VICES DÉ LA PROCÉDURE
prélats ignorants était pénible : comment arriver à la vérité sans cet expédient commode du jugement de Dieu? En 1170, le bon évêque de Besançon avait donné un exemple typique des services que la justice d'alors demandait à la collaboration du Ciel ou de l'Enfer. Son diocèse était agité par quelques hérétiques qui opéraient des miracles. Lui-même, nous dit-on, était un homme instruit; pourtant, pour dissiper ses doutes sur le caractère des étrangers, — saints ou hérétiques — il invoqua le concours d'un ecclésiastique très versé dans la nécromancie et lui ordonna de rechercher la vérité en consultant Satan. Le malin clerc trouva moyen de tromper le Diable et de lui extorquer des confidences; il apprit ainsi que les étrangers étaient ses serviteurs. Aussitôt on les dépouilla des amulettes sataniques qui les protégeaient et la populace, qui avait commencé par les soutenir, les précipita sans pitié dans les flammes (1).
Lorsqu'on ne recourait pas à des moyens d'information sur- 307 naturels, la procédure était beaucoup trop compliquée pour être efficace, à rencontre d'un mal si répandu et de délinquants si nombreux. En 4204, Gui, archevêque de Reims, convoqua le comte Robert, cousin de Philippe Auguste, la comtesse Yolande et beaucoup d'autres laïques et ecclésiastiques pour juger quelques hérétiques découverts à Rennes ; tous ces malheureux lurent livrés aux flammes. En 1211, quand le chevalier Everard de Château neuf fut accusé de Catharisme par l'évêque Hugues de Nevers, le légat Octavien réunit, pour le juger à Paris, un tribunal composé d'archevêques, d'évêques et de maîtres de 1"L niversité, qui le condamnèrent. Tout cela était encore compliqué parla juridiction suprême et universelle de Rome, qui permettait aux riches et aux habiles de faire durer indéfiniment la procédure et, souvent, de demeurer indemnes. Ainsi, en 121 L un chanoine de Langres, accusé d'hérésie, fut appelé par son évéque devant un conseil de théologiens réunis pour l'examiner. <
(1) S. Born. Serm. lxvi in Cftntic. c. 12. — Hist. Vizeliacens. lib. iv. — Concil. Remens. ann. 1137, c. 1. — Cœsar. Heistcrb. Dial. Mirac. m, 16, 17; v, 18. — Guibert. jNovioge..t. de vita sua lib. m, c. 18. — Pet. Cantor. Verb. abbrev. e. 78.
— Innoc. PP. Reg. xiv 138. — Alex. P? 111. Epist. 74. — C. 8. Extra v. xxxiv.
— C. Lateran. iv. c. 1$.