CRUAUTÉS DES CROISÉS
fortifiée et munie d'une forte garnison ; les comtes de Foix et de Comminges étaient arrivés à l'appel de leur suzerain. Les citoyens laissèrent ouvertes les portes de la ville et pratiquèrent en outre des brèches dans les murs afin de faciliter les furieuses sorties de la garnison, qui infligèrent des pertes considérables aux assaillants. Ceux-ci se retirèrent le 29 juin à la faveur de la nuit, abandonnant leurs blessés et leurs malades et n'ayant rien fait que de dévaster horriblement la campagne environnante. Maisons, vignobles, vergers, femmes et enfants, tout avait été anéanti par leur fureur. Montfort quitta le théâtre de sa défaite pour aller porter les mêmes ravages dans le pays de Foix.
Ce viril effort des Toulousains pour repousser une aggression injuste fut naturellement interprété comme une complaisance coupable envers l'hérésie. Innocent excommunia de nouveau Raymond et sa capitale pour avoir « persécuté » Montfort et les Croisés. (1) Encouragé par ce succès, Raymond prit alors l'offensive, mais sans obtenir de notables résultats. Le siège de |gg Castelnaudary aboutit à un échec et les nombreux combats qui suivirent tournèrent généralement à l'avantage de Montfort, dont les qualités militaires se révélèrent avec éclat dans la situation difficile où il se trouvait. On continuait, à travers tout le monde chrétien, à prêcher la croisade et les troupes de Montfort étaient souvent renouvelées par l'arrivée de bandes de pèlerins qui venaient servir pendant quarante jours. Toutefois, ces renforts étaient irréguliers et l'armée, très nombreuse un jour, pouvait se trouver, le lendemain, réduite à une poignée d'hommes. Mais ses adversaires, bien que souvent très supérieurs en nombre, ne risquèrent jamais une grande bataille rangée ; ce fut une guerre de sièges et de dévastations, conduite de part et d'autre avec une férocité sauvage. Bien des fois les prisonniers furent pendus, aveuglés ou mutilés. Les haines s'exaspéraient à mesure que Montfort étendait ses domaines et que les frontières de Raymond reculaient. La défection de Beaudouin,
(1) Vaissete, m, Pr. 38-40, 234-5. — Guill. de Pod. Laur. c. 18. — Guill. de Tud. lxxx, Lxxx.ii. — Teulet, Layettes, i, 370, n° 968; 372, n« 975.