DÉCADENCE DES FRANCISCAINS
mondain tout à fait opposé à la conception primitive. En outre, 295 les Frères étaient particulièrement exposés aux tentations. Vagabonds de profession, ils n'étaient l'objet d'aucune surveillance, n'étaient soumis qu'à la juridiction de leurs supérieurs et aux lois de leur Ordre, exagérant encore ainsi et rendant plus dangereuse que jamais l'immunité commune à tous les ecclésiastiques (1).
La « religion séraphique » des Franciscains, par cela même qu'elle visait à un idéal presque surhumain, était sujette aux insidieux retours de la fragilité huma'ne. Cela se manifesta du vivant même de saint François, qui se démit de ses fonctions de Général à cause des abus qui tendaient à s'établir et offrit ensuite de les reprendre si les Frères voulaient marcher dans la voie qu'il leur avait tracée. Des froissements étaient inévitables entre ceux qui adhéraient en toute conscience aux austérités de la Règle et les mondains qui ne voyaient dans l'Ordre qu'un instrument de leur ambition. Il n'était pas nécessaire à saint François d'être prophète pour prédire, sur son lit de mort, des scandales prochains, des luttes intestines et la persécution de ceux qui ne voudraient pas consentir à l'erreur — pressentiment que nous verrons pleinement vérifié, non moins qu'une autre prédiction du fondateur, suivant laquelle le jour devait venir où l'Ordre serait tellement déshonoré que ses membres auraient honte de paraître en public. Le successeur de François, Elias, donna à l'Ordre une impulsion puissante, mais dans la voie opposée à celle qu'il avait suivie d'abord. Considéré comme le politique le plus habile et le plus astucieux de ritalie,il accrut notablement l'influence et l'activité des Franciscains, jusqu'à ce que les dérogations à la Règle, devenues très fréquentes, eussent tellement scandalisé les Frères plus rigides qu'ils obligèrent Grégoire IX à destituer Elias. Il passa alo'rs au parti de Frédéric II, et il fut excommunié.
Il n'était pas dans la nature humaine de repousser longtemps l'afflux des richesses qui venaient, de tous côtés, s'offrir
(1, Potthast, Reyest. n°* 8326, 9172, 11299. — Marlène, Thés v, 1816, 1820.