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SES PRIVILEGES

surnaturel qui l'élevait au-dessus du niveau de l'humanité, mais sa personne et ses biens étaient également inviolables. Quelques crimes qu'il eût commis, la justice séculière ne pouvait en connaître, le bras séculier ne pouvait le saisir. L'ecclésiastique n'était justiciable que des tribunaux de son ordre, qui ne pouvaient pas prononcer de peine «apitale. Il était d'ailleurs toujours possible d'en appeler de leur jugement a la juridiction suprême de Rome et ce droit d'appel équivalait trop souvent à l'immunité.

Le même privilège protégeait la propriété ecclésiastique, dont la piété de générations successives avait enrichi l'Église et qui s'étendait sur une bonne partie des terres les plus fertiles de l'Europe. En outre, les droits seigneuriaux attachés à ces domaines impliquaient souvent une juridiction temporelle très étendue, qui conférait à leurs usufruitiers les droits sur les personnes dont les seigneurs féodaux étaient investis.

L'abîme entre le monde laïque et le clergé fut encore élargi par l'obligation absolue du célibat imposée à tous les ministres de l'autel. Remis en honneur vers le milieu du xie siècle et rendu obligatoire après une lutte obstinée de cent ans, le célibat des prêtres les séparait nettement du reste du peuple, conservait intactes les vastes propriétés de l'Église et mettait à son service une armée innombrable dont les aspirations et l'ambition ne visaient pas au-delà. L'homme qui entrait au service de l'Église n'était plus un citoyen. Il était affranchi des soucis et des liens de la famille. L'Église était pour lui une nouvelle patrie, dont les intérêts se confondaient avec les siens. En échange de ce qu'ils abandonnaient, tous les serviteurs de l'Église étaient assurés du lendemain et affranchis de toute préoccupation matérielle, pourvu qu'ils restassent dans l'obéissance.

En outre, l'Église était la seule carrière ouverte aux hommes de toute situation et de tout rang. Dans la société partagée en classes par le système féodal, l'avancement, le passage d'une classe à l'autre était presque impossible. Dans l'Église, au contraire, si l'avantage de la naissance pouvait faciliter l'accès aux

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