‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 217 sur 551 · PÉNITENCE DE RAYMOND · texte numérisé non relu

PÉNITENCE DE RAYMOND

qu'il était nécessaire d'exercer une pression sur sa volonté. Pour y mieux réussir, les troupes françaises commirent d'horribles dévastation sur ses domaines. Enfin, au mois de décembre 1228, Raymond autorisa l'abbé de Grandselve à accepter toutes les propositions de Thibaud de Champagne, qui jouait le rôle de médiateur. Une conférence fut tenue à Meaux, où figurèrent aussi les consuls de Toulouse, et les préliminaires furent signés au mois de janvier 4229.

Le 12 avril suivant, jeudi saint, marqua le terme de celte longue guerre. Devant le portail de Notre-Dame de Paris, Raymond s'approcha humblement du légat et supplia d'être réconcilié avec l'Église; pieds-nus et en chemise, il fut conduit comme un pénitent vers l'autel, reçut l'absolution en présence des dignitaires de l'Église et de l'État et obtint que l'excommunication pesant sur ses compagnons fût levée. Après quoi, iJ se constitua prisonnier au Louvre, restant comme otage jusqu'à ce que sa fille et cinq de ses châteaux eussent été remis aux mains du roi et que cinq cents toises des murs de Toulouse eussent été démolies (1).

Ces conditions étaient dures et humiliantes. Dans la proclamation royale qui fit connaître les termes du traité, Raymond est représenté comme agissant d'après les ordres du légat, comme implorant de l'Église et du roi non pas la justice, mais la pitié. Il jure de persécuter de toutes ses forces les hérétiques, leurs fauteurs et ceux qui leur donneraient asile, sans épargner ses plus proches parents, ses amis ni ses vassaux. Tous devaient être châtiés dans le plus bref délai et on devait instituer, pour les découvrir, une Inquisition dont le légat réglerait la forme. Pour subvenir aux besoins de ce tribunal, Raymond consentit à offrir la récompense de deux marcs pour chaque Parfait que l'on prendrait pendant les deux premières années et d'un marc par tète après ce délai. En ce qui touchait les autres hérétiques,

(1) Bernard. Guidon. Vit. Gregor. PP. IX (Murât. S. R. I. III. 570-1) — Guill. Pod. Laur. c. 38, 39. — Teulet, Layettes, n, 144, n° 1980. — Pottlust, Heg. 8150, 8216, 8267. — RavnaUl Annal aon. 1228, no 20-4. — Martène, Thés, i, 943. — Vaissete, m, 377-8; Pr. 326-9, 335.

VICTOIRE DE L EGLISE 2Zy

il promettait de se soumettre entièrement à tout ce qu'ordonnerait le légat ouïe pape. Ses baillis ou officiers locaux devaient 204 tous être de bons catholiques, sans que l'ombre d'un soupçon pût peser sur aucun d'eux. Il défendrait l'Église lui-même, ainsi que tous ses membres et tous ses privilèges; il confirmerait les censures ecclésiastiques en confisquant les biens de quiconque resterait excommunié -une année entière; il restituerait tous les biens ecclésiastiques usurpés depuis le commencement des troubles et paierait une indemnité de dix mille marcs d'argent pour les biens personnels qui avaient été distraits; il exigerait à l'avenir le paiement des dimes; à titre d'amende spéciale, il verserait cinq mille marcs à cinq maisons religieuses désignées, plus six mille marcs destinés à fortifier certains châteaux que le roi devait occuper à titre de garantie pour l'Église, plus encore trois à quatre mille marcs pour rétribuer pendant dix ans à Toulouse deux maîtres de théologie, deux décret al istes, ainsi que six maîtres de grammaire et des arts libéraux. Sa pénitence devait consister à prendre la croix aussitôt après son absolution et à se rendre dans le délai de deux ans en Palestine, afin d'y servir pendant cinq ans. Malgré des avis réitérés, Raymond n'accomplit jamais cette pénitence et lorsqu'enfin, en 1247, il fit des préparatifs de départ, la mort vint le fixer pour toujours dans son pays. Le peuple devait prêter un serment, renouvelable tous les cinq ans, aux termes duquel chacun s'engageait à poursuivre énergiquement les hérétiques, leurs fauteurs et ceux qui les recevraient chez eux, ainsi qu'à donner tout son concours à l'Église et au roi dans la campagne entreprise contre l'hérésie.

Les intérêts de l'Église et de la religion ainsi assurés, le mariage de Jeanne avec l'un des frères du roi fut considéré comme une faveur spéciale conférée à Raymond. On admettait facilement qu'il était déchu de tous ses domaines, mais le roi lui accordait gracieusement le territoire de l'ancien évêché de Toulouse, réversible après sa mort sur sa fille et sur son gendre, de sorte que l'héritage en fût assuré à la famille royale. Agen, le Rouergue, le Quercy (à l'exception de Cahors)

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