ABUS DES PROCES
pouvait vivre en paix avec sa concubine. Mais il est certain que la juridiction spirituelle était la source des plus grands profits pour les prélats, la cause de la plus grande misère pour le peuple. Dans les cours temporelles elles-mêmes, des amendes exigées à la suite des procès formaient une part importante des revenus des seigneurs ; à plus forte raison, dans les tribunaux ecclésiastiques, qui embrassaient toute la jurisprudence spirituelle et une grande partie de la jurisprudence temporelle, il y avait une ample moisson à recueillir. Ainsi, comme le dit Pierre Gantor, le sacrement du mariage devenait un sujet de dérision pour les laïques, par suite de la vénalité des fonctionnaires épiscopaux, qui faisaient et défaisaient les unions pour remplir leurs poches. Le prétexte à la dissolution du mariage était naturellement cherché dans l'arsenal compliqué des lois relatives aux degrés prohibés de consanguinité.
Une autre source féconde d'extorsions était l'excommunication. Si un malheureux résistait à une exigence injuste, on l'excommuniait, et il devait payer ensuite non seulement ce qu'on lui avait réclamé à tort, mais une amende pour que son excommunication fût levée. Tout retard à obéir aux sommations de la cour de J'Officialité entraînait l'excommunication et des extorsions subséquentes.
Là où il était si profitable pour quelques-uns de soulever des difficultés, on ne manquait aucune occasion d'en faire naître, au grand dommage du pauvre peuple. Quand un prêtre était mis en possession d'un bénéfice, on lui faisait jurer qu'il ne fermerait les yeux sur aucune faute commise par ses paroissiens, mais ferait en sorte que les coupables fussent poursuivis et mis à l'amende ; il devait s'engager aussi à ne point permettre que des querelles ou litiges fussent réglés à l'amiable. Bien qu'une décrétale eût décidé que les serments prêtés à cet effet étaient nuls, les évêques continuèrent à les exiger. Comme exemple de ces abus, on rapporte l'histoire d'un enfant qui, en jouant, tua accidentellement un de ses camarades avec une 22 flèche. Le père du meurtrier étant un homme riche, on s'opposa à ce qu'il se réconciliât à l'amiable avec le père de la victime.