LA SENTENCE
4S9 Les fonctions pénales de l'Inquisition étaient fondées sur une fiction qui doit être expliquée d'abord pour qu'on puisse justement apprécier une partie de son action. En théorie, elle n'avait pas la mission d'infliger des peines. Sa mission consistait à sauver des âmes, à les remettre dans la voie du salut et à infliger des pénitences salutaires à ceux qui cherchaient cette voie, comme un confesseur à ses pénitents. Ses jugements n'étaient donc pas, comme ceux du juge temporel, des vengeances exercées par la société sur les coupables, ou des exemples destinés à empêcher, par la terreur qu'ils inspiraient, la diffusion du crime ; ils avaient simplement pour objet le bien des âmes égarées, l'effacement ou le rachat de leurs péchés.
Les inquisiteurs eux-mêmes parlent généralement de leur office dans cet esprit. Quand ils condamnaient un malheureux à la prison perpétuelle, la formule en usage, dès que la procédure du Saint-Office fut fixée, consistait en une simple injonction adressée au coupable de se rendre à la geôle et de s'y renfermer, au régime du pain et de l'eau qui complétait la pénitence; puis on l'avertissait qu'il ne devait pas sortir de prison sous peine d'être excommunié et considéré comme un hérétique parjure et impénitent. S'il parvenait à s'enfuir, la demande d'extradition le représentait comme un insensé, ayant rejeté la médecine salutaire prescrite pour sa guérison et dédaigné l'huile et le vin au moyen desquels on cherchait à panser ses blessures... (1).
(i) Guid. Fulcod. Quxst. xm, xv. — Ripoll, i. 254. — Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doat, XXXI. 139.)— Arch. de l'évèché d'Albi (Doat, XXXV. 69.) — Lib.