COMPROMIS DE
sonne mourant dans l'habit franciscain ne devait pas passer plus d'une année au Purgatoire, parce que saint François y faisait une visite annuelle et emportait au Ciel ceux qui s'étaient réclamés de lui. Mais quand la Papauté retrouva sa force, elle la mit de nouveau au service de ses favoris. En 1446, Eugène IV publia une nouvelle bulle, Gregis nobis crediti, qui condamnait les doctrines de Jean de Poilly et fut suivie, en 1453, d'une autre bulle de Nicolas V, Provisionis nostrœ, qui tendait à la même fin. Cette dernière bulle fut notifiée en 1456 à l'Université de Paris, qui la dénonça comme subreptice, ennemie de la paix et subversive de la subordination hiérarchique. Calixte III continua la lutte et, en présence de l'obstination de l'Université — elle refusait d'admettre parmi ses membres les Frères qui ne renonçaient pas à se prévaloir de ces bulles — fit vainement appel au roi Louis XI. Il est vrai qu'en 1458 un prêtre de Valladolid, qui déniait aux Mendiants le droit d'exercer les fonctions des prêtres, fut obligé de se rétracter publiquement dans sa propre église ; mais la lutte continua, donnant lieu en Allemagne à de tels scandales que les archevêques de Maycnce et de Trêves, d'accord avec de nombreux évêques et le duc de Bavière, furent obligés d'en appeler au Saint-Siège. Une commission de deux cardinaux et de deux évêques fut nommée pour régler les termes d'un compromis, qui fut accepté par les deux partis et approuvé par Sixte IV vers J480. Les prêtres ne devaient pas enseigner que les Ordres étaient une pépinière d'hérésie ; les Frères ne devaient pas enseigner que les paroissiens n'avaient pas besoin d'entendre la messe dans leurs églises paroissiales les dimanches et jours fériés ; en revanche, ils ne devaient pas être privés du droit de confesser et d'absoudre. Prêtres et Frères devaient également s'abstenir d'exercer une pression sur les laïques touchant le choix d'une sépulture ; 294 les deux partis devaient cesser de s'injurier et de se dénoncer dans leurs sermons. L'insertion de ce compromis dans la loi canonique montre l'importance qu'on y attacha, comme à l'instrument d'une paix durable, valable pour toute la chrétienté latine. Lorsque, en 1484, on condamna à Paris les hérésies de
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Jean Lallier, on compta parmi celles-ci le fait d'avoir renouvelé la doctrine de Jean de Poilly et d'avoir dit que Jean XXII n'avait pas le droit de la déclarer hérétique. Toutefois, en 1515, au concile de Latran, un effort résolu fut tenté par les évêques pour obtenir la révocation des privilèges spéciaux des Mendiants. En refusant de prendre part aux votes, ils obtinrent promesse de satisfaction; mais Léon X traîna les choses en longueur et, l'année suivante, un nouveau compromis fut conclu, dont les termes montrent combien les Mendiants avaient témoigné de mépris aux autorités épiscopales. D'ailleurs, les défenses qui leur furent faites à cette occasion les gênèrent peu, car, en 1519, Érasme, écrivant à Albert, le cardinal archevêque de Mayence, s'exprimait ainsi :
« Le monde est opprimé par la tyrannie des Mendiants, qui, bien qu'étant des satellites du Siège de Rome, sont cependant si nombreux et si puissants qu'ils sont redoutables au pape luimême et aux princes. À leurs yeux, quand le pape leur vient en aide, il est plus que Dieu; mais quand il leur déplaît, il n'a pas plus d'autorité qu'un rêve (1) ».
Il faut avouer que les Dominicains comme les Franciscains avaient singulièrement dégénéré des hautes vertus de leurs fondateurs. A peine les Ordres avaient-ils commencé à se répandre qu'il survint de faux frères, dédaigneux de leurs vœux de pauvreté et n'usant de la prédication que pour réaliser des gains sordides. Dès 1233, Grégoire IX est obligé de rappeler sévèrement au chapitre général des Dominicains que la pauvreté professée par l'Ordre devait être sincère et non simulée. Le fait que les papes employèrent sans cesse des Frères à titre d'émissaires politiques, les détourna nécessairement de leurs fonctions spirituelles, attira parmi eux des hommes ambitieux et remuants, imprima enfin à ces institutions un caractère
(1) D'Argentré, CnlUct. Judic. de Nov. Error. i, n, 189-4, 242, 251, 340, 317, 352, 354, 356. — Religieux de S. Denis, Hist. de Charles vi, lir. xxix, ch. 10. — Gersoni Sermo contra Bullam Mendica ttium. — AIpli. de Spin.i, Fortalicinu Fidei, fol. 61 (éd. 1404 . — C. 2 Extravagant, i, 9.— Ripoll m, 206, 256, 263.— Wadding. ann. 1457, n" 61. — H. Gorncl. Agrippa? Epis!, u, 40. — Raynald. Annal, ann. 1515, n° 1. — Goneil. Lateran. Scss. xi (Hard. ix, 1332). — Erasmi Epist. 10, lib xii (éd. 1642, p. 585-6).