‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 292 sur 551 · INTERVENTION DE SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE SAINT THOMAS

l'Église a permis cela «aux moines, c'a été une erreur qui doit être redressée. Il appartient auxévêques de purger leurs diocèses de ces hypocrites; ils en ont le pouvoir et, s'ils négligent de le faire, le sang de ceux qui périront par suite de cette négligence retombera sur eux.

Saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure répondirent à ces virulentes attaques. Le premier, dans un traité intitulé Contra impugnantes religionem, démontra, avec la logique scolastique la plus raffinée, que les Frères avaient le droit d'enseigner, de prêcher, de recevoir des confessions et de vivre sans travailler; il réfuta les accusations portées contre leur moralité et leurs empiétements, affirmant qu'on n'avait aucun motif de les assimiler aux précurseurs de l'Antéchrist. Il s'efforça aussi d'établir qu'ils avaient le droit de résister à leurs diffamateurs d'appeler les tribunaux à leur défense, d'assurer même leur sécurité personnelle, en cas de nécessité, par le recours aux armes, et de punir ceux qui les persécutaient. Bonaventure, dans son De paupertate Christi, plaida que l'exemple du Christ était un argument décisif en faveur de la pauvreté et de la mendicité; dans son Libellus apologeticus et dans son Tractât as quia fratres minores prœdicent, il porta la guerre sur le terrain même de l'adversaire en dénonçant avec autant de vigueur que de franchise les défauts, les manquements, les péchés, la corruption et l'avilissement du clergé suculier. Les hérétiques pouvaient se sentir justifiés en voyant ainsi les deux grands partis de l'Église se dire réciproquement leurs vérités; et les fidèles avaient toute raison de se demander si l'un ou l'autre pouvait les conduire au salut.

Cette guerre de paroles ne donna pas de résultats décisifs et la solution de la crise vint d'ailleurs. Dès l'apparition du livre de Guillaume, saint Louis en avait soumis des exemplaires au pape Alexandre. L'Université, de son côté, envoya Guillaume à la tête d'une délégation pour demander à Borne la condamnation de l'Évangile Éternel. Albert le Grand et Bonaventure vinrent plaider la cause de leurs Ordres et une chaude dispute s'éleva devant le Consistoire. L'Évangile Éternel et son Introduction 287

Page 1