CONDUITE INDIGNE DES LÉGATS
en leur qualité de légats; les prélats du pays avaient pour chel l'intraitable Arnaud de Narbonne. Toutes les formes furent dûment observées. Les légats, faisant fonctions de juges, demandèrent aux prélats, faisant fonctions d'assesseurs, si Raymond devait être admis à s'innocenter. La réponse, donnée par écrit, fut négative, non-seulement, comme on l'avait déjà dit, parce que Raymond était parjure, mais parce qu'il avait commis de nouveaux crimes au cours de la dernière guerre — en tuant des Croisés qui l'attaquaient. On ajouta que l'excommunication qui pesait sur lui ne pouvait être levée que par le pape. S'abritant derrière cette réponse, les légats notifièrent à Raymond qu'ils ne pouvaient aller plus loin sans une autorisation pontificale, et lorsque Raymond s'adressa à leur pitié et demanda en suppliant une entrevue, on lui fit savoir froidement que ce serait peine et dépense inutiles pour les deux parties. Restait l'appel du roi Pierre. Les prélats se chargèrent d'y répondre sans le concours des légats, de manière à pouvoir dire que les affaires de Raymond ne les regardaient pas, puisqu'il les avait remises lui-même entre les mains des légats ; d'ailleurs, ses excès l'avaient rendu indigne de toute espèce de pitié. Quant aux trois autres seigneurs qui étaient en cause, on exposa longuement leurs forfaits, en particulier le crime qu'ils avaient commis en se défendant contre les Croisés ; on les avertit que s'ils satisfaisaient l'Eglise et obtenaient d'elle l'absolution, on consentirait à les entendre; mais on se garda bien d'indiquer comment l'absolution pourrait être obtenue et l'on ne daigna pas même faire allusion aux garanties que le roi d'Aragon avait offertes. Bien plus, Arnaud de Narbonne, en sa qualité de légat, écrivit au roi une lettre violente, le menaçant 473 d'excommunication parce qu'il frayait avec des excommuniés et des gens soupçonnés d'hérésie. Pierre avait demandé une trêve jusqu'à la Pentecôte ou du moins jusqu'à Pâques; on la refusa sous prétexte qu'elle nuirait au succès de la croisade, que l'on continuait à prêcher en France avec un zèle bien fait pour jeter le doute sur la sincérité des ordres contraires d'Innocent (1).
(1) Regest. xvi, 39, 42, 43. — Pet. Sarnens. c. 66.