‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 188 sur 551 · PIERBE DÉCLARE LA GUERRE · texte numérisé non relu

PIERBE DÉCLARE LA GUERRE

Toulouse lui avaient prêté serment de fidélité. En possession du mandement du pape, il fit semblant d'en tenir compte, mais n'en continua pas moins ses préparatifs de guerre. Une des mesures qui donnent l'idée la plus exacte de l'homme et de son temps fut la démarche, d'ailleurs couronnée de succès, que Pierre fit auprès du pape Innocent, pour obtenir le renouvellement de la bulle d'Urbain (1095) qui plaçait son royaume sous la protection spéciale du Saint Siège, avec le privilège de ne pouvoir être mis en interdit que par le pape lui-même. Une sirvente d'un troubadour anonyme montre avec quelle anxiété Pierre était attendu en Languedoc. On lui reproche de tarder, on le supplie de venir, comme un bon roi, toucher les redevances du Carcassais et de mettre un terme à l'insolence des Français, que Dieu confonde ! (1).

Une rupture était inévitable. La déclaration de guerre de Pierre d'Aragon parvint à Montfort à un moment où il disposait de très peu de troupes et où les renforts attendus de France n'arrivaient pab ; un légat, envoyé par Innocent pour prêcher la croisade en Terre Sainte, détournait vers la Palestine toutes les énergies disponibles. Pierre avait laissé ses lieutenants à Toulouse et était revenu en Espagne pour y lever des soldats. Il passa les Pyrénées avec sa nouvelle armée et fut reçu avec enthousiasme par tous ceux qui s'étaient précédemment soumis à Montfort. Il s'avança vers le château de Muret, à dix milles de Toulouse, où Montfort avait laissé une faible garnison et y fut rejoint par les comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges. Leurs forces réunies constituaient une armée considérable, bien qu'elle fut loin de s'élever à 100,000 hommes, comme l'ont prétendu les panégyristes de Montfort (2). Pierre avait amené d'Espagne environ 4000 cavaliers ; les trois comtes, dépouillés de la plupart de leurs domaines, ne peuvent guère en avoir fourni davantage et la masse de leur armée était

(1) Pet. Sarnens. 66-8. — Regest. xvi, 87. — Raymond, Lexirue Roman, I» 512-3.

(2) Pet. Sarnens. c. 69, 70. — Vais3ete, in, note xvn. — A Molinur (Vaissete. éd. Privât, vu, 256).

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composée de la milice de Toulouse, fantassins qui n'avaient aucune expérience de la guerre.

Le siège de Muret commença le 12 septembre 1213. On avertit immédiatement Montfort, qui était à 25 milles de là, à Fanjeaux, avec une petite armée qui comprenait sept évêques et trois abbés envoyés par Arnaud de Narbonne pour traiter 176 avec Pierre. Malgré l'inégalité des forces, il n'hésita pas à marcher en avant avec les troupes qu'il put réunir à la hâte. Il renvoya d'abord à Carcassonne la comtesse Alice, qui l'accompagnait; elle s'employa aussitôt à décider quelques groupes de Croisés qui se retiraient à rejoindre son mari. A Bolbonne, près de Saverdun, où Montfort s'arrêta pour entendre la messe, le sacristain Maurin, plus tard abbé de Pamiers, s'étonnait qu'avec une poignée d'hommes il se hasardât à combattre un guerrier aussi renommé que le roi d'Aragon. Pour toute réponse, Montfort tira de sa poche une lettre interceptée de Pierre, où il assurait à une dame de Toulouse qu'il venait, par amour d'elle, pour chasser les Français de son pays. .Comme Maurin demandait ce qu'il voulait dire par là, Montfort s'écria : « Ce que je veux dire? Dieu m'aide autant que je redoute peu un homme qui vient, pour l'amour d'une femme, défaire l'œuvre de Dieu 1 » Le Normand, plein de confiance dans le ciel, ne doutait pas qu'il ne dût venir à bout du chevaleresque et galant Espagnol.

Le lendemain, Montfort rentra à Muret, qui n'était assiégé que d'un côté ; l'ennemi n'y mit aucun obstacle, dans l'espoir de faire prisonnier le chef des Croisés. Les évêques tentèrent inutilement de négocier avec Pierre. Le lendemain matin, 13 septembre, les Croisés, comptant peut-être un millier de cavaliers, s'élancèrent à l'attaque. Comme ils passaient devant l'évêque de Comminges, celui-ci leur assura qu'il serait leur témoin au jour du jugement et qu'aucun de ceux qui tomberaient dans la bataille n'aurait à subir les flammes du Purgatoire pour les crimes qu'il avait confessés ou dont il avait l'intention de se confesser plus tard. Les prélats et les moines se rendirent ensemble à l'église, où ils prièrent Dieu pour le

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