MAUVAISE FOI DES INQUISITEURS
fait insignifiante, aux termes de laquelle la torture ne devait être administrée « qu'après mûre et sérieuse délibération » ; mais sa protestation resta sans effet, et les règles Clémentines devinrent et restèrent la loi de l'Église (1).
Toutefois, les inquisiteurs étaient trop peu habitués à la discipline pour se soumettre longtemps à cette restriction de leurs privilèges. La désobéissance, il est vrai, entraînait la nullité de 425 leur procédure, et l'infortuné qui avait subi d'horribles tortures, sans l'approbation d'un évêque, était libre d'en appeler au pape; mais cela ne le dédommageait pas de ses souffrances. En outre, Rome était loin et la plupart des victimes de l'Inquisition étaient trop pauvres, trop impuissantes pour recourir à cette tutelle illusoire. Dans les Practica de Bernard Gui, écrits probablement vers 1328-30, il n'est question que de consultation avec des experts, non avec des évêques; Eymerich adhère aux Clémentines, mais ses instructions touchant ce qu'on doit faire au cas où ces règles seraient violées prouvent combien cela était fréquent. Quant à Zanghino, il affirme hardiment que le canon doit être interprété comme autorisant la torture avec l'aveu d'un évêque ou d'un inquisiteur. Au cours de certaines procédures contre les Vaudois du Piémont en 1387, si les accusés ne se confessaient pas au premier interrogatoire, on inscrivait que « l'inquisiteur était mécontent»; vingt-quatre heures étaient accordées au prisonnier pour compléter sa déposition; dans l'intervalle, on le soumetlait à la torture pour assouplir sa volonté; puis, le lendemain matin, s'il se montrait docile, on inscrivait que sa confession avait été obtenue sans torture et en dehors de la chambre réservée à cet effet. En outre, de subtils casuistes découvrirent que Clément avait seulement parlé de torture en général et n'avait pas expressément mentionné les témoins; d'où ils conclurent que la torture des témoins — un des abus les plus criants de leur système — était laissée à la discrétion des inquisiteurs, ce qui finit par être accepté comme une règle. Un pas de plus, et l'on admettait
(1) C. 1, § 1, Clément, v. 3. — Bern. Guidon. Gravamina (Doat, XXX. 100 120.) — Eymeric Direct. Jnquis. p. 422. — Zanchui, Tract, de Hxret. c. xv.