‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 281 sur 551 · MILICE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

MILICE PONTIFICALE

à être déposé et emprisonné pour le reste de sa vie au pain et à l'eau. Mais il n'y a aucune trace de l'exécution de cette sentence. qui paraît être restée lettre morte comme tant d'autres (1).

Quoiqu'il en soit, le Saint-Siège disposait désormais d'une milice à lui, recrutée et entretenue par les fidèles, cuirassée contre les attaques du clergé lui-même et exclusivement dévouée aux intérêts de Rome. En 1241, Grégoire IX accorda aux Frères le privilège de vivre librement sur les terres des excommuniés, d'accepter d'eux l'entretien et la nourriture. Ils purent donc pénétrer partout et servir d'émissaires secrets même dans les domaines de ceux qui étaient hostiles à la papauté. Jamais l'ingéniosité humaine n'a formé d'armée plus efficace, car non seulement les Moines étaient pleins de zèle et profondément convaincus, mais la réputation de sainteté supérieure qui les suivait 275 partout leur assurait la sympathie et l'appui du peuple, en même temps qu'elle leur donnait un énorme avantage dans leurs conflits éventuels avec les églises locales (2).

L'efficacité de la nouvelle armée contre les ennemis temporels du Saint-Siège fut mise à l'épreuve d'une manière très concluante dans la longue lutte de la papauté contre Frédéric IL le plus dangereux adversaire que Rome eût encore rencontré. Dès 1229, tous les Franciscains furent chassés du royaume de Naples ; on les traitait d'émissaires du pape, qui cherchaient à détourner de leurs devoirs les sujets de l'Empereur. En 1234. nous les voyons recueillir de l'argent en Angleterre afin de mettre le pape en état de continuer la lutte, employant, à cet effet, tous les procédés de persuasion et d'intimidation, avec un succès tel qu'ils tirèrent de l'île des sommes énormes et réduisirent nombre de gens à la mendicité. Quand Grégoire, aux

(1) Aegidii Carlerii Lib. de Légation. (Monum. Concil. gênerai, saec. xv, t. i, p. 544-8, 553, 555, 557, 563-6, 572, 577, 587, 590, 595.)

(2) Potthast n08 11040, 11041. — Le rôle des Mendiants comme instruments de la domination pontificale paraît clairement dans la condamnation du Franciscain Jean Sarrazin, convaincu par l'Université de Paris, en 1429, d'avoir enseigné publiquement que la juridiction tout entière de l'Eglise dérive de la papauté. Il fut obligé de reconnaître que cette juridiction était accordée par Dieu aux différents degrés de la hiérarchie et que 1 autorité des conciles reposait, non sur le pape, mais sur le Saint Esprit et l'Eglise (D'Argentré, Coll. Judic. de nov. Error. I, n, 227.)

Page 1