‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 355 sur 551 · RÉSISTANCES POPULAIRES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCES POPULAIRES

n'étaient pas perdues. Ainsi, dans une liste de provinciaux dominicains de Saxe de la dernière moitié du xive siècle, trois frères qui se succédèrent dans cette éminente situation de 1369 a 1382, Walther Kerlinger, Hermann Helstede et Heinrich von Albrecht, avaient tous été antérieurement inqui- 349 siteurs (1).

Il ne faut pas s'imaginer que cette gigantesque construction, qui pesa si longtemps sur le monde chrétien, ait pu s'édifier sans opposition, malgré la faveur que lui témoignèrent papes et rois. Quand nous en arriverons à étudier dans ses détails l'histoire de l'Inquisition, nous trouverons de nombreux exemples de résistances populaires, rapidement et impitoyablement écrasées. Certes, il fallait un singulier courage pour oser élever la voix contre un inquisiteur, quelque cruelle et odieuse que fût sa conduite. Aux termes de la loi canonique, toute personne qui mettait obstacle à l'activité d'un inquisiteur, ou donnait des conseils à cet effet, était excommuniée ipso facto. Après une année passée dans cette condition, elle était légalement considérée comme hérétique, livrée, sans plus ample cérémonie, au bras séculier, et brûlée sans jugement ni espoir de clémence. L'effroyable puissance dont l'inquisiteur était ainsi revêtu s'accroissait encore par suite de l'élasticité du crime consistant à « mettre obstacle au Saint-Office », crime mal défini et cependant poursuivi avec une ténacité infatigable. Si la mort venait soustraire les accusés à la vengeance de l'Église, l'Inquisition s'en prenait à leur mémoire et faisait peser sa colère sur leurs enfants et leurs petits-enfants. Lors du procès de Frère Bernard Délicieux, en 1319, on considéra qu'il s'était rendu coupable de résistance à l'Inquisition parce qu'il avait quelque peu étendu les pouvoirs des agents désignés par la ville d'Albi pour en appeler au pape Clément V contre l'évêque et l'inquisiteur (2).

(1) Pegnge Ai p. ad Eymeric. p. 66-7. — Arch. de l'inq. de Careass. (Doat XXXII, 143, 147). — Eymeric. Direct. Inq p. 537-8. — Albert. Re .ert. Inq. écL 14?4, ?. v. Delegatus. — Franz Ehrle, Archiv fur Litteratur und Khchengeschichte, 188*. p. 158. — Lami, Antiehilà Toscane, p. 583.— Archivio di Firenze, Hiformagioni, classe v, n° 129, fol. 46, 62-70. — Martène AmpL Coll. vi. 341.

(2) Mss. Bib. Nat. fonds latin, n° 4270, fol. 146 et 165.

Page 1