CONCILE DE LAVAUR
instructions interdisant à Arnaud de paralyser la croisade contre les Sarrasins en prolongeant,par des promesses d'indulgences, la guerre dans le Toulousain. Cette intervention d'Innocent, venant s'ajouter à celle de Pierre, produisit une impression profonde. Toute la hiérarchie ecclésiastique de Languedoc fut convoquée pour faire face à la crise. Quand le concile se réunit à Lavaur, en janvier 1213, le roi Pierre présenta une pétition, par laquelle il demandait pitié plutôt que justice pour les seigneurs dépouillés de leurs biens. Il produisit un acte de cession formel signé par Raymond et par son fils, contresigné par la ville de Toulouse, ainsi que des actes analogues de Gaston de Béarn, des comtes de Foix et de Comminges, en vertu desquels ces personnages lui cédaient tous leurs territoires, droits et juridictions, avec faculté pour lui d'en disposer à sa guise pour les obliger à obéir aux ordres du pape, au cas où ils se montreraient récalcitrants. Il demandait qu'on leur restituât les territoires conquis sitôt qu'ils auraient réparé leurs torts envers l'Église ; si Raymond ne pouvait pas être jugé, Pierre proposait qu'il abdiquât en faveur de son jeune fils, le père devant se rendre avec ses chevaliers en Espagne ou en Palestine pour servir contre les Infidèles, le fils devant rester sous tutelle jusqu'à ce qu'il se fût montré digne de la confiance de l'Église. C'étaient là, en fait, les propositions mêmes que Pierre d'Aragon avait déjà communiquées à Innocent (1).
Aucune soumission ne pouvait être plus complète, aucunes garanties plus absolues. Ces clauses, acceptées, signifiaient l'extermination sûre des hérétiques. Mais les prélats assemblés 172 à Lavaur subissaient l'empire de leurs passions, de leurs ambitions et de leurs haines ; ils se souvenaient des maux qu'ils avaient soufferts et infligés ; surtout ils craignaient les représailles et cette crainte les rendait sourds à toute proposition où les idées de conciliation avaient leur part. Pour leur prospérité, pour leur sécurité personnelle, il fallait que la maison de Toulouse disparût. Théodisius et l'évêque de Riez présidèrent
(1) Regest. xv, 212; xvi, 42, 47.