OUVERTURES PACIFIQUES
de Bécède, devint un faidit et un chef d'hérétiques, qui ne devait être brûlé à son tour qu'en 1233. Raymond reprit Castel- Sarrazin, mais ne put empêcher les Croisés de dévaster le pays jusque sous les murs de Toulouse. L'année suivante trouva les deux partis disposés à la paix. La régente Blanche avait plusieurs raisons de la désirer. Les nobles d'Aquitaine correspondaient avec Henri III, qui n'avait pas encore renoncé à l'espérance de reconquérir les vastes territoires arrachés par Philippe-Auguste à la couronne d'Angleterre. Les grands barons se querellaient entre eux et maintenaient une partie du royaume dans un état de guerre perpétuel. Il devenait de plus en plus difficile de faire rentrer la dime ecclésiastique. D'autre part, Raymond et sa famille n'avaient jamais cessé de supplier qu'on leur accordât la paix et il y avait quelque espoir d'assurer à la couronne le riche héritage de la maison de Toulouse, par le fait que Raymond n'avait qu'une fille, Jeanne, et qu'elle était encore à marier. Une union entre cette héritière et l'un des jeunes frères de Saint-Louis, avec reversion des terres du Comte sur eux et sur leurs héritiers, pouvait assurer pacifiquement les mêmes avantages politiques qu'une croisade. Quant aux effets religieux, on était en droit de les attendre de la piété sincère de Raymond, qui s'était mille fois déclaré prêt à sévir.
Grégoire IX était très heureux de mettre fin à une guerre qu'Innocent avait commencée vingt ans auparavant. Dès le mois de mars 1228, il écrivit à Louis IX, l'exhortant à conclure la paix suivant les conseils du légat, qui avait pleins pouvoirs pour l'aider. C'est au nom du légat que les premières ouvertures furent faites à Raymond par l'entremise de l'abbé de Grandselve. Le projet de mariage était le pivot des négociations ; c'est ce que prouve une autre lettre pontificale du 25 juin, autorisant Romano à écarter l'obstacle de la consanguinité si l'union de Jeanne avec l'un des frères du roi pouvait 203 procurer la paix. Une autre missive du 21 octobre, annonçant aux prélats de France le renouvellement des indulgences pour la croisade contre les Albigeois, parait montrer que Raymond faisait quelque difficulté à accepter les conditions offertes et