ROYAUME DE JÉRUSALEM
un associé pour son immense province de Grèce et de Tartane. Au xive siècle, un inquisiteur semble avoir été considéré comme un membre indispensable de toute mission religieuse. Même dans le fabuleux empire éthiopien du Prêtre Jean, il est question d'une Inquisition fondée en Abyssinie par le Dominicain Saint Pantaleone et d'une autre fondée en Nubie par le Frère Bartolomeo de Tybuli, qui fut aussi honoré comme un saint dans ce pays. On ne peut s'empêcher de rendre hommage au zèle désintéressé des hommes qui se vouèrent ainsi à la diffusion de l'Évangile parmi les barbares et l'on aime à croire que les Inquisitions fondées par eux ont été relativement inoffensives, n'étant pas appuyées sur les édits terribles d'un Frédéric II ou d'un Saint-Louis (1).
Il n'est pas jusqu'aux débris du Royaume de Jérusalem qui n'aient connu, avant de disparaître, le zèle indiscret des inquisiteurs. Suivant Nicolas IV, le premier pape franciscain, les malheurs de la guerre y avaient développé les germes de l'hérésie et du judaïsme. En 4290, il accorde pleins pouvoirs à son légat Nicolas, patriarche de Jérusalem, pour y désigner des inquisiteurs de concert avec les provinciaux des Mendiants. Gela fut fait, mais l'institution venait un peu tard. La prise d'Acre (19 Mai 1291) chassa définitivement les Chrétiens de la Terre Sainte et mit fin à la très courte carrière de l'Inquisition syrienne. Elle fut cependant renouvelée en 1375 par Grégoire XI, qui autorisa le provincial franciscain de la Terre Sainte à faire office d'inquisiteur en Palestine, en Syrie et en Egypte, afin de s'opposer aux tendances vers l'apostasie dont témoignaient les pèlerins chrétiens, toujours si nombreux dans ces régions (2).
Il ne faut pas supposer que le triomphe de l'Inquisition sur les évêques lui ait conféré le monopole de la persécution. La
(1) Paramo, p. 252-3. — IWonteiro Historia da Satito Tnquisicâo, P. I. lib. I. «• 59. - Ripoll II, 290, 310; III, 9. HO.
(2) Wadding. ann. 1290, n° 2; ann. 1375, n° 27, 28. — 11 est digne de remarque que dans le royaume latin de Jérusalem, l'hérésie paraît avoir été justiciable d un îr.bunal laïque; le chevalier hérétique avait le droit d'être juge par ses pairs ^Assises de Jérusalem, Haute Cour, c. 318; éd. Kausler, Stuttgart, 1838, p. 367-8)