LES TIERS ORDRES
esprits les plus élevé* de leur temps, en même temps qu'elle explique l'énorme influence que ces Ordres acquirent si rapidement. Dante lui-même ne peut leur refuser le tribut de son admiration :
« Vun fu tutto serafico in ardore, Valtro per sapienza in terra fue Di cherubica luce uno splendore. » (1).
Les talents d'organisateurs de François et de Dominique se révélèrent encore dans une autre création d'une haute importance, celle des Tiers-Ordres. Grâce à cette institution, des laïques, sans renoncer au monde, pouvaient s'affilier à diverses confréries, les aider dans leurs travaux, prendre part à leur gloire et ajouter à leur influence. Il y a trace d'un Ordre de Crucigeri ou Porte-Croix, composé de laïques organisés pour la défense de l'Église, qui prétendait remonter au temps d'Hélène, mère de Constantin, et qui fut restauré en 1215 par le concile de Latran ; mais rien ne prouve qu'il ait rendu des services. François, qui, bien que peu habile dans la dialectique et dans la rhétorique, était doué d'une éloquence qui parlait aux cœurs, produisit un jour en prêchant une impression si profonde que tous les habitants de la ville où il était, hommes, femmes et enfants, le supplièrent de les admettre dans son Ordre. Comme cela était évidemment impossible, il songea à rédiger une Règle qui permît à des personnes des deux sexes, sans quitter le monde, de se soumettre à une salutaire discipline et de s'unir à l'Ordre des Frères qui, à son tour, leur promettrait sa protection. Des engagements restrictifs que cette Règle imposait à ses adhérents, le plus significatif est celui de ne point porter d'armes offensives, si ce n'est pour défendre l'Église romaine, la foi chrétienne et leurs propres terres. Le projet fut approuvé par le pape en 1221. Le nom officiel de la nouvelle organisation était celui de « Frères et Sœurs delà Pénitence », mais il devint populaire sous le nom de Tiers-Ordre des Minorités ou Fran-
(1) Dante, Paradiso, xi.