DERNIERS EFFORTS DE RAYMOND
dérés comme des fauteurs de l'hérésie, montrent a quel point, dans l'esprit du pape, toutes les questions étaient tranchées à l'avance et l'œuvre de spoliation irrévocablement décidée. (1)
Raymond finissait par reconnaître ce dont tout homme clair- 16f voyant aurait pu se convaincre dès l'abord, à savoir que sa ruine était le but poursuivi par les légats. Si les nobles de Languedoc avaient été unis, ils auraient probablement résisté avec succès aux attaques intermittentes des Croisés; mais ils se laissaient dévorer un à un, tandis que Raymond, leur chef naturel, se laissait abuser par les espérances de réconciliation qui le tenaient dans l'inaction. Maintenant, il ne pouvait plus être question qu'on lui rendît ses châteaux; il devait se préparer de son mieux aune guerre de venue inévitable. Dans ce dessein, et pour rallier ses sujets autour de lui, il publia la liste des conditions qu'on avait, disait-il, prétendu lui imposer dans une conférence tenue à Arles, au mois de février 1211. Ces conditions, onéreuses et dégradantes autant pour le peuple que pour lui, auraient placé tout le pays et toute sa population sous le contrôle des légats et de Montfort, stigmatisé tous les habitants, catholiques et hérétiques, nobles et vilains, d'une marque infamante de servitude et obligé Raymond à s'exiler pour le reste de sa vie en Terre-Sainte. Que ces exigences aient ou non été produites, la publication qu'en fit le comte provoqua l'indignation du peuple, qui se rallia autour de son souverain, prêt à résister au prix de tous les sacrifices. (2)
Les négociations ultérieures, par lesquelles Raymond s'efforça d'éviter une rupture définitive, semblent prouver que l'ultimatum révélé par lui était apocryphe. En décembre 1210, nous le trouvons à Narbonne, conférant avec les légats, Montfort et Pierre d'Aragon ; on lui fit des propositions inacceptables et
(i) Pet. Sarnens. c. 39. — Regcst. xm, 188, 189; xvi, 39. — Guilt. de Tudèle, LYm. — Teulet, Layettes, i, 3G0, n° 948.
(2) La seule autorité pour cet extraordinaire document est le ps. Guill. de Tudèle (lœ, lx, lxi), suivi par l'Historien du Comte de Toulouse (Vaissete, m, Pr. 30; cf. p. 204 du texte, p. 501 notes, et Hardouin, vi, 1998). Bien que les modernes l'aient généralement accepté, je ne puis le considérer comme authentique ; il me semble que Raymond a fabriqué ce tex.t<i pour provoquer la colère de ses sujets.