FOULQUES DE NEUILLY
critiquait sévèrement, en certains milieux d'ailleurs strictement orthodoxes, les dérèglements des prêtres et des prélats. Lorsque Pierre Waldo assuma spontanément la mission d'évangéliser l'Eglise, il ne songeait pas à détruire ni même à combattre l'ordre de choses existant; il fut comme contraint au schisme par l'obstination de ses disciples à recourir directement aux Ecritures et par l'horreur naturelle qu'inspire au conservatisme tout enthousiasme qui peut devenir dangereux. Vers la fin du xir3 siècle apparut un autre apôtre dont la courte carrière put faire espérer, pendant quelque temps, que le clergé et le peuple seraient amenés sans violence à des réformes, et que ces réformes réaliseraient enfin les belles promesses que l'Église avait faites à l'humanité.
Foulques de Neuilly était un prêtre obscur, peu versé dans les sciences, très dédaigneux de la dialectique de l'École, mais animé d'une conviction ardente qui lui fit abandonner la cure des âmes pour les devoirs plus ardus de la propagande. Séduit par son zèle, Pierre Cantor obtint pour lui d'Innocent III la permission de prêcher en public. Le succès, d'abord, ne répondit pas à son attente; mais bientôt l'expérience et l'habitude lui firent trouver le chemin des cœurs et la légende explique la soudaineté de ses triomphes oratoires par une révélation de Dieu, accompagnée du don des miracles. On affirmait qu'il rendait l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la souplesse aux infirmes; mais il choisissait son heure et refusait souvent d'opérer des guérisons, disant que le temps n'était pas encore venu et que la santé rendue à tel postulant ne serait pour ce dernier qu'une occasion de pocher encore. Bien que connu sous la désignation populaire du Sainct homme, il n'avait rien d'un ascète ; à une époque où la macération passait généralement pour la compagne indispensable de la sainteté, on constatait non sans surprise qu'il mangeait avec plaisir ce qu'on lui donnait et qu'il n'observait pas les vigiles. Il était, en outre, fort irascible, abandonnant volontiers aux griffes de Satan ceux qui refusaient de l'écouter et qui, croyait-on, étaient condamnés par sa colère à une mort prochaine. Des milliers de pécheurs s'assemblaient