‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 251 sur 551 · ET LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

ET LE CLERGÉ

pour l'entendre et se convertissaient à une vie meilleure — où, cependant, bien peu persévéraient. Il réussissait si bien à ramener les femmes de mauvaise vie, dont il faisait des religieuses, que le couvent de Saint-Antoine à Paris fut spécialement fondé* pour les recevoir. Beaucoup de Cathares, aussi, furent convertis par sa parole ; ce fut grâce à ses efforts que Ferrie, l'hérésiarque du Nivernais, fut découvert dans son souterrain à Corbigny et brûlé vif. Il était particulièrement sévère contre la licence des clercs; à Lisieux, il les irrita tellement par ses invectives qu'ils le jetèrent en prison et le chargèrent de chaînes — ce qui ne l'empêcha point, comme il avait le don des miracles, de s'en dégager tout seul et de quitter la ville. Un fait analogue se produisit à Caen, où les fonctionnaires de Richard d'Angleterre se saisirent de sa personne, croyant être agréables à leur maître 245 que la rude franchise du prédicateur avait pu blesser. Foulques avertit Richard qu'il devait se hâter de marier ses trois filles, sans quoi il arriverait malheur; le roi répondit que Foulques était un menteur, qu'il savait bien que le roi n'avait pas de fille ; sur quoi l'apôtre repartit que Richard avait bien trois filles, dont la première s'appelait Orgueil, la seconde Avarice et la troisième Convoitise. Mais Richard avait trop d'esprit pour se laisser battre dans une guerre de paroles; il assembla sa cour, et, après avoir solennellement répété ce qu'avait dit Foulques, il ajouta : « Mon orgueil, je le donne aux Templiers; mon avarice, aux Cisterciens et ma convoitise à tous les prélats en général. »

Foulques souffrit quelque peu dans l'estime publique par la faute de son associé Pierre de Roissi, qui, tout en prêchant la pauvreté, amassa de grandes richesses et obtint un canonicat à Chartres, où il devint ensuite chancelier. Cependant il aurait pu faire de grandes choses si le pape Innocent III, plus préoccupé de reconquérir la Terre Sainte que de réveiller les âmes, ne lui avait pas adressé, en 1198, la prière instante de prêcher la croisade. Foulques s'y prêta avec son enthousiasme habituel. Ce fut grâce à son éloquence que Beaudouin de Flandres et d'autres princes prirent la croix; on prétendait qu'il avait, de sa propre

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main, fixé le symbole sacré sur les vêtements de deux cent mille pèlerins, choisissant de préférence les pauvres, parce qu'il croyait que les riches n'en étaient pas dignes. L'Empire Latin de Gonstantinople, résultat de la croisade, fut ainsi, pour une grande part, l'œuvres de Foulques. Les mauvaises langues prétendirent, mais sans doute à tort, qu'il avait gardé pour lui une partie des sommes énormes récoltées par son éloquente persuasive; ce qui est certain, c'est que les chrétiens luttant en Palestine ne reçurent jamais d'argent mieux à propos que celui qui leur permit, grâce à Foulques, de rebâtir les murs de Tyr et de Ptolémaïs, récemment renversés par un tremblement de terre. Au moment du départ de la croisade, qu'il devait accompagner, il mourut à Neuilly, au mois de mai 1202, laissant tout son avoir aux pèlerins. S'il avait vécu plus longtemps et n'avait pas été détourné de sa véritable voie, il aurait sans doute obtenu par son honnêteté et sa chaleur communicative des succès durables (1).

246 Bien différent de Foulques était Durân de Huesca le Catalan. En dépit des édits de persécution d'Alphonse et de Pierre, l'hérésie vaudoise avait jeté de profondes racines en Aragon. Durân était un de ses chefs et il prit part au colloque tenu à Pamiers vers 1207 entre les.Vaudois d'une part, les évêques d'Osma, de Toulouse et de Conserans de l'autre, en présence du comte de Foix. Il est probable que Saint-Dominique y assistait aussi et comme ces deux hommes avaient beaucoup de traits communs, on est tenté de croire que la conversion de Durân. seul résultat pratique du colloque, fut due à l'éloquence de Saint-Dominique. Durân était un croyant trop zélé pour se contenter d'assurer •son propre salut ; il s'appliqua dès lors à regagner à la foi des

m Chron Landunens. ann. 1198. - Ottonis de S. Blasio Ch.on. (Urstisius ,, 223 sV - Joartn. de Flissicuria (D. Bouquet, xvm, 800).- Rob. Auhssiodor^ron. Inn ii98, ilol -- Kog. Hoveden. Avnal. ann. 1198, 1202 - R.gord. de G est. Phil Au/ ann. 1195 1198.- Guill. Brit. ôe G>st. Phil Aug .ann . 119o - Gldefchron.ann:li.5, 1198. -Jacob Vitrions. «^-«^^E^ dP fWeeshail. ann. 1198, 1201. — Chron. Cluuiac. ann. 1198. — U • Lettons. unn 1^8 1199 - Alheric. T. Font. Chron.™*. 1198. - Geoflr. de V. lehardoum, î Annal. Aquicimtin. Alomst. ann. 1198. - Joann. Ipem Chron. ann.

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