PROVINCIAUX ET INQUISITEURS
Le résultat naturel de cette législation contradictoire fut que les inquisiteurs se considérèrent comme responsables envers leurs supérieurs en tant que Frères, mais non en tant qu'inquisiteurs; en cette dernière qualité, ils ne croyaient devoir de comptes qu'au pape et ils prétendaient qu'on ne pouvait les écarter qu'en cas d'impuissance avérée à remplir leur tache, par l'effet de l'âge, de la maladie ou de l'ignorance. Quant à leurs vicaires et subordonnés, ils prétendaient qu'ils ne relevaient d'aucune autre juridiction que la leur; toute tentative faite par un provincial pour écarter un de ces subordonnés devait motiver une poursuite pour suspicion d'hérésie, étant un obstacle opposé à la bonne marche de l'Inquisition. Il n'était certes pas facile d'intervenir dans les affaires conduites par des hommes aussi redoutablement armés et animés d'un pareil esprit de décision. La chaleur avec laquelle Ejmerich traite cette question laisse entrevoir le caractère de la lutte qui se poursuivait incessamment entre les provinciaux et les inquisiteurs. Les abus et les désordres auxquels donna lieu cette attitude obligea Jean XXIII d'intervenir et de déclarer que les inquisiteurs seraient soumis en toutes choses à leurs supérieurs et leur devraient obéissance. Mais le Grand Schisme avait affaibli l'autorité pontificale et Jean XXIII fut peu écouté. Après le rétablissement de l'unité à Constance, en 1418, Martin V se hâta de renouveler l'ordre donné par son prédécesseur. Malheureusement, comme dans le cas dune révocation, l'insatiable avidité de la Curie romaine, toujours prête à se laisser corrompre, opposait un obstacle fatal à rétablissement de la discipline ; d'ailleurs, ceux qui étaient commissionnés directement par le pape ne pouvaient guère témoigner de soumission aux fonctionnaires de leurs Ordres respectifs (1). Les remarques d'Ejmerich attestent qu'un inquisiteur ne 347 devait pas se faire scrupule de poursuivre son supérieur. Sa juridiction était, en fait, presque illimitée, car la menace de la suspicion drhérésie pesait également sur les grands et sur
(1) Eymerich, p. 540-9, 553. — A/chivio di Firenze, Prov. del Conv. di S Croce 16 apr. 1418. ■