SAINT ANTOJNE DE PADOUE
Pour assurer plus efficacement encore le succès de la croisade, l'Église prohiba toutes les guerres privées jusqu'à ce qu'elle eût pris fin (1).
La question religieuse n'était plus, à l'époque où nous sommes 197 arrivés, qu'un prétexte à des ventes d'indulgences et à des levées de taxes ecclésiastiques. Si Raymond n'avait pas encore persécuté activement ses sujets hérétiques, c'était simplement parce qu'il ne pouvait pas sans folie, étant exposé à des agressions du dehors, détacher de sa cause un grand nombre d'hommes dont l'appui lui était indispensable. 11 s'était montré tout prêt à prendre les mesures nécessaires au prix d'une réconciliation avec l'Église et il avait même exhorté le légat à organiser l'inquisition sur ses domaines. Au milieu des troubles qui agitaient le Midi, les Dominicains avaient pu grandir en puissance et s'établir sur les terres de Raymond; quand leurs rivaux en persécution, les Franciscains, étaient venus à Toulouse, il les avait reçus cordialement et les avait aidés à s'y fixer. Cette même année 1225 vit arriver en France Saint-Antoine de Padoue, dont le nom est le plus vénéré dans l'Ordre après celui de Saint- François. Antoine venait prêcher contre l'hérésie; dans le Toulousain, son éloquence excita une telle tempête de persécution qu'elle lui valut le surnom à' Infatigable Marteau des Hérétiques. La lutte qui s'apprêtait était, plus encore que celles qui l'avaient précédée, une guerre de races: c'était toute lapuissance du Nord, conduite par le roi et par l'Église, qui allait fondre sur les provinces épuisées dont Raymond était le suzerain. Rien d'étonnant à ce qu'il ait essayé de se soustraire à tout prix au danger prochain, car il savait qu'il devait être seul à l'affronter. Il est vrai que son plus grand vassal, le comte de Foix, lui restait fidèle ; mais le second en puissance, le comte de Comminges, conclut une paix séparée et fit la guerre à côté du roi de France; le comte de Provence entra dans la coalition, en même temps que Jayme d'Aragon et Nunès Sancho de Rous-
(1) Matt. Paris ann. 1226, p. 229. — Vaissete, m, 349.— Rymer, Fœd. i, 281.— Martène, Coll. nov. p. 104; Thés. î, 931.