‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 187 sur 551 · INNOCENT EST CONVAINCU · texte numérisé non relu

INNOCENT EST CONVAINCU

nellement que Raymond devait être admis à se justifier et que sa condamnation ne pouvait être que le résultat d'un procès. On lui demandait maintenant de désavouer ses propres paroles. D'autre part, le refus d'instituer un procès lui faisait comprendre que les accusations portées avec tant d'acharnement contre Raymond étaient dépourvues de preuves. Il finit cependant par céder, bien que le retard de sa décision (21 mai 1213) prouve l'effort qu'elle lui avait coûté. Les lettres qu'Innocent adressa alors à ses légats ne nous sont pas parvenues ; peut-être un scrupule bien légitime les a-t-il fait écarter de ses Regesta. Il écrivit une lettre sévère à Pierre d'Aragon, lui ordonnant de renoncer à protéger les hérétiques sous peine d'être exposé lui même à la menace d'une nouvelle croisade. Les ordres pontificaux que Pierre avaient obtenus, pour la restitution des domaines appartenant à des non-hérétiques, furent annulés sous prétexte de malentendu, et les seigneurs de Foix, Comminges et Navarre furent abandonnés au bon plaisir d'Arnaud de Narbonne. La ville de Toulouse pouvait se faire pardonner si elle infligeait le bannissement et la confiscation à tous ceux qui seraient désignés par l'évêque Foulques, un fanatique intransigeant; aucun traité, aucune trêve ou autre engagement conclus avec les hérétiques ne devait être observé. Quant à Raymond, le silence absolu que Ton gardait à son sujet était plus significatif que les admonestations les plus sévères. Il était simplement ignoré, comme s'il avait cessé de compter dans les graves questions qui se débattaient (1).

En attendant la décision de Rome, la croisade avait été vigoureusement prêchée en France ; Louis Cœur de Lion, fils de Philippe Auguste, avait pris la croix avec nombre de barons et l'on espérait déjà mettre en mouvement des forces écrasantes lorsque Philippe Auguste, méditant une invasion en Angleterre, arrêta tous les préparatifs qui contrariaient les 475 siens. D'autre part, le roi Pierre s'était encore rapproché de Raymond et des seigneurs excommuniés; les magistrats de

(i) Pet. Sarnens. c. 66, 70. — Regest. xvi, 48.

Page 1