‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 313 sur 551 · ORDALIES · texte numérisé non relu

ORDALIES

car, excepté là où le grand nombre des délinquants rendait la répression impossible, les sectaires se conformaient assidûment aux observances extérieures de l'orthodoxie; d'autre part, les fonctionnaires épiscopaux, peu versés dans la théologie, étaient généralement incapables d'arracher des confessions à des hommes habitués à la réflexion et d'un esprit plus éveillé que le leur.

L'usage judiciaire de la torture était heureusement encore inconnu; mais la procédure barbare des ordalies, à laquelle on avait fréquemment recours, suffit à montrer combien le 306 clergé se sentait impuissant à s'acquitter de fonctions si nouvelles pour lui. Saint Bernard lui-môme approuva cet expédient et, en 1457, le concile de Reims en fit une règle pour tous les cas où il y avait soupçon d'hérésie. Certains hommes d'Église, plus éclairés que les autres, l'envisageaient avec un scepticisme bien légitime et Pierre Cantor cite divers exemples pour en établir l'injustice. Une pauvre femme accusée de Catharisme fut laissée sans nourriture jusqu'à ce que, se confessant à un doyen, elle protesta de son innocence et reçut de lui le conseil de se soumettre à l'ordalie du fer rouge; elle n'y gagna que d'être deux fois brûlée, une fois par le fer rouge, une autre fois sur le bûcher. Un bon catholique, que rendaient seuls suspects sa pauvreté et sa pâleur, reçut d'une assemblée d'évêques l'ordre de se soumettre à la même ordalie; il refusa de le faire à moins que les évèques ne lui démontrassent d'abord que ce n'était pas un péché mortel de tenter ainsi Dieu. . Ce scrupule de conscience parut un symptôme suffisamment clair d'hérésie : sans plus ample informé, le malheureux fut livré aux autorités séculières et brûlé vif. Cependant, grâce à l'étude du droit romain, ce mode de procédure tomba peu à peu en défaveur aux yeux de l'Église; Innocent III l'interdit formellement en 1212, alors que Henry de Yehringen, évêque de Strasbourg, s'en était servi pour convaincre un grand nombre d'hérétiques. Le concile de Latran, en 1215, suivant l'exemple d'Alexandre III et de Lucius III, défendit à tout ecclésiastique de prendre part à une ordalie quelconque. L'embarras des

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