évêque; manifestation de zèle pieux que le chroniqueur rapporte avec éloges.
Vers la même époque, un nouveau foyer de Catharisme fut découvert en Flandre. L'hérésiarque, appelé devant l'évêque de Cambrai, n'essaya pas de cacher son crime; on l'enferma dans une cabane où l'on mit le feu et il mourut en priant. Dans ce cas- lil là, la populace doit avoir été plutôt favorable au condamné, car elle permit à ses amis de recueillir ses restes et l'on s'aperçut, à cette occasion, qu'il avait beaucoup de partisans, en particulier parmi les tisserands. Quand, vers la même époque, nous voyons le pape Pascal II avertir l'évêque de Constance que les hérétiques convertis doivent être accueillis amicalement, nous en concluons que le Catharisme avait déjà pénétré même en Helvétie (1).
A mesure qu'on avance dans ce siècle, les manifestations de l'hérésie deviennent plus nombreuses. On en constate en 1144 à
Script, xi, p. 82, 84). — Radulf. Glabri H st. m, 8, iv, 2. — Gesta Synod. Aurelcirca 1017 ^d'Achery i, 604-6). — Chron. S. Pétri Vivi. — Synod. Atrebat. ann. 1025 (Labbe et Coleti xi, 1177, 1178; Hartzheim, Concil. German. III, 68). — Landulf. Sen. Mediol. H st. h, 27. — Gesta Episcop. Leodiens. cap. 60, 61. — Hermann. Contract. ann. 1052. — Lambert. Hersfeldensis Annal, ann. 1053. — Schmidt, H\st. des Cathares, i, 37. — Radu.f. Ardent. T. i. P. n. Hom. 19.
La pâleur considérée comme un indice d'hérésie n'était pas une nouveauté du temps de Wazo. Au ive siècle, on croyait qu'elle révélait avec certitude l'ascétisme gnostique et manichéen des Priscillianistes (Sulpic. Severi Dial. m, cap. xn et Saint Jérôme nous dit que les orthodoxes pâlis par les jeûnes et les macérations étaient stigmatisés comme Manichéens (Hieron. Êpist. ad Eustoch. c. 5). Jusqu'à la fin du xiie siècle, la pâleur continua à passer pour un symptôme de catharisme (P. Cantor. Verb. abbrev. c. 78).
(1) Guibert. Noviogent. de vita sua, lib. m, c. 17. — Schmidt, op. I. i, 47. — Martène, Thés, i, 336.