PARJURES, RAPINES, CRIMES DIVERS
le suppliant de profiter de son triomphe sur Frédéric Barberousse pour opérer la réforme de l'Eglise (1).
Les témoignages de ce temps ne laissent aucun doute sur les habitudes de rapine et de violence qui caractérisaient alors les princes de l'Église. Le seul tribunal auquel ils pussent être sites était celui de Rome. Mais il fallait vraiment le courage du désespoir pour y porter plainte contre eux et quand ces plaintes Je produisaient, l'impunité était virtuellement acquise aux coupables par la difficulté d'établir les accusations, la longueur de la procédure et la vénalité notoire de la curie romaine.
Lorsqu'un pontife énergique et incorruptible comme Innocent III occupait le trône pontifical, il y avait pour les victimes quelque chance de se faire entendre ; le nombre des procès contre les évêques dont il est question dans ses lettres prouve combien le mal était étendu et enraciné. Pourtant, même sous Innocent III, les délais de procédure, l'évidente hésitation que 14 Rome éprouvait à condamner, étaient autant de motifs pour détourner les accusateurs de démarches qui pouvaient leur être funestes à eux-mêmes.
Ainsi, en 1198, Gérard de Rougemont, archevêque de Besançon, fut accusé par son chapitre de parjure, de simonie et d'inceste. Appelés à Rome, les accusateurs n'osèrent pas soutenir leur plainte, bien qu'ils ne la retirassent point, et le pape Innocent, citant l'exemple de la femme adultère, renvoya l'archevêque en lui conseillant de ne pécher plus. Alors se produisit une longue série de scandales, au point que la religion, dans le diocèse de Besançon, devint pour tous un objet de raillerie. Gérard continua à vivre avec une de ses parentes, l'abbesse de Remiremont, et d'autres concubines, dont l'une était une religieuse et l'autre la fille d'un prêtre ; aucune Église ne pouvait être consacrée, aucun bénéfice ne pouvait être conféré sans le paiement d'une forte somme ; les exactions de l'archevêque
(1) P. Cantor. Verb. abbrev. cap. liv. — Pet. Blesens. Epist. ccxi. — Cœsar. Ileisterb. Dial. Mirac. Dist. n, c. 27, 28; Lfist. vi, c. 20. — Varior. ad Alex. I P. III, Epist. xxi(Migne, Patrolog en, 1379). — Pet. Blesens. Tract, quales sunt P. II, iv.