‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 470 sur 551 · EXTORSIONS DES INQUISITEURS · texte numérisé non relu

EXTORSIONS DES INQUISITEURS

truction d'un certain pont, ou d'une certaine église, ou « pourêtre dépensées en œuvres pies à notre discrétion ». Cette dernière clause prouve que les commutations ne servaient pas toujours à des objets d'intérêt général. Ainsi nous possédonsdes lettres de l'inquisiteur de Narbonne, en 4264, qui accorde l'absolution àGuillem de Puy en considération d'un don de cent cinquante livres tournois fait par lui à l'Inquisition. La grandeur de ces sommes montre combien les pénitents étaient désireux de se tirer d'affaire et l'énorme pouvoir d'extorsion qui appartenait à l'inquisiteur. Si ce dernier était intègre, il pouvait résister à la tentation; mais s'il était avide, il jouissait de facilités presque illimitées pour rançonner les malheureux sans défense. Ce système fut maintenu jusqu'à la fin. Sous Nicolas V, Fray Miguel, l'Inquisiteur d'Aragon, offensa mortellement certains hauts dignitaires en se conformant à des instructions pontificales; sur quoi ils le maltraitèrent et le tinrent sous les verrous pendant neuf mois. C'était une atteinte flagrante à l'Inquisition. En 1458, Pie II ordonna à l'archevêque de Sarragosse de déterrer les ossements d'un des coupables et de les envoyer au Saint-Siège pour être jugés. Mais il ajouta que l'archevêque pouvait, à sa discrétion, substituer à cette procédure l'imposition d'une amende, destinée à la guerre contre les Turcs et devant être versée à la Chambre pontificale. — Bien entendu, la peine de mort ne pouvait jamais être commuée légalement (1).

Lorsqu'un pénitent mourait avant d'avoir accompli sa péni- 47^ tence, l'occasion était particulièrement propice à des transactions de ce genre. La mort ne mettait pas les hommes à l'abri de la juridiction inquisitoriale et n'affaiblissait en rien la rigueur de ses poursuites. Dans la pratique, il pouvait y avoir une distinction entre ceux qui mouraient en accomplissant

(1) Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doa*, XXXI, 152. — Arch. Nat. de France, J. 430, n° 1. — Berger, Les Registres d'Innoc. IV, n° 4093. — Vai^sete, m, 460' 462. — Molinier, op. cit. p. 173, 283-4, 391, 396, 397. — Lib. Sentent. Inti. Tolos' p. 40. — Bern. Gnidonis Practica (Doat, XXIX, 83.) — Coll. Doat, XXXI, 202.— Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doat, XXXV. 192. ï — Zancliini, Tract, de Hxret.

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