ÙZ L'HÉRÉSIE EN IRLANDE
Parlement d'Elisabeth se hâta d'annuler toute la législation de Philippe et de Marie, en même temps que les anciens statuts qu'ils avaient remis en vigueur. Toutefois, le statut De hœretico comburendo était devenu partie intégrante de la loi anglaise; ce fut seulement en 4677 que Charles II en obtint l'abrogation et fît décider que les cours ecclésiastiques, dans les cas d'athéisme, de blasphème, d'hérésie, de schisme et d'autres crimes religieux, ne pourraient sévir que par l'excommunication, la destitution, la dégradation et les autres censures ecclésiastiques, à l'exclusion de la peine de mort. L'Ecosse tarda plus longtemps que l'Angleterre à renoncer aux persécutions sanglantes; la dernière exécution pour hérésie qui ait eu lieu dans les Iles Britanniques fut celle d'un jeune homme de dix-huit ans, un étudiant en médecine du nom d'Aikenhead, qui fut pendu à Edimbourg en 1687 (1).
En Irlande, l'humeur belliqueuse d'un Franciscain, Richard Ledred, évêque d'Ossory, l'engagea dans une lutte prolongée avec de prétendus hérétiques, Ladj Alice Kyteler, accusée de sorcellerie, et ses complices. On était si peu familier en Irlande avec les lois concernant l'hérésie que les officiers séculiers refusèrent d'abord avec dédain de prêter le serment, prescrit par les canons, de seconder les inquisiteurs dans leur tâche mais Ledred finit par les y contraindre et eut la satisfaction de brûler quelques-uns des accusés en 4325. Puis, ayant encouru l'inimitié des principaux personnages de l'île, il fut lui-même accusé d'hérésie et dut prendre la fuite. C'est seulement en 4354 qu'il put de nouveau résider tranquillement dans son diocèse, bien que, dès 4335, le pape Benoit XII eût écrit à Edouard III pour déplorer l'absence, en Angleterre, d'une institution aussi utile que l'Inquisition et pour l'exhorter à faire seconder par ses fonctionnaires le pieux évêque d'Ossory, dans
ioiV D'ArKentré> Colleet. Judic. I. i. 185, 234. - Harduin. Concil. VII. 1065-8, S'- Upgrave's Chronicle, ann. 1286. — Nie. Trivetti Chron. ann. 1222 (D Achery m, 1*8). - Bracton. lib. m. Tit. n. cap. 9, § 2. - Myrror of Justice,
Cap,ok§ fuCa?^"' § 2?; caP- ,v' § u- - 5 Rich- "• c- 5- - Rymer's Fœdeva, vu 363, 447, 458. - 2 Henr. iv. c. 15. — Concil. Osoniens. ann. 1408, c. 13. — l Henr. v. c. 7. — 25 Henr. vm. c. 14. — 1 Edw. n. c. 12, §3.-1 Eliz c. I. à 15. — 29 Car. n. c. 9. — London Athen. may 31, 1873; n^v. 29.1884.
pays d'outre-mer 403
sa lutte contre les hérétiques dont il trace un tableau très exagéré. L'archevêque de Dublin lui-même, Alexandre, fut dénoncé comme fauteur de l'hérésie en 1347 parce qu'il s'était opposé aux violences de Ledred ; en 1354, son successeur l'archevêque Jean reçut l'ordre de prendre des mesures rigoureuses pour châtier ceux qui s'étaient échappés d'Ossory et avaient cherché refuge dans son diocèse (1).
Lorsque les troubles suscités par les Hussites devinrent 355 inquiétants et qu'on put craindre que la désaffection ne se répandit dans le Nord, Martin V, en 1421, autorisa l'évêque-de Schleswig à désigner un Franciscain, le frère Nicolas Jean, comme Inquisiteur pour le Danemarck, la Norvège et la Suède ; mais il n'y a pas trace de son activité dans ces régions et l'on peut dire que l'Inquisition n'y a jamais eu d'existence réelle (2).
Comme les missions destinées à la conversion des schismatiques et des hérétiques étaient exclusivement, au Moyen-Age, entre les mains des Dominicains et des Franciscains, les églises qu'ils constituèrent furent toujours pourvues de l'organisation nécessaire pour sauvegarder l'orthodoxie des nouveaux convertis. C'est ainsi que l'Inquisition prit pied en Asie et en Afrique. Le Frère Raymond Martius est honoré comme le fondateur de l'Inquisition à Tunis et au Maroc. Vers 1370, Grégoire XI nomma inquisiteur en Orient le Frère Jean Gallus qui, de concert avec le Frère Elias Petit, implanta l'institution, à ce qu'on assure, en Arménie, en Russie, en Géorgie et en Valachie ; l'Arménie supérieure fut redevable du même bienfait au frère Bartolomeo Ponco. A la mort du frère Gallus, Urbain VI, vers 1378, prescrivit au général dominicain de désigner trois inquisiteurs, l'un pour l'Arménie et la Géorgie, le second pour la Grèce et la Tartarie, le troisième pour la Russie et la Valachie. En 1389, l'un d'eux, le Frère André de Caffa, obtint le droit de prendre
(1) Wr'ght, Proceedings against Dame Alice Kytelcr, Camden Soc. 1843. — Wadciing. Annal, ann. 1317, n° 56; ann. 1335, n° 5-6. — Theiner, Monum. ffibem. et Scotor. n° 531-2, p. 269; n° 57J-1 p. 2S6 ; n° 599, p. 299.
(2) Wadding. Annal. an«, 1421, n° 1.
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