POLÉMIQUE CONTRE LES MENDIANTS
« Introduction à l'Évangile Éternel », que Ton attribuait à Jean de Parme, le général des Franciscains. Il y avait, en effet, parmi ces derniers, un parti fortement enclin au mysticisme, qui commençait alors à se faire sentir. Les écrits de l'abbé Joachim de Flore, que l'on faisait revivre et que l'on commentait avec ardeur, prédisaient, pour 1260, la ruine de l'état de choses existant dans l'Église et dans l'État, la substitution d'un nouvel Évangile à celui du Christ et le remplacement de la hiérarchie ecclésiastique par le monachisme mendiant. L' « Introduction à l'évangile Eternel » attirait l'attention de tous les lettrés de l'époque et offrait à Guillaume un terrain d'attaque trop propice pour être négligé.
L'Université tenait toujours. Vainement Alexandre fulminait bulle sur bulle contre les récalcitrants, les menaçant de peines diverses et, finalement, faisait appel à saint-Louis pour obtenir le concours du bras séculier. Le clergé de Paris, trop heureux de l'occasion d'accroitre l'impopularité temporaire des Mendiants, les insultait du haut de toutes les chaires et les attaquait même dans leurs personnes, usant de coups et de menaces, au point que les moines n'osaient presque plus se montrer dans les rues pour y mendier leur pain quotidien. Sans se laisser émouvoir par une requête du pape, qui demandait au roi de le jeter en prison, Guillaume publia un pamphlet intitulé De 286 periculis novissimorum temporum, où il exposait hardiment tous les arguments de ses discours contre les Mendiants. Il y montrait que le pape n'avait pas le droit d'enfreindre les ordres des prophètes et des apôtres et que ceux-ci seraient convaincus d'erreur si l'on renversait l'ordre établi de l'Église en permettant à des hypocrites vagabonds et à de faux prophètes de prêcher et de recevoir les confessions. Ceux qui vivent de mendicité sont des flatteurs, des menteurs, des calommiateurs, des voleurs et des ennemis de la justice. Quiconque déclare que Jésus était un mendiant nie qu'il ait été le Messie; c'est un hérésiarque qui détruit le fondement de toute la foi chrétienne. Un homme qui n'a pas d'infirmités commet un sacrilège quand il reçoit les aumômes des pauvres pour son usage personnel ; si