CAUTIONS
ses biens établit qu'ils comprenaient un lit, des vêtements, une 47$ armoire, quelques bestiaux et quatre sols ; le tout avait été réparti entre ses proches. C'est sur ce pitoyable héritage que l'inquisiteur, le 7 mars 1256, réclama quarante sols, que les héritiers durent s'engager, sous caution, à payer à Pâques. De pareils détails éclairent d'une lumière crue l'esprit et les procédés de l'Inquisition, ainsi que l'oppression qu'elle exerçait sur les malheureuses populations sujettes à ses caprices. Même lorsqu'il s'agissait seulement de prétendus fauteurs, qui n'étaient pas des héritiques, leurs héritiers étaient tenus de subir toute peine pécuniaire qui avait été infligée aux défunts (1).
Une source de revenus plus légitimes, mais qui, cependant, elle aussi, devint le prétexte de graves abus, était l'habitude d'exiger des cautions. Celles-ci, bien entendu, pouvaient être abandonnées par l'accusé et constituaient ainsi une forme irrégulière de commutation. Cette coutume datait des débuts mêmes de l'Inquisition et était pratiquée durant toute la procédure, depuis la première citation jusqu'à la sentence finale — et même après, car il arrivait que Ton mît des prisonniers en liberté à la condition qu'ils s'engageassent, sous caution, à revenir. Le converti qui était absous après avoir abjuré devait aussi donner caution en promettant de ne pas retomber dans ses erreurs. Ainsi, en 1234, nous voyons un noble Milanais, Lantelmo, obligé de déposer une somme de deux mille livres, et deux marchands florentins pour lesquels leurs amis donnent une sûreté de deux mille marcs d'argent. En 1244, les Baroni de Florence promirent, sous une caution de mille livres, d'obéir aux ordres de l'Église; en 1252, un certain Guillem Roger s'obligea, par un dépôt de cent livres, à s'embarquer pour les pays d'outre-mer par le premier navire et à y séjourner pendant trois ans. La garantie devait toujours être
(i) Arch. de l'inq. de Carcass. (Doat, XXVII. 236.) — Concil. Narbonn. ann. 1244 «. i9. — Concil. Albiens. ann. 1254 c. 25. — Guid Kulcod. Qi'sest. vu. — Practica super Inquisit. (Mss. Bib. Nat., fonds latin, n° 14030, fol. 221-2.)— Molinier, op. cit. p. 365, 3?2. — Bernardi Comens. Lucerna Induisit, s v. lnquisitore«p »« 18