INDIGNATION DE PIERRE CANTOR
pas des pêcheurs d'âmes, mais d'argent, et qu'ils ont à leur service mille fraudes ingénieuses pour vider les poches des pau- / vres. « Ils possèdent, dit-il, trois hameçons pour attraper leur proie dans les eaux profondes — le confesseur, chargé de la cure des âmes ; le diacre, l'archidiacre et d'autres prêtres, qui servent les intérêts du prélat par des moyens honnêtes ou non ; enfin le curé de campagne, qui est choisi en raison de son habileté à exploiter les pauvres et à rapporter leurs dépouilles à son maître. » Ces fonctions étaient souvent affermées et le droit de tourmenter et de dépouiller le peuple était vendu au plus offrant. Tous ces hommes excitaient une haine générale, dont bien des anecdotes portent témoignage. Un ecclésiastique avait perdu au jeu tout son avoir, à l'exception de cinq sols; fou de rage, il s'écria qu'il donnerait volontiers ce qui lui restait à celui qui lui enseignerait le moyen d'offenser Dieu le plus gravement. Un assistant fut jugé digne de toucher la somme pour avoir dit : « Si vous voulez offenser Dieu pis que tous les autres pêcheurs, devenez fonctionnaire ou collecteur épiscopal ! » « Autrefois, continue Pierre Cantor, on mettait quelque décence à s'approprier les biens des riches et des pauvres; mais maintenant, tout se fait publiquement et ouvertement, au moyen d'une foule de fraudes et de procédés d'extorsion nouveaux. » « Les fonctionnaires des prélats ne sont pas seulement leurs sangsues, qui sucent pour être pressées ensuite, mais ce sont les filtres du vin de leurs rapines, gardant pour euxmêmes la lie du péché (1). » 21
Cette explosion d'une indignation honnête prouve que le principal instrument d'exaction et d'oppression était la fonction judiciaire de l'épiscopat. Il est vrai que de gros revenus provenaient de la vente des bénéfices et de l'extorsion de droits pour toute sorte d'actes officiels ; il est vrai aussi que beaucoup de prélats ne rougissaient pas de tirer un profit immonde de l'immoralité si répandue parmi un clergé de célibataires en exigeant un tribut appelé cullagium, après paiement duquel le prêtre
(i) P. Cantor. Verb. abbvev. cap. 24. — Cf. Pelri Blesensis Epist. 23; Johannes Saresberiens. Polycrat. lib. \u, cip. 21 ; lib. vin, cap. 17.