INNOCENTS PUNIS
devant le tribunal pour être châtié. Tous les autres étaient abandonnés au bras séculier.
Ce qui montre combien cette théorie était vaine, c'est que la juridiction inquisitoriale ne pesait pas seulement sur les hérétiques, sur ceux qui avaient erré volontairement en matière de foi. Fauteurs et défenseurs des hérétiques, ceux qui leur accordaient un asile, une aumône, une protection quelconque, ceux qui négligaient de les dénoncer aux autorités ou de s'emparer d'eux quand ils le pouvaient — tous ceux-là, quelque orthodoxes qu'ils pussent être, encouraient la suspicion d'hérésie. Si la suspicion était violente, elle était aussi grave que l'hérésie elle-même ; si elle était véhémente ou simple, 462 nous avons vu à quels périls elle exposait encore. Zanghino enseigne que, si un hérétique se repent, s'il se confesse à son prêtre, s'il accepte une pénitence et finit par recevoir l'absolution, il peut sans doute être libéré de l'enfer et lavé de ses péchés aux yeux de Dieu, mais il ne doit pas être exempté des châtiments temporels et reste exposé aux poursuites de l'Inquisition. Celle-ci ne voulait donc pas abandonnner sa proie, tout en reconnaissant l'efficacité du sacrement de la pénitence, et, pour écarter des difficultés de ce genre, défense était faite aux prêtres de recevoir les confessions d'hérétiques, sujets réservés aux évêques et aux inquisiteurs. N'est-ce point là encore une preuve évidente que la conduite du Saint-Office n'était point d'accord avec sa doctrine ? (1).
Les pénitences généralement imposées par l'Inquisition étaient peu nombreuses. Elles consistaient, d'abord, en pratiques pieuses — récitation de prières, fréquentation d'églises, usage de la discipline, jeûnes, pèlerinages, amendes au profit d'œuvres religieuses, toutes choses qu'un confesseur pouvait imposer à ses pénitents ordinaires. Cela suffisait pour les offenses d'importance secondaire. Puis venaient les pœnœ confusibiles, pénitences humiliantes et dégradantes, dont la
(i) Concil. Tarraconens. ann. 1242. — ïnnoc. PP. IV. Bull. Xowrit uni vers i tas 1254 (Mag. Bull. Rom. i. 103). ~ Bern. Guidon. Practica P. iv (l)oat, XXX.) — Eymeric. Direct. Inquis. p. 368-72, 376-8. — Zanchini Tract, de Hxret. c. xxxm.