‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 178 sur 551 · FOURBERIE DES LÉGATS · texte numérisé non relu

FOURBERIE DES LÉGATS

ment plein de menaces touchant sa lenteur à exterminer l'hérésie. Au jour fixé, en septembre 1210, un grand nombre de prélats et de nobles s'assemblèrent à Saint-Gilles, et Raymond s'y présenta avec ses témoins ou cojureurs, espérant qu'il allait se réconcilier pour toujours avec l'Église. Vaine attente. On l'avertit froidement que sa justification ne serait pas admise, qu'il s'était manifestement rendu coupable de parjure enn'exé cutant pas les promesses qu'il avait faites à plusieurs reprises sous le sceau du serment ; son serment étant sans valeur dans les affaires secondaires, il ne pouvait être accepté quand il s'agissait d'accusations aussi graves que l'hérésie et le meurtre d'un légat; les serments de ses témoins n'avaient pas plus d'autorité que le sien.

Un homme d'un caractère plus ferme aurait éclaté d'indignation en présence d'une aussi abominable duplicité ; mais Raymond, écrasé sous la ruine soudaine de ses illusions, se contenta de fondre en larmes — circonstance qui fut notée par ses juges comme une preuve additionnelle de sa perversité. Presque aussitôt, on renouvela contre lui l'excommunication qu'il avait eu tant de peine à faire lever. Pour la forme, cependant, on l'avertit que lorsqu'il aurait exterminé l'hérésie et se serait montré, par le reste de sa conduite, digne de pitié, les décisions du pape en sa faveur seraient mises à exécution. Évidemment, le Provençal n'était pas à la hauteur des rusés Italiens qui le bafouaient. La preuve qu'Innocent approuva cette cruelle comédie est fournie par une lettre qu'il adressa à Raymond au mois de décembre 1210; il y exprimait son chagrin que le comte n'eût pas encore tenu sa promesse d'exterminer les hérétiques et l'avertissait que, s'il ne le faisait point, ses domaines seraient livrés aux Croisés. Par le même courrier, Montfort reçut une lettre du pape se plaignant que la taxe de trois deniers par feu rentrait mal, preuve qu'Innocent lui-même ne perdait pas de vue les bénéfices pécuniaires de la persécution. Les exhortations adressées simultanément aux comtes de Toulouse, de Comminges et de Foix, ainsi qu'à Gaston de Béarn, les sommant de prêter aide à Montfort sous peine d'être consi-

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