‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 282 sur 551 · RÔLE POLITIQUE DES MENDIANTS · texte numérisé non relu

RÔLE POLITIQUE DES MENDIANTS

solennités de Pâques de 1239, fulmina une excommunication contre l'Empereur, ce fut aux prieurs Franciscains qu'il la communiqua, avec un long tableau des méfaits de Frédéric; ce fut à eux qu'il donna ordre de la publier au son des cloches, tous les dimanches et jours fériés. A ce procédé, d'ailleurs très expédient, pour soulever l'opinion publique contre lui, l'Empereur répondit par un nouvel édit d'expulsion. Quand il fut déposé, en 1244, par le concile de Lyon, ce furent les Dominicains qu'on chargea d'annoncer la sentence sur toutes les places publiques, avec promesse d'une indulgence de quarante jours pour tous ceux qui viendraient les écouter et remission plénière de leurs péchés aux Frères qui seraient .persécutés en conséquence. Bientôt après, nous les voyons jouer le rôle qui fut celui des Jésuites dans l'Angleterre jacobite et ailleurs, c'est-à-dire fomenter des complots et exciter des troubles. Frédéric déclara toujours que la conspiration contre sa vie en 1244 avait été l'œuvre de Franciscains qui, chargés de prêcher contre lui une croisade secrète sur son propre territoire, encourageaient ses ennemis en prophétisant sa mort prochaine. Lorsque les intrigues pontificales réussirent, en 1246, à faire élire Henry Raspe deThuringe Roi des Romains, à la place de Frédéric, Innocent IV adressa une 276 courte circulaire aux Franciscains, les exhortant à faire état de toute occasion, publique ou privée, pour plaider la cause du nouveau monarque et promettant la rémission de leurs péchés à ceux qui lui viendraient en aide. En 1248, ce sont encore des Frères des deux Ordres qui sont envoyés, comme émissaires secrets, pour semer la désaffection parmi les sujets de Frédéric. L'Empereur s'en plaignit vivement, ayant toujours aimé et protégé les Mendiants, et il répondit à cette perfidie par des actes de férocité sauvage. Le Dominicain Simon de Montesarculo, fait prisonnier, fut soumis à dix-huit tortures successives et Frédéric fit savoir à son gendre, le comte de Caserte, que tout Frère qui combattrait sa politique devait être, non plus exilé comme précédemment, mais immédiatement brûlé. Les Mendiants n'en continuèrent pas moins à prêcher la croisade contre Frédéric et, après sa mort, contre son fils Conrad. On affirme qu'Ezzelin

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da Romano, le vicaire impérial dans la Marche de Trévise, mit à mort soixante Franciscains pendant les trente années qu'il exerça le pouvoir. (1).

Peu à peu les Mendiants se substituèrent aux évoques quand il y avait lieu de communiquer au peuple des mandements pontificaux ou d'en assurer l'exécution. Pour la recherche des fugitifs, ils formaient comme le réseau d'une police invisible, répandue sur toute l'Europe et prête à tous les genres de services. Jadis, lorsqu'arrivait à Rome une plainte touchant quelque abus ou la conduite de quelque prélat, on chargeait une commission, formée de deux ou trois évêques ou abbés de la région, de procéder à une enquête, de rédiger un rapport ou de réformer sans délai l'église ou le couvent qui avait manqué à la discipline. Bientôt ces devoirs redoutables furent confiés aux seuls Mendiants, par l'entremise desquels le pouvoir pontifical se faisait sentir dans tous les palais épiscopaux, dans toutes les abbayes de l'Europe. A maintes reprises ils se plaignirent du surcroit de travail qui leur était imposé de ce chef et on promit de les en décharger; mais ils étaient trop utiles pour qu'on se privât de leurs services.

277 Une épisode va nous montrer combien la condition de l'Église, au xm« siècle, ressemblait encore à celle que nous avons constatée au XIIe, et combien la tâche des Mendiants était souvent difficile. Le grand archevêché électoral de Trêves était brigué en 1259 par deux conçurent qui, au grand profit de la Curie romaine, plaidèrent leur cause pendant deux ans à Rome, jusqu'à ce qu'Alexandre IV finit par les écarter l'un et l'autre. Le doyen de Metz, Henry de Fistigen, alla sous un prétexte quelconque à Rome où, en promettant de payer les dettes énormes contractées là par les deux rivaux, il obtint d'Alexandre sa nomination à l'archevêché. A son retour, lepallium fut retenu comme gage des dettes qu'il avait acceptées ; mais, sans l'at-

(1) Richard, de S. Germano CA'-oft. tmn. 1220, 1239.— Potthast, Reg . n°» 10725,- 13360. — Ripoll. i, 158, 172. — Hist. Diplom. Frid. II, t. vi, p. 405, 699-701, 710- 11. Waddingi Annal, ann. 1246, n° 4; ann. 1253, n° 35-6. — Martène, Ampliss. Coll. il, 1192. — Barbarano dé Mironi, Hist. Eccle*. di Yicenza, u, 73.

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