RETRAITE DES CROISÉS
Quittant Avignon, Louis s'avança vers l'ouest,recevant partout la soumission de villes et de seigneurs, jusqu'à la distance de quelques lieues de Toulouse. Il semblait qu'il ne restât plus, pour compléter la ruine de Raymond et le succès de la croisade, qu'à réduire ce foyer obstiné de l'hérésie, lorsque Louis s'en détourna subitement pour regagner le nord. Aucun chroniqueur n'a donné l'explication de ce mouvement imprévu, imputable, sans doute, au mauvais état sanitaire de l'armée et peut-être aux premiers avertissements de la maladie qui, le 8 novembre, mit fin à la vie errante du roi à Montpensier — accomplissant la prophétie de Merlin : « In ventris monte morietur leo pacificus » et non sans que des soupçons d'empoisonnement se portassent sur le comte Thibaut de Champagne. Toute l'Europe vit dans cette retraite des Croisés le résultat de désastres militaires qu'on dissimulait. Louis avait décidé de revenir l'année suivante et avait laissé, dans les places soumises, des garnisons placées sous le commandement suprême de Humbert de Beaujeu, avec Gui de Montfort comme lieutenant. Les exploits de ces capitaines furent minces et ils se contentèrent de brûler un bon nombre d'hérétiques, sans doute pour conserver à la guerre son caractère sacré (1).
Sauvé comme par miracle d'une ruine qui paraissait inévitable, Raymond ne perdit pas de temps et reconquit une partie de ses terres. La mort de Louis avait créé une situation 201 toute nouvelle et, pour quelque temps du moins, il n'avait rien à craindre. Il est vrai que Louis IX (Saint-Louis), alors âgé de treize ans, fut couronné sans retard à Reims et que la régence fut confiée à sa mère Blanche de Castille; mais les grands barons remuaient et la conspiration, née sous les murs d'Avignon, subsistait encore. La Bretagne, la Champagne et la Marche se tinrent ostensiblement à l'écart des cérémonies du couronnement, tardèrent à offrir leur hommage et nouèrent
ann. 1226. — Guill. Nang. ann. 1226. — Gesta Ludov. vin, ann. 1226. — La ville d'Agen paraît être restée fidèle à Raymond (Teulet, h, 82).
(1) Gesta Ludov. vm, ann. 1226. — Matt. Paris ann. 1226. — Chron. Turon. ann. 1226. — Guill. de Pod. Laurent, c. 36, 38. — Alberti Stadens. Chron. ann. \
1226. — Vaissete, m, 363.