‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 41 sur 551 · MAUVAISE RÉPUTATION DES ÉVÈQUES · texte numérisé non relu

MAUVAISE RÉPUTATION DES ÉVÈQUES

ces turbulents évèques qu'une croyance devenue générale, parmi les âmes pieuses, voulait qu'aucun prélat ne pût entrer dans le Royaume des Cieux. On racontait partout l'histoire de Geffroi de Péronne, prieur de Glairvaux, qui avait été nommé évoque de Tournai ; comme Saint Bernard et Eugène III l'exhortaient à accepter, il se jeta face contre terre en criant : « Si vous me chassez, je peux devenir un moine vagabond; mais un évêque, jamais ! », Sur son lit de mort, il promit à un ami de revenir et de le renseigner sur sa condition dans l'autre monde. Il apparut, en effet, à cet ami, pendant que celui-ci priait près de l'autel. Il lui annonça qu'il était parmi les élus; mais, ajouta-t-il, la Trinité lui avait révélé que s'il avait accepté l'évêché, il aurait été parmi les réprouvés. Pierre de Blois, qui raconte cette histoire, et Pierre Cantor, qui la répète, prouvèrent l'un et l'autre qu'ils y croyaient en refusant avec persistance des évêchés ; peu de temps après, un ecclésiastique parisien déclara qu'il croirait volontiers à tout, sauf qu'un évêque allemand pût être sauvé, parce que ces prélats portaient deux glaives, celui de l'esprit et celui de la chair.

Césaire de Heisterbach explique cela par la rareté des hommes dignes de l'épiscopat et l'effrayante multitude des mauvais évèques ; il dit aussi que les tribulations auxquelles ils étaient exposés résultent de ce que la main de Dieu n'était pas visible dans leur élévation. Rien ne peut être plus vif que le langage employé par Louis YII dans la description qu'il fait des vices et du luxe des évèques ; il en appelait vainement à Alexandre III,

Reichersperg. Exposit. in Psalm. lxiv, cap.34.— Ejusd. Lib.de ^Edificio Dei, c. 5.

— Csesar. Heisterbac. Dial. Mirac. Dist. n, cap. 9. — Matt. Paris, Hist. Angl. ann. 1196.— Kog Hove^ens. ann. 1197.— Benedicti Gesta Henrici II, ann. 1188.

— Ba^giolini, Dolcinn e i Patarini, p. 53 (Novara, 1638). — Martène, Thesaur. n, 90-93,99, 100, 150, 151, 192.

Un clerc anonyme, qui rimait au xiu* siècle, décrit ainsi les eveques de son temps : « Episcopi cornuii « Sicut fortes incedunt

Conticuere midi; et a Deo discemnt,

ad prxdam sunt parati Ut leones féroces

etl ndecenter coronati, et ut aquitae veloces,

pro virqa ferunt lanceam ut apri frenienies

pro infula galeam, exacuere dentés. »

Carmina Burana, p. 15 (Breslau, 1883).

Page 1