DÉBITS DE SAINT- DOMTNIOUE
dominicain de San Pablo de Pcnafiel, fondé par lui ; alors Fra Geronymo Orozco, abbé de Gumiel, transféra prudemment les restes de Don Félix de Gusman dans un lieu inconnu, afin de le soustraire à un surcroit inutile de vénération. Même les fonts baptismaux, en forme de coquille, où Dominique avait été baptisé, n'échappèrent pas aux excès de la piété espagnole. En 4605, Philippe III les fit transporter en grande pompe de Calaruega à Valladolid. De là ils émigrèrent au Couvent Royal de San Domingo à Madrid, où ils ont servi, depuis cette époque, au baptême des Enfants Royaux (1).
Dix ans d'études à l'Université de Palencia firent de Dominique lin théologien accompli et l'armèrent de pied en cap pour l'œuvre de missionnaire à laquelle il devait consacrer sa vie. Reçu au chapitre d'Osma, il y devint bientôt sous-prieur ; c'est en cette qualité que nous l'avons vu accompagner son évêque, qui, depuis 1203, accomplit plusieurs missions dans le Languedoc. Les biographes de Dominique rapportent que toute sa carrière d'apôtre fut déterminée par un incident de son premier voyage, au cours duquel, descendu dans la maison d'un hérétique de Toulouse, il passa la nuit à le convertir. Ce succès,, joint à la constatation de l'étendue du mal, décida de sa vocation. Quand, en 120(>, l'évèque Diego renvoya son escorte et resta pour évangéliser le pays, il ne garda auprès de lui que Dominique; et lorsque Diego revint mourir en Espagne, Dominique demeura et continua de faire du Languedoc le théâtre desa féconde activité (2).
La légende qui s'est formée autour de lui le représente comme un des principaux instruments de la ruine de l'hérésie albigeoise. Assurément, il fit tout ce qu'un individu pouvait faire au profit d'une cause à laquelle il s'était entièrement dévoué; mais, historiquement, son influence fut presque insensible. Le moine de Vaux-Cernay ne le nomme qu'une fois, en
(1) Brem nda de Guzmana stirye S. Dominici, Rome, 1740, p. 11, 12, 127, 133, 2S8.
(2) Bern Guid. Tract. Magist. OrJ. Prxdicat. ann. 1203-5. — Nie. de Trivetli,. Chron. ann. 1203-9.
DOMINIQUE ET l'hERESIS 283*
qualité de compagnon de l'évèque Diego, et l'épithète qu'il lui accorde, vir totius s wcti'atis, n'est qu'une des formules de la civilité ecclésiastique à cette époque. Il fut au nombre des prédicateurs autorisés par les légats en 1207, avec la permission du pape Innocent; c'est ce que prouve une absolution donnée par lui et qui s'est conservée, où il s'appelle lui-même chanoine d'Osma et pj'œdicator mimmus; mais la modestie de 25$ sa situation appert du fait que l'absolution est soumise à l'approbation du légat Arnaud, dont Dominique n'était qu'un des mandataires. -Ce document, avec une dispense accordée à un bourgeois de Toulouse de loger un hérétique dans sa maison, sont les seuls témoignages subsistant de son activité de missionnaire. Cependant son talent d'organisateur s'était déjà révélé par la fondation du monastère de Prouille. Un des moyens les plus efficaces par lesquels les héritiques Dropageaient leurs doctrines était la création d'établissements où de pauvres filles de bonne naissance recevaient une éducation gratuite. Pour lescombattre sur leur propre terrain, Dominique conçut, vers 1206, le projet d'une institution analogue pour les Catholiques et il le réalisa avec l'aide de l'évèque Foulques de Toulouse. Prouille devint un grand et riche couvent, qui se vanta d'être le berceau de l'Ordre Dominicain (1)
Pendant les huit années suivantes, nous ignorons tout de la vie de Dominique. Sans doute il travailla sans relâche à remplir sa mission, gagnant, à défaut d'àmes, les vertus qui devaient se bien le servir : l'habileté dans la controverse, la connaissance* des hommes, la force que procure la concentration de toutesles énergies sur une tâche imposée par la conscience ; mais, dans le tumulte sauvage des croisades, il n'y a pas la moindretrace des résultats obtenus par lui. Nous pouvons hardiment repousser comme des fables la tradition qui lui fait refuser successivement les évêchés de Béziers, de Conscrans et de Com^
(1) Pet. Sarnens. c. 7. — Innoc. PP. III, R*qest. n, 18*î. — Paraa:o, </e origoffic. SJn-uis. lib. h, tit. 1, c. 2, §§ 0, 7. — Nie. do Trvetti Chron. ann. 1 0i. — Qiron. Mag'st. Uni. Praedic. c. 1. — Bcrn. (iuil. Hist. h'un ial. Cu cent. M irtène,. Anij». Cuil. vi, 439.)