‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 422 sur 551 · PROTESTATION DU ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

PROTESTATION DU ROI DE FRANCE

puis de lui donner à boire une quantité de vin fort; une fois le malheureux en état d'ébriété, il ne fut pas difficile de lui faire reconnaître que lui-même et ses quarante compagnons étaient autant d'hérétiques. (1) 423 La torture épargnait la dépense et les ennuis de longues captivités; c'était une méthode expéditive et efficace pour obtenir les révélations que l'on désirait et elle prit rapidement faveur auprès de l'Inquisition, alors que la jurisprudence séculière ne se hâta point de l'adopter. En 1260, la charte accordée par Alphonse de Poitiers à la ville d'Auzon spécifie expressément que les accusés ne seront pas soumis à la torture, de quelque crime qu'ils soient accusés. Gela prouve que l'usage s'en répandait cependant peu à peu. Dès 1291, Philippe le Bel crut nécessaire d'en restreindre l'abus ; dans des lettres au sénéchal de Carcassonne, il fait allusion à la méthode de torture récemment introduite par l'Inquisition, avec ce résultat que les innocents sont condamnés, que le scandale et la désolation régnent dans le pays. Il ne pouvait pas intervenir dans l'organisation intérieure du Saint-Office, mais il atténuait le mal en interdisant que des arrestations fussent opérées à la simple requête des inquisiteurs. Comme on pouvait le prévoir, cette mesure n'était que palliative; l'indifférence à la souffrance humaine grandit par l'habitude — et l'abus de cette infâme méthode d'investigation ne fit qu'empirer. Lorsque les cris de désespoir de la population amenèrent Clément V à ordonner une enquête sur les iniquités de l'Inquisition de Carcassonne, les cardinaux envoyés dans cette ville en 1306 furent préalablement avertis que les

(1) Lea, Superstition an i Force, 39 éd. 1878, p. 419-20. — Lib. Jur. Civ. Veronœ, ann. 1228, c. 75. — Constit. Sicular. Lil>. i. lit. 27. — Frid. h Edict. 1220, § 5. — Innoc. PP IV. Bull. A<i extirpanda, § 26. — Concil. Aufissiodor. ann. 578, c. 33. — Concil. Matiscon. h. ann. 585, c. 19. — Alex. PP. IV. Bull. Ut nei;otium 7 Julii 1258 (Doat, XXXI. 196); Kjusd. Bull. Ne inquhitionis, 19 Apr. 1259. - Urban. PP. IV. Bull. Ut neyot'ium, 1260, 1262. (Kipoll. I, 430 ; Mag. Bull. Kom. i. 132.) — Clément. PP. IV. Bull Ne inqnisitionis, 13 Un. 1266. — Bern. Guidon. Pract. P. IV (Dcat, XXX.) — Pegnae Comment, in Eymeric. p. 593. — Archivio di Napoli, Mss. Chioccarello, T. VIII. — Historia Tribulationum (Archiu fur Lit t. and Kirchenqesch'chte 1886, p. 324.)

La plus ancienne allus on à l'usage de la torture en Languedoc remonte à 1Î54,. quand Saint-Louis défendit de l'appliquer sur le témoignage d'un témoin un;que,. même quand il s'agirait d'un pauvre. — Vaissete, éd Privât, XI II. 1348.

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